Après avoir achevé avec brio la carrière du champion qui avait fait sa gloire, Stallone s’empare de son autre rôle de prédilection, le controversé mais cultissime
John Rambo vingt ans après la dernière aventure de celui-ci. Personnage torturé, traumatisé par la guerre, on pouvait craindre que l’acteur-réalisateur offre une certaine légitimité à ce roc dévoué pour la violence. Heureusement, Sly est, sous ses petits airs, quelqu’un de réfléchi et de parfaitement lucide et offre une dimension nouvelle au vétéran que tout le monde attendait, aussi bien les fans que les détracteurs, dans un déluge d’ultra violence et de sadisme dont la gratuité apparente sert pourtant son propos.
En effet, l’une des choses que les quelques spectateurs peu convaincus risquent de retenir de ce quatrième épisode du guerrier légendaire, c’est bel et bien le sadisme véhiculé dans le film. Stallone avait pourtant annoncé ses intentions dès la pré-production lorsqu’il rappelait qu’il avait décidé que cette ultime aventure se déroulerait dans le pays le plus hostile au monde. L’action se situe donc à la frontière Birmane, zone de conflit dans laquelle l’armée fait régner la terreur au près des populations locales. Et c’est justement dans cet antre de la terreur qu’un groupe de missionnaires décide d’aller apporter une aide médicale. Leur guide sera Rambo, reconverti dans la capture de serpents, dont la hantise d’un éventuel conflit fait renaitre en lui des instincts qu’il tentait jusqu’à présent d’étouffer. Vous l’aurez compris et les choses s’annoncent très clairement dès la séquence de pré-générique, composée d’images d’archives sous forme d’un bulletin d’information dévoilant les aspects les plus crus de la guerre. Il met directement en garde le spectateur réticent à l’idée de se voir déranger dans son postulat d’intervenant passif : John Rambo ne fera pas dans la dentelle...

Un film de Sylvester Stallone
Avec Sylvester Stallone, Sam Elliott, Matthew Marsden, Paul Schulze, Sai Mawng, Amitabh Bachchan
Durée : 1h30
Sortie France : 6 Février 2008Alors que jusqu’à présent les ennemis, dans les deux épisodes précédents de la série, restaient des incarnations clichées d’ordures servant pleinement le statut paradoxalement héroïque de l’anti héros qu’est Rambo, Stallone choisit donc un parti pris surprenant en décrivant l’horreur de la guerre dans une avalanche de séquences plus éprouvantes les unes que les autres allant des exécutions gratuites aux viols d’enfants, des tortures humiliantes aux pures élans de haines sadiques… Le spectateur en prend pour son grade, lui qui venait à la base pour un divertissement calibré et burné mais finalement tellement conventionnel. Hésitant en permanence entre le rire face au grand guignol et le réel dégoût de certains instants proprement insoutenables (il fallait oser montrer des exécutions de mômes, balancés vifs dans les brasiers...), Stallone ne se démonte pas et va jusqu’au bout de sa volonté de littéralement amener le spectateur à réfléchir sur son implication en tant que consommateur de violence. Pire, il se sert de ces moments courageux pour rappeler la vraie nature de son personnage et rétablir une certaine vérité que les fans attendaient et que les plus critiques lui reprochaient.
Une question subsistait quand aux motivations réelles de ce personnage rendu fou par ses actes commis lors de précédentes guerres : alors que celui-ci se voulait victime (légitime) de conflits qu’il n’avait jamais souhaité, alors que le trauma causé par les sévices et par ses actes sanglant, qu’est ce qui pouvait faire replonger à chaque fois ce personnage dans le chaos ? Mis à part le fait d’aider ses anciens amis vétérans, quelles bonnes raisons pouvaient amener un homme détruit à prendre sur lui, toujours un petit peu plus, perdant des bribes d’humanité dans chacun de ses assauts meurtriers ? Malgré la passivité surprenante du personnage pendant une très grande majorité du métrage, les motivations seront enfin dévoilées.

