La critique d'Excessif

3/5
jeuxdepouvoir135 L'HISTOIRE :

Stephen Collins est membre du Congrès américain et préside le comité qui supervise les dépenses de la Défense. Ambitieux, il incarne l'avenir de son parti et pourrait bien devenir un des leaders du pays. Lorsque sa jeune assistante est tuée dans des circonstances mystérieuses, certains secrets font surface...
Cal McAffrey, journaliste chevronné et ami de longue date de Collins, est chargé par sa rédactrice en chef, d'enquêter sur l'affaire. Avec une jeune journaliste, Della Frye, McAffrey tente de découvrir l'identité du meurtrier. Il ignore qu'il s'attaque à un complot qui menace les structures mêmes du pouvoir. Lorsque des milliards sont en jeu, tout le monde devient suspect...

Qui a vu les six épisodes de State of play dans sa version BBC se rappelle assurément sa capacité à entraîner son spectateur dans les méandres tortueux de son enquête au long cours. Sans jamais le laisser respirer ni comprendre ce qui lui arrive. Dès lors, l’annonce d’une adaptation par Kevin MacDonald, l’auteur de Mon Meilleur Ennemi, pouvait sonner comme une gageure au regard de l’immense réussite critique et télévisuelle de la mini série originale. Et pourtant, porté par un casting étincelant, une vraie densité et un dynamisme évident, Jeux de pouvoir a su relever le pari et s’avérer passionnant.



JEUX DE POUVOIR
Un film de Kevin MacDonald
Avec Russell Crowe, Ben Affleck, Jason Bateman, Rachel McAdams, Helen Mirren, Robin Wright Penn, Viola Davis, Jeff Daniels, Maria Thayer, Katy Mixon, Wendy Makkena, Bonita Friedericy
Durée : 2h12
Sortie cinéma France : 24 Juin 2009 L’adaptation réussie d’une histoire retorse

Journaliste de l’ancienne école et fidèle du Washington Globe, Cal McAffrey ne se doute pas qu’en allant sur le lieu d’un banal homicide, il va lever le voile sur une gigantesque machination aux ramifications sidérantes, au centre de laquelle se trouve un ancien ami de faculté, le prometteur Stephen Collins. Or, devenu depuis un député éminent du Congrès en charge des questions de Défense, ce dernier est voué aux gémonies médiatiques en raison du suicide de son assistante et amante, la trouble Sonia Baker. Commence alors une profuse enquête où les morts et les révélations vont se succéder pour qu’apparaissent au grand jour les rets d’une intrigue sordide et son objectif final, des contrats à hauteur de 40 milliards de dollars...

Renouant avec la tradition du thriller paranoïaque et des grands films d’enquête journalistique, Kevin MacDonald en décidant d’adapter au cinéma la remarquable série State of play imaginée en 2003 pour la BBC, ne choisissait pas la facilité. D’une durée notable, regorgeant d’histoires annexes et de personnages denses et fascinants, un tel choix semblait effectivement promettre un travail considérable. Et pourtant, surpassant les difficultés, l’auteur d’Un jour en septembre n’a nullement failli en se réappropriant pleinement, la mini série anglaise signée par Paul Abbott. L’installant dans un contexte plus spécifiquement américain et la modernisant pour la mettre au diapason de son époque, le cinéaste a su transcender le matériau original et en faire un habile thriller aux résonances inattendues.
Entre divertissement, théorie du complot et prise de position : Différents niveaux de lecture

