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Journal D'une Jeune Nord Coreenne

La critique d'Excessif

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journal_nord_coreene_cine L'HISTOIRE : Su-ryeon, une étudiante, fait face à un père scientifique absorbé par ses recherches, et à une mère entièrement dévouée à son mari. Après voir juré de ne pas répéter les "erreurs" de ses parents, Su-ryeon finira par se montrer compréhensive vis-à-vis d'eux et choisira elle aussi de consacrer sa vie à la recherche.
Sue-ryeon, jeune étudiante nord-coréenne, se cherche une identité, face à un père absent et méprisé par l’entourage de la jeune fille, absorbé par ses recherches scientifiques, et une mère entièrement dévouée à son mari, qui passe ses nuits à lui préparer des traductions d’ouvrages scientifiques.

JOURNAL D'UNE JEUNE NORD COREENNE
Un film de Jang In-Hok
Avec Mi-hyang Pak, Jin-mi Kim, Hak-cheol Kim
Date de sortie : 05 décembre 2007


Le scénario du film, entre autres, a bénéficié des conseils de KIM Jong-il, actuel gouverneur de la République Démocratique Populaire de Corée, ce qui a sans doute à voir avec le léger ton de propagande du film. Pourtant, énorme succès en salles en Corée du Nord (8 millions de spectateurs pour 24 millions d’habitants…), Journal d’une jeune Nord-Coréenne fait œuvre d’un certain naturalisme, et d’un style que l’on pourrait qualifier de « baroque » tant il prend ses distances par rapport à l’esthétique extrêmement composée, presque artificielle parfois, des classiques nord-coréens.

Car le cinéma nord-coréen existe bel et bien, dans un pays où le chef de l’état lui-même, KIM Jong-il, scénarise et collabore à la réalisation de films depuis plusieurs dizaines d’années, à l’instar de son père, KIM Il-song, qui, au sortir de la guerre, fit du cinéma le centre de gravité de la communion entre lui et son peuple.


Il s’agit en effet avec Journal d’une jeune Nord-Coréenne de réaliser une véritable communion entre la patrie et les spectateurs nord-coréens, grâce à des héros tous intégrés dans des groupes sociaux auxquels le public coréen peut s’identifier : écoliers, étudiants, collègues, voisins, membres d’une équipe de foot… Ces personnages sont ainsi les piliers d’un récit qui se pose en contrepoint du « self-made-men » individualiste censé représenter l’essence du cinéma occidental, comme le souligne le premier plan du film, image de Mickey imprimée sur les cartables des écolières, allusion en clin d’œil à l’impérialisme américain.

Le propos du cinéaste consiste de fait ici à présenter de quelle façon la jeunesse se doit à la fois de respecter ses parents et de travailler vertueusement à préparer l’avenir collectif, notamment par le biais de la recherche scientifique, considérée en Corée du Nord, de la même manière que dans la plupart des régimes autoritaires, comme le fer de lance du progrès et de la construction d’un pays.


Ce qui fait toute l’originalité de Journal d’une jeune Nord-Coréenne et qui distingue cette œuvre de tout un pan de la production cinématographique de « propagande », c’est la volonté affichée de ne masquer aucun des problèmes qui touchent le pays. Paradoxalement, le film aborde de front quelques-unes des difficultés quotidiennes que doivent affronter les nord-coréens, et qui touchent parfois à des maux qui concernent le pays dans son ensemble. Ainsi de l’insalubrité des logements particuliers, de la difficulté du travail, ou de la misère quotidienne - lorsque l’achat d’un nouveau survêtement pour la sœur footballeuse prend les allures d’un cadeau exceptionnel par l’oncle.


Toutes ces difficultés à l’échelle individuelle trouvent donc leur pendant au niveau du pays avec l’évocation de problématiques telles que la réussite sociale, décrite à travers l’obsession de la jeune fille qui ne rêve que de l’obtention d’un doctorat par son père, ce qui garantirait plus de confort matériel à la famille ; l’indexation des relations humaines sur la hiérarchie sociale, ou encore la part grandissante prise par la vie professionnelle à la défaveur de la vie familiale.

L’omission des difficultés quotidiennes et l’idéalisation de la République Démocratique Populaire de Corée ne sont donc pas de mise dans le cinéma nord-coréen ; au contraire, le 7ème art est considéré comme un outil d’auto-représentation de la société. Un miroir donc, certes, mais qui ne se contente pas de souligner les problématiques sociales, puisqu’il s’agit davantage pour ce cinéma de proposer, grâce à un encouragement du public à la réflexion, quelques réponses. À l’éclatement du noyau familial causé par le nécessaire investissement professionnel des parents répond ainsi l’intégration au sein d’autres groupes sociaux, comme les équipes sportives - l’équipe de sport, de football notamment, incarnant le prolétariat. Quant au remède proposé à l’insalubrité du logement individuel traditionnel, il se trouve être, étonnamment, l’habitation en appartement, dans d’immenses tours d’immeubles considérées comme le symbole du luxe et de la modernité en Corée du Nord.


Du point de vue formel, Journal d’une jeune Nord-Coréenne reprend quelques-uns des traits esthétiques asiatico-coréens les plus classiques, et qui peuvent surprendre le spectateur non averti, caractérisés de façon globale par une forme d’excès à la fois dans la construction du scénario et dans la réalisation. On note, entre autres, un sentimentalisme quelque peu excessif, qui se traduit la majeure partie du temps par de longs et fréquents gros plans sur des personnages en pleurs ; une narration qui défie toute logique, en accumulant un nombre invraisemblable d’obstacles sur le chemin des protagonistes ; et la concentration du récit autour de l’importance de l’héroïsme féminin, trait caractéristique de la société traditionnelle coréenne, incarné dans le film par le sacrifice de Sue-ryeon, de sa sœur et de sa mère pour aider le père à obtenir son doctorat.

Pourtant, le film de Jang In-hak réussit à s’éloigner de l’esthétique classique nord-coréenne, notamment par une maîtrise habile et originale de la lumière, souvent en contre-jour et instable, et des jeux d’ombre, qui viennent souligner l’hésitation et les nombreux doutes qui assaillent régulièrement la jeune héroïne. Une certaine forme de liberté vient également dynamiser les cadres. Seuls quelques passages, ceux qui sont consacrés à des cérémonies officielles par exemple, conservent l’aspect artificiel et idéaliste de l’esthétique classique. Journal d’une jeune Nord-Coréenne est le premier film nord-coréen à être distribué commercialement en Occident, les rares films nord-coréens à être diffusés à l’étranger l’étant d’habitude uniquement dans le cadre de « petits » festivals.
Il est à espérer qu’il ne sera pas le seul, et que la Corée du Nord pourra bénéficier au plus vite d’un regain d’intérêt de la part des cinéphiles du monde entier…

Mathilde Durieux

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