Aussi incroyable soit-il, Rambo se dévoile finalement dans cet épisode et rétablie une certaine cohérence à l’ensemble de la série : alors qu’il est appelé pour aller rechercher les quelques volontaires humanitaires encore vivants, qui malgré les avertissements de ce dernier quand à l’aspect inconscient de leur périple, le personnage ressort les armes et avoue enfin, a voix haute, ce que tout le monde attendait d’entendre : si Rambo part à chaque fois dans l’horreur, c’est tout simplement parce qu’il aime ça… et alors que l’on craignait d’avoir un discours politiquement correct sur les méfaits de la guerre et l’importance de la Foi, ce message nous est alors totalement contre balancé par l’incarnation toute nouvelle du personnage. Rambo perd donc l’image du héros de guerre brisé pour devenir définitivement John Rambo, le dieu de la guerre et du chaos. La présence de Julie Benz en femme de cœur à la foi aveugle, dont les cheveux blonds ne cesseront d’adopter au fur et à mesure une teinte rougeâtre, accentuera d’autant plus ce couronnement sanglant du nouvel Attila. Car là ou les ennemis nous paraissaient jusqu’alors inhumains et méprisables,
John Rambo se montre d’une barbarie telle que le spectateur ne sait plus trop si il doit apprécier le spectacle comme une authentique série B bien burnée ou une réelle démonstration de carnage… D’autant plus déroutant lorsque celui-ci, dans un panoramique magnifique surplombant un champ de corps, contemple son œuvre avec fierté...

Des plans comme celui-ci, le film en regorge prouvant, après le majestueux Rocky Balboa , la réelle qualité de Stallone en tant que réalisateur. D’une beauté surprenante et d’une sobriété déconcertante comparée aux éclats sanglants de l’ensemble, Stallone s’impose d’emblée comme le plus à même de clôturer les séries qui ont fait son succès. John Rambo est donc une excellente surprise dont la fidélité au côté narratif proprement 80’s du reste de la série, place celui-ci comme le meilleur épisode, certes le plus sanglant mais paradoxalement le plus honnête de toute la série. Après avoir couronné son Rocky définitivement comme un mythe, il sacre maintenant son Rambo comme le prince ultime de la guerre… A cela, une seule chose à dire dans un grand soulagement : merci Monsieur Stallone !
Note: 8/10Florent Kretz
Lorsque les premières images sanguinolentes furent dévoilées au printemps dernier tous les fans de la planète prièrent pour que le résultat final reste aussi violent et échappe aux coups de ciseaux des censeurs. Rassurons tout le monde, le film ne déçoit nullement sur ce plan et s’avère être au final une gigantesque boucherie où s’enchainent les mises à morts ultra brutales. Une violence inouïe exercée par un John Rambo monolithique, pendant militarisé d’un Jason Voorhees équipé d’une sulfateuse surdimensionnée en plus de sa machette. Le film assume totalement son statut de grosse série B bourrine venue tout droit des années 80, et cherche avant tout à satisfaire les fans de la première heure, ceux qui auront la chair de poule à la première mesure du thème du regretté Jerry Goldsmith ou lors d’un flashback à la gloire du Colonel Trautman (petit cadeau pour les fans à la fin de la séquence).

Mais au milieu de ce réjouissant carnage, il subsiste quand même quelques frustrations. La plus grosse vient de l’aventure en elle-même qui tient presque de la promenade de santé, toutes proportions gardées, par rapport à ce qu’a connu Rambo dans le passé. Fini le survival épique et éprouvant où le « héros » exécute un à un les salopards adverses. John Rambo privilégie une violence expéditive massive à la partie de chasse tendue des précédents épisodes. Carnage venu d’une autre époque, complètement hors normes et décomplexé, John Rambo n’atteint pas le niveau du premier film mais boucle (provisoirement ?) la saga de manière plutôt radicale et sympathique.
Note: 7/10Stanislas Bernard
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