En effet, en inaugurant une machination à grande échelle mettant en cause la privatisation des actions de la Défense au profit d’entreprises privées le tout sur fond de scandale sexuel, notre homme inscrit son film dans une veine politique et critique évidente mais classique et somme toute discrète. Ainsi, sans jamais renier le divertissement ni s’appesantir autrement que par l’allusion, sur le contexte hautement crédible qu’il développe, ce dernier n’a de cesse de travailler l’efficacité de son histoire pour mieux représenter comme en contrebande, les dérives de nos sociétés contemporaines, via notamment les possibilités d’actions de groupes ayant tout intérêt au déclenchement d’action militaire d’envergure. Si la pierre est clairement lancée dans le jardin de feu l’administration Bush, heureusement, là n’est pas son envie première ni son seul propos. Car en posant par ailleurs la question du traitement actuel de l’information par la presse et celle des accommodements auxquels doivent se confronter les représentants politiques, Jeux de pouvoir interroge tout autant les travers qui sont les nôtres et l’immense barnum politico-médiatique qui se met en branle dès lors qu’il est appâté par l’odeur du scandale sexuel et du profit facile. Au risque d’ailleurs grandement sous-estimé de la manipulation et de l’aveuglement. Mais là encore et malgré de possibles envies, Kevin MacDonald donne fort normalement la priorité à la résolution de son intrigue première. Il ne s’égare pas et n’oublie en rien la mission qui lui fut conviée : faire du cinéma exigeant mais surtout susceptible d’être populaire et prenant !
Par conséquent, thriller redoutable et diantrement politique sans toutefois être un film à thèse, State of play en s’offrant une telle densité en arrière-plan, joue sur plusieurs registres. Et à la manière des deux références que sont Les Trois jours du Condor et Les Hommes du président, il en profite à plein. A la fois pour tenir hors d’haleine son spectateur et lui exposer en même temps quelques menues idées sur nos Etats de droit.

L’efficacité à l’américaine : des recettes grandement éprouvées

Et pour que cela fonctionne, Jeux de pouvoir profite d’une mise en scène efficace, lisible et académique qui permettra à tout à chacun de vivre les 2h07 du film sans le moindre ennui. En effet, porté par son action feuilletonnesque, le choix d’une histoire à tiroirs, quelques twists bienvenus et un rythme soutenu qui emprunte au cinéma américain des seventies, cette adaptation avance avec bonheur et se laisse suivre sans déplaisir. Et si l’on pourrait regretter des facilités, une absence véritables d’audace formelle, quelques moments plus faibles dans les vingt dernières minutes du métrage et une fin escamotée, on n‘en reste pas moins pris et au sortir, plutôt satisfaits. Et cela, on le doit tout autant à la mise en scène de Kevin MacDonald qu’à la prestation du casting qu’il eut le bonheur de réunir pour incarner des personnages très sobrement définis. Dans leurs rôles respectifs de journaliste « old school » et de rédactrice en chef acariâtre, Russell Crowe et la divine Helen Mirren (The Queen) font sans conteste honneur à leur profession et éclaboussent une nouvelle fois l’écran de leur immense talent. Et que dire de la sublime et éblouissante – y-a-t-il d’autre mot ? – Rachel McAdams (Esprit de famille, Red Eye) au regard de sa prestation toute en mesure, si ce n’est qu’on espère la retrouver le plus régulièrement possible sur nos écrans... A leurs côtés, Robin Wright Penn s’avère plus discrète, quant à Ben Affleck, il déconcerte tant il semble lisse, tristement impavide, presque inerte.

En définitive, loin d’égaler l’intensité tragique des polars de James Gray, l’action échevelée de films plus brutaux et les inepties de tant de films de complot, Jeux de pouvoir s’inscrit dans une lignée somme toute classique qui va de Sidney Lumet à Alan Pakula et sied bien aux règles du cinéma commercial américain. En effet, emmenée par une mise en scène moderne et discrète qui mêle efficacité et extrême lisibilité, cette adaptation profite à plein de sa tortueuse histoire et des formidables acteurs qui lui donnent corps, tout en tirant profit d’un arrière-plan ô combien politique. De fait, même si l’on aurait aimé moins de conformisme (notamment esthétique) et si l’on reste sur notre faim au regard de l’aboutissement plus cynique de la série originale, Jeux de pouvoir demeure un métrage efficace et captivant, saisissant et réussi. Et cela d’autant plus qu’il confirme après Le Dernier Roi d’Ecosse, l’intelligence de son auteur et son talent grand public.

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    Réalisation
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