L'HISTOIRE : Chloé, 26 ans, vit seule à Paris, entre une voisine envahissante, une collègue mesquine, un loueur de DVD un peu donneur de leçons... Une vie qui n'est pas à la hauteur de ses espérances...Une déclaration au Septième Art comme on aimerait en voir plus souvent...
Les Français ont la réputation d'être de très grands romantiques. Et notre cinéma semble en être le reflet parfait, au vu des nombreuses comédies sentimentales qui fleurissent chaque année sur nos écrans. A première vue, difficile donc de renouveler un genre, qui réussit parfois même à s'autodétruire, la faute à un ton beaucoup trop guimauve, pour ne pas dire niais. Pourtant, auteurs et réalisateurs continuent de s'y risquer. L'Amour rend-il donc aveugle à ce point ? On commence à le croire... Certains gardent néanmoins les yeux grands ouverts et proposent une vision nettement moins stéréotypée. C'est le cas notamment de Jennifer Devoldere, qui signe ici un premier long-métrage d'une agréable finesse et d'une folie étourdissante. Une déclaration au Septième Art comme on aimerait en voir plus souvent...
Jusqu'à toi s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux hommes, et c'est ce qui constitue l'un de ses atouts majeurs. Chaque personnage y est défini avec précision, quel que soit son sexe, si bien que tous les spectateurs devraient s'y retrouver sans exception. Mélanie Laurent apparaît clairement comme étant l'héroïne du film, bien que l'histoire ne se concentre pas uniquement sur son « simple » caractère. Pourtant, l'auteur ne manquait pas de matière concernant cette jeune Chloé et aurait donc très bien pu s'en contenter. Gentille, timide, romantique, et rêveuse, elle apparaît telle une « petite fille » qui, malgré son âge, continue de croire au Prince Charmant. Les contes de fée de son enfance sont aujourd'hui remplacés par des DVD d'origine internationale, toutes générations confondues, qu'elle emprunte par vingtaines, de Dirty Dancing à Lost in translation, en passant par Les Parapluies de Cherbourg, Annie Hall, Les Lumières de la ville ou bien encore Paris, Texas. Toute une éducation dont il résulte une innocence, certes quelque peu agaçante dans un premier temps, mais vite attendrissante par la suite. Le personnage se laisse en effet embarquer dans une extravagance irrésistible, où chaque détail de la vie courante devient à ses yeux un signe essentiel dans l'évolution de son existence sentimentale. Une valise retrouvée en lieu et place de la sienne, la présence de son livre de chevet à l'intérieur, suffisent à lui faire croire au grand Amour, et l'obligent ainsi à « soulever monts et marées » pour le rencontrer. Elle se lance alors dans une espèce d'enquête romantique, analysant le contenu de la valise avec une extrême minutie, avant d'y ajouter quelques effets personnels, notamment des photos fidèles à son caractère, et de la renvoyer enfin à son propriétaire. On assiste donc à une formidable mise en abyme, dans laquelle Chloé se fait son propre « film ».
A ce stade, le long-métrage se montre déjà d'une très grande originalité, où les péripéties et de nombreuses autres surprises s'enchaînent à un rythme frénétique. Plus surprenant encore, l'auteur nous propose une galerie de personnages, jamais gratuits, et surtout inoubliables, au même titre que son héroïne. A commencer par l'homme de sa vie, interprété ici par Justin Bartha, vu notamment dans la série Benjamin Gates. A travers ce choix, Jennifer Devoldere a eu l'excellente idée de confronter deux nationalités, celles de la France et des Etats-Unis, accentuant ainsi les situations burlesques, dues aux différences culturelles mais aussi linguistiques. L'acteur y apporte en outre une émotion toute particulière, presque dramatique, de par une jeunesse et une timidité assez touchantes. Voyageant seul, fraîchement séparé de son ex-petite amie, il s'isole dans sa chambre d'hôtel, ne prend même pas le temps de visiter ou si peu, et n'a plus qu'une seule idée en tête : retrouver sa valise, symbole familiale auquel sa mère se montre terriblement attaché. En somme, une vision masculine plus réaliste qu'à l'accoutumée, loin des clichés basiques relatifs à la « bogossitude » et autres réactions machistes souvent présents dans ce genre d'histoire. L'auteur met donc hommes et femmes sur le même piédestal et permet ainsi un attachement plus rapide et plus fort encore vis-à-vis de chacun d'entre eux. On retiendra également les séquences mettant en scène une famille anglaise, en plein pèlerinage et à la communication réduite, un couple de voisins dont l'Amour réciproque se traduit par des engueulades perpétuelles, sans oublier le trop rare Maurice Bénichou, simplement admirable en réceptionniste d'hôtel, d'abord odieux envers ses clients (à juste titre, selon les points de vue), puis très vite sympathique quand on le lui demande gentiment. La confirmation d'un immense acteur comique, au sens noble du terme.
Jennifer Devoldere filme un joli conte romantique, partagé entre réalisme et fantaisie, le genre d'histoire que l'on espère tous, secrètement, vivre un jour...
Chloé, 26 ans, vit seule à Paris, entre une voisine envahissante, une collègue mesquine, un loueur de DVD un peu donneur de leçons... Une vie qui n'est pas à la hauteur de ses espérances... Jack, la ...