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Johnny Mad Dog

La critique d'Excessif

4/5
johnny_mad_dog_ok L'HISTOIRE : Afrique, en ce moment même.
Johnny, 15 ans, enfant-soldat aux allures de rappeur, armé jusqu'aux dents, est habité par le chien méchant qu'il veut devenir.
Avec son petit commando, No Good Advice, Small Devil et Young Major, il vole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Des adolescents abreuvés d'imageries hollywoodiennes et d'information travestie qui jouent à la guerre...
Laokolé, seize ans, poussant son père infirme dans une brouette branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats, avec son petit frère Fofo, 8 ans.
Tandis que Johnny avance, Laokolé fuit...
Des enfances abrégées, une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple qui tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d'humanité.
Dans un pays livré aux milices des enfants-soldats, le destin d’un petit garçon et d’une petite fille. Le premier, Johnny Mad Dog âgé de quinze ans, suit No Good Advice, Small Devil et Young Major dans des unités appelées Death Dealers, des groupes de soldats qui pillent et tuent sur leur passage. Ces enfants-soldats, instrumentalisés, drogués et insensibles à leur propre barbarie, avancent dans les conflits sans se poser de questions ni remettre en doute la parole de leur leader Never Die, un adulte arriviste et renégat. La seconde, Laokolé âgée de treize ans, fuient les conflits en portant son père cul-de-jatte dans une brouette et son petit frère Fofo. Deux destins opposés qui finiront par se rencontrer dans ce maelström de violence et de haine où personne n’est épargnée.

JOHNNY MAD DOG
Un film de Jean-Stéphane Sauvaire
Avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay ...
Durée: 1h33
Date de sortie: 26 novembre 2008



Dure plongée dans l’un des pires fléaux des temps présents, Johnny Mad Dog affronte son sujet avec suffisamment de justesse et de recul pour permettre aux spectateurs de se sentir happé dans cette tragédie. L’innocence perdue de ces enfants trop tôt confrontés à la mort touche par son réalisme et sa cruauté, en aucun cas édulcorée ici. Aveuglés par les drogues, la propagande et la perte des repères, ces enfants-soldats se fabriquent leur propre système de pensée, leurs propres critères d’appréciation du monde. Un fusil ou un bazooka à la main, le monde qui les entoure doit se plier à leurs volontés et à l’idée qu’ils se font de ce qui est juste de ce qu’il ne l’est pas. Accoutrés d’étranges manières, l’un arbore une paire d’ailes de papillon, un autre s’approprie une robe de mariée, un troisième enfin s’est rasé la tête avec une coupe iroquoise, la dimension ludique qu’ils associent à l’exercice de la guerre effraie d’autant plus qu’ils partagent ses jeux de la même manière que n’importe quel enfant au monde.




De l’autre côté de la barrière, il y a cette jeune fille, Laokolé, superbement interprétée par Daisy Victoria Vandy, qui au milieu des tirs et des éclats d’obus ne pensent qu’à sauver son père infirme et son jeune frère. Avec une détermination sans faille et un sang froid hors du commun, elle traversera la ville à feu et à sang. Confrontée à l’inutilité des forces de l’ONU, en charge d’un pensionnaire de blessés et de réfugiés, elle sera le témoin d’une épuration ethnique qui marquera à jamais son histoire. Cette histoire, c’est celle de l’Afrique ravagée par des conflits inextricables, inutiles et sans porte de sortie. Une Afrique saignée par ceux-là même qui devraient en construire le futur. Une Afrique exsangue qui, face à la barbarie, tente tout de même de conserver une part d’humanité.



Réalisé par Jean-Stéphane Sauvaire, déjà auteur du documentaire Carlitos Medellin en 2003 sur un petit enfant colombien tentant de se protéger de la violence qui l’entoure par sa dévotion à la Sainte Vierge, et produit par Mathieu Kassovitz et Benoît Jaubert, Johnny Mad Dog fait figure d’exception dans le paysage cinématographique français. La culture documentariste du réalisateur y est bien entendu pour beaucoup tant l’utilisation et la prestation d’acteurs non-professionnels, notamment certains anciens enfants-soldats justement, imprègnent le film de bout en bout. En plaçant son film dans une ville indéterminée, le réalisateur choisit non pas d’ancrer son propos dans un contexte historique véritable mais au contraire dans un constat généraliste plus englobant sur le phénomènes de ces enfants devenus machines de guerre, le plus souvent contre leur gré. Sans juger ni diaboliser ces êtres victimes en un sens, Jean-Stéphane Sauvaire analyse les processus qui mènent à l’irréparable. Un film dure mais nécessaire.

David A.

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