La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Je suis de Titov Veles L'HISTOIRE :

A Titov Veles, il reste l'usine qui ronge ses habitants, et la maison des trois sœurs : Sapho, atteinte de la maladie des temps modernes qui la pousse à changer d'homme dans l'espoir de changer sa vie ; Afrodita, la plus jeune, qui ne parle pas en raison d'un problème physique et Slavica, 35 ans, l'aînée, qui travaille dans une usine.
 
Que se passe-t-il quand celles qui étaient toute votre vie décident à leur tour de partir ?

Un film qui semble déroutant mais d'une beauté plastique indéniable.
Dans la Macédoine actuelle, au cœur d’une ville usine laissée à l’abandon, l’histoire de trois sœurs qui tentent, chacune à sa manière, d’échapper à la réalité cruelle d’une vie sans possibilité d’avenir. Slavica, la sœur aînée, suit un traitement à la méthadone dont elle n’arrive pas à se passer mais son espoir c’est de trouver un mari. Sapho, la plus jeune et la plus jolie, passe d’homme en homme pour oublier ses soucis et enfin sa sœur jumelle, Afrodita, muette et introvertie, s’échappe dans des rêves étranges et désire porter un enfant telle la Vierge. La communauté de Titov Veles se meurt lentement à cause des rejets toxiques de l’usine de plomb, paradoxalement seul moyen de subsistance. Alors que Slavica semble trouver un parti, Sapho va quitter le pays pour la Grèce, laissant seule Afrodita avec elle-même. Femme-enfant innocente, Afrodita échappe à la compréhension des siens et semble, tel un rayon de lumière, traverser cette communauté à l’agonie.



 
A la fois onirique et tragiquement réaliste, Je suis de Titov Veles échappe à toute classification générique. Profondément contemplatif sans pour autant occulter le regard porté sur la société macédonienne actuelle, le film suit son chemin propre, un chemin indécis mais original qui lui procure un parfum inédit nous rappelant par petites touches quelques traits du cinéma des Balkans, alliant avec aisance le grotesque à la légèreté, le laid au sublime. En effet à la laideur et au pragmatisme de l’usine de plomb construite à l’époque des Communistes menés par Tito, se confronte la grâce et l’innocence du corps d’Afrodita, ici non pas la séductrice invétérée du panthéon grec mais bien plutôt l’incarnation de la pureté féminine du tableau de Botticelli, La naissance de Vénus. Message de beauté, de tendresse et de délicatesse, Afrodita irradie tels les morceaux de verre d’un lustre qu’elle se plaît à collecter qui renvoient la lumière du jour en la diffusant en multiples rayons.

Sa sœur aînée au contraire, malade dans son corps, transpirant l’addiction et le labeur, elle travaille à l’usine justement, en est le parfait contrepoint. Pourtant Slavica et Afrodita sont très proches, la seconde approvisionnant la première en fioles de méthadone et en caresses rassurantes. Slavica est ainsi la seule a vraiment comprendre les silences de sa sœur cadette pendant que sa jumelle, Sapho, quitte le lit partagé dès les premières lueurs du matin pour échapper aux corvées domestiques. Véritable courtisane, ainsi peut-on la rapprocher de la fameuse Sappho antique, elle ne cherche le réconfort des hommes que dans l’espoir de les suivre à l’étranger, ne supportant pas la monotonie et la vacuité de l’existence à Titov Veles.

 

Dans son mutisme, Afrodita rêve de maternité, une maternité qui ne serait pas ternie par le pêché de la chair mais ne voulant pas se comparer à la Sainte Vierge biblique, elle rêve d’une usine à bébés, ou plutôt d’une cabane perdue au milieu des roseaux où elle viendrait subtiliser l’un des rejetons pour l’emmener très loin à bord d’une pirogue. Son imagination vagabonde là où son corps reste prisonnier d’un village post-industriel qui dit combien les plaies du passé sont encore bien présentes au sein d’une communauté qui ne peut s’offrir aucun regard vers l’avenir. Un film en marge, d’une grande beauté mais dont le rythme même risque de déplaire. Comme le bébé volé, il ne reste qu’à se laisser porter sans opposer de résistance.



Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience