Le projet que représente le film
Jours d'Hiver est une belle démonstration de la pugnacité et de l'engagement artistique qui animent encore (heureusement) la sphère du 7ème art. 37 artistes de par le monde ont réussi à relever le défi en proposant une œuvre unique et arborescente sous l'égide de Kawamoto Kihachirô désirant à tout prix illustrer la forme poétique japonaise appelée Renku.
JOURS D'HIVERUn film de Kawamoto Kihachirô, Youri Norstein, Alexandre Petrov
Durée : 1h05
Date de sortie : 17 octobre 2007Lorsque la poésie des mots rejoint celle des images Ainsi
Jours d'hiver est né d'une passion dévorante de Kawamoto Kihachirô, animateur marionnettiste, ayant le profond désir de voir vivre au travers du cinéma les
Renku de son poète préféré Basho.
Jours d'hiver devient une œuvre plurielle franchissant le cadre du cinéma pour proposer un film international suivant la structure singulière du
renku. En Occident, dans l'inconscient collectif, la poésie japonaise renvoie inévitablement au
Haiku. Celui-ci occulte totalement les autres formes poétiques. Le
renku a de particulier de présenter une structure qui demande à chaque poète de s'appuyer sur le verset précédant afin d'en élaborer un suivant, et ainsi de suite. Kihachirô avec
Jours d'Hiver a cherché à en faire de même dans le domaine du cinéma d'animation. C'est ainsi que l'on peut voir le travail de 37 réalisateurs défiler à l'écran. Chacun d'eux propose une courte saynète de près de 2 minutes aux styles qui tranchent radicalement avec les autres, mais qui paradoxalement cherche à prolonger l'esprit du rendu pictural qui accompagne les mots. Plus que le fond ou la forme, c'est avant tout l'intentionnalité et l'émotion produite par la saynète qui sont mises en avant.
Jours d'Hiver invite le spectateur dans un véritable voyage au travers des mots et des images. L'effet de reprise du vers précédant transcrit bien les entrelacs du passage du vers à l'image et inversement. Ce qui pourrait procurer un aspect décousu devant tant de petits courts-métrages d'animation n'est au final qu'un long travail de recherche styliste de chaque artiste qui sont liés par les écrits de Basho.

C'est ainsi que le film provoque un pur plaisir des sens avec tant de styles différents mais aussi tant de techniques différentes. De l'animation image par image de marionnettes, au dessin animé traditionnel, à celui d'image de synthèse en passant par l'un des plus impressionnants qu'est la peinture à l'huile sur plaque de verre. On est émerveillé et extrêmement attentif aux variations intimes de l'image et du sujet qui y est incarné. En plus de proposer un panel de techniques d'animation vastes, l'aspect international qui en découle est aussi un bien bel hommage au travail des plasticiens de par le monde. Quand bien même le matériau original est japonais, Kihachirô n'a pas choisi de collaborer qu'avec ses compatriotes, développant bien l'aspect sans frontière du cinéma. On aurait aimé que l'expérience soit encore plus grande tellement les 65 minutes que dure le film semblent courtes, mais elles sont profondément intenses. C'est pour cela qu'en petit complément la séance propose un court making of d'une trentaine de minutes qui est un remontage d'un documentaire qui en fait le triple. Il nous fait découvrir l'antre créatif du film en donnant la parole aux principaux animateurs ayant participé à l'expérience, mettant en relief l'acte de création de chacun d'eux et leurs recherches esthétiques dans l'illustration des
renku de Basho.
Au final
Jours d'Hiver est un film concept totalement atypique dans le panorama du cinéma commercial actuel. Et c'est tant mieux. A la fois drôle, sensible, captivant, et réflexif,
Jours d'Hiver est un prisme aux émotions et aux sensations qui ravira les plus jeunes comme les plus grands, avec ce petit quelque chose qui invite à revoir le film.
Gwenaeël Tison