John Tucker doit mourir s'inscrit dans la même veine de
teen movies acerbes que le percutant
Lolita malgré moi de Mark Waters. Même volonté de décortiquer minutieusement le milieu très codifié des lycées américains, même sens de la dérision très marqué à l'égard des protagonistes embarqués dans des machinations qui les dépassent. Si le film de Betty Thomas est très loin de posséder la même verve que son aîné en dépit de velléités évidentes, il se laisse néanmoins regarder sans déplaisir à condition de ne pas se montrer trop exigeant.
John Tucker doit mourirUn film de Betty Thomas
Avec Jesse Metcalfe, Brittany Snow, Ashanti, Sophia Bush, Penn Badgley, Jenny McCarthy
Durée : 1h29
Sortie le 1er novembre 2006Kate est une lycéenne timide qui peine à se faire des amis. Alors qu'elle est de service dans le restaurant qui l'emploie à temps partiel, elle s'aperçoit non sans étonnement que le tombeur du lycée, John Tucker, sort chaque jour avec une fille différente. Or aucune d'entre elles ne semble avoir le moindre soupçon à son égard, persuadée d'être la seule élue. A la suite d'une altercation en cours de gymnastique, Kate révèle la vérité aux trois concernées. D'abord incrédules puis furieuses, Heather, Beth et Carrie décident de se venger en essayant de ternir la réputation du Don Juan. Mais leurs tentatives échouent les unes après les autres. Une idée leur vient alors à l'esprit : quel meilleur appât que la gentille Kate pour faire chavirer le cœur de John Tucker et le réduire à néant ?…
Parmi tous ces jeunes gens aisés obsédés par leur image, Kate (Britanny Snow) fait de prime abord figure d'exception avec son naturel et sa naïveté à toute épreuve, bientôt rejointe par le propre frère de John Tucker, Scott (Penn Badgley), qui en pince rapidement pour elle. Ce dernier représente d'ailleurs le véritable point de vue du film, le scénariste Jeff Lowell ne cachant pas que c'est à ce personnage qu'il s'est identifié en écrivant le film. La preuve en est que Scott Tucker est sans doute le seul à ne pas en prendre pour son grade dans ce plaisant jeu de massacre. Car Kate elle-même ne va pas tarder à succomber à la tentation de la duperie, choix qu'elle fait sans se le formuler réellement en devenant l'instrument de vengeance des trois reines du lycée.
A travers le parcours du personnage de Kate, le film insiste sur la nécessité de rester soi-même, dans le microcosme impitoyable du lycée et par extension dans la vie en général.
Bien qu'elle n'ait aucun sentiment pour John Tucker, Kate se prend à s'aimer dans le rôle de "la seule et unique" à le faire craquer, et ce même si sa propre mère ne la reconnaît plus avec son déguisement de bimbo, qui va de pair avec un cynisme inquiétant. Rassurons-nous toutefois, ce discours conventionnel et un brin moralisateur est loin de constituer l'essentiel de
John Tucker doit mourir. Le film est avant tout une comédie, une comédie plutôt bête mais souvent drôle.
Si Brittany Snow a encore l'âge de jouer les lycéennes, il en va autrement de Jesse Metcalfe, qui incarne le fameux John Tucker, objet de tous les fantasmes et de toutes les haines à la fois. Mais le charme, l'humour et la désinvolture de ce comédien âgé de 28 ans, repéré dans la série
Desperate Housewives, font tout le sel de
John Tucker doit mourir, au point que l'on se surprend à se réjouir qu'il s'en sorte toujours face aux crasses imaginées par ses ennemies. Les trois femmes bafouées, Beth (Sophia Bush), Heather (Ashanti Douglas) et Carrie (Arielle Kebbel), ont en effet bien du mal à susciter de quelconque empathie, tant elles répondent au stéréotype de la fille superficielle, égocentrique et méchante – et là encore, aux antipodes du personnage nuancé qu'incarnait Rachel McAdams dans
Lolita malgré moi. Toutefois, il est assez amusant de les voir coacher la pauvre Kate et la forcer à se faire capitaine des pom-pom girls (John Tucker étant, comme il se doit, le capitaine de l'équipe de basket).
Certes,
John Tucker doit mourir pèche par une mise en place quelque peu laborieuse. Il faut attendre un peu de temps avant que le tout prenne son rythme et que la comédie fasse mouche, même si tous les gags ne sont pas désopilants. Au final, tout cela ne vole pas bien haut et s'oubliera très vite, mais permet à tout le moins de passer un bon moment, et ce jusqu'à la conclusion inattendue.