Tout d’abord, voir une comédie anglaise sur la mort peut laisser espérer un bon moment. En effet, mélanger des situations macabres et le flegme britannique est une recette qui a toujours marché. Néanmoins, coupons tout de suite le suspense, ici c’est raté. Non pas que les acteurs soient mauvais ou que les situations s’enchaînent mal. Le tout est principalement dû à un sérieux problème de réalisation.
NOS JOYEUSES FUNÉRAILLESUn film de Franck Oz
Avec Matthew MacFadyen, Rupert Graves, Alan Tudyk
Durée : 1h30
Date de sortie : 19 septembre 2007La journée mouvementée d’une famille réunie à l’occasion de l’enterrement d’un de ses membres. 
Il est malheureusement certain que l’équipe du film a tout misé sur l’a priori positif évoqué plus haut. La recette est donc alléchante, mais ne donne pas le même produit que celui attendu. Ici, c’est un film assez fainéant dans son ensemble, souffrant d’un manque de rythme évident dû à des gags usés depuis de trop nombreuses années. Gags qui auraient pu être efficaces s’ils n’étaient pas aussi prévisibles. En effet, le réalisateur arrive à se spoiler tout seul. Lors d’une des premières scènes, nous apprenons en effet qu’un couple doit passer prendre un membre de la famille afin de l’emmener à la cérémonie. L’homme est nerveux, la femme le rassure, et lui dit que tout se passera bien, et nous comprenons que c’est pour la femme l’occasion de révéler cette relation à son père. Scène suivante, nous sommes chez un homme au téléphone qui explique qu’on doit venir le chercher, et qu’il viendra livrer le « produit » plus tard après l’enterrement. Nous devinons un personnage de dealer (look de junkie du personnage, éléments scientifiques au plafond qui nous laissent rapidement voir que c’est lui qui fabrique la drogue, …).
Puis on sonne. L’homme, affolé, cache ses précieux cachets qui font rigoler, les met dans la première boîte vide de médicament qui est à côté de lui, et se précipite pour aller ouvrir. Gros plan de plusieurs secondes sur cette boîte… Et devinez quoi ? C’est l’homme du précédent couple qui va prendre les fameux cachets pensant que c’est un médicament !!! Pourquoi ce gros plan ? L’intrigue est déjà rachitique, si le réalisateur n’arrive pas à l’amener avec finesse et intelligence, cela devient gênant… Parce qu’il aura l’audace de répéter cette forme tout au long du film.

Evidemment ça n’aurait pas été grave si ça n’avait été pas présenté aussi mal, de manière quasi grand-guignolesque. Mais surtout si cette scène n’avait pas donné lieu à un running gag qui fait la majorité du film. En réalité, il s’agit à la fois des cinq premières minutes et au moins d’un bon tiers du film… De plus, précisons qu’un épisode de Friends prenait le même postulat en droguant (pas de la même façon) Ross à l’enterrement de sa grand-mère. Ce qui évidemment donne lieu à la même suite de quiproquos jouant sur une formule identique : le personnage le plus mal à l’aise va se retrouver à délirer dans une situation où il ne le devait surtout pas. Les deux histoires jouent d’ailleurs dans le même domaine : le vaudeville. Mais ce qui fonctionne en 22 minutes ne permet pas forcément de faire un long métrage d’une heure trente. Ou alors forcément, il aurait fallu rajouter quelques éléments.
Pour revenir à
Joyeuses funérailles, le second problème est la fin du film. Problème constant d’une oeuvre populaire traitant de thèmes plus ou moins tabous (la mort), la résolution. Il faut à tout prix assumer son message durant tout le long du métrage, et ne pas revenir en arrière afin de ne pas choquer les bonnes âmes. Ce qui faisait (sou)rire dans les deux premières parties du film se retrouve détruit de manière grossière, voire vulgaire dans la troisième. Comme s’il fallait impérativement que tous les personnages aient réussi à mieux accepter l’autre et à se découvrir soi-même. C’est manichéen et cela nous laisse croire que le réalisateur a voulu redevenir sérieux à ce moment du scénario, ce qui est assez gênant pour une comédie. En clair tout le film n’est ni justifié, ni assumé et ce à aucun moment.

Les acteurs, bien qu’interprétant des personnages caricaturaux, se sont néanmoins apparemment bien amusés durant le tournage. Ce qui rend le film assez plaisant par moments, à l’instar de la scène d’ouverture ou bien l’interprétation du personnage du fiancé cité plus haut. Au final toutefois, une œuvre trop consensuelle pour nous décrocher plus que quelques sourires par instants éparpillés, malgré la promesse de jongler avec un thème douloureux : le deuil.
Sylvain Perret