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Jusqu'en enfer

La critique d'Excessif

4/5
jusquenfer_vign23 L'HISTOIRE : La jeune Christine Brown a tout pour être heureuse : un job dans une banque, une jolie maison, un gentil mari pour en occuper l'intérieur. Ne manque plus à ce tableau idyllique qu'une petite augmentation de salaire même si, pour cela, Christine doit piétiner ses principes. Ainsi, lorsqu'une vieille gitane se présente à elle en lui demandant de prolonger le remboursement des traites de sa maison, Christine le lui refuse afin d'être bien vue de son patron. Mais pas de la vieille femme qui, privée de sa demeure, va par vengeance jeter le mauvais oeil sur elle.
La vie de Christine devient alors un enfer, la malédiction de Lamia (une créature mythologique que l'on peut apparenter au tout premier boogeyman) la poursuivant où qu'elle aille. Ne pouvant trouver de l'aide du côté de son petit ami, elle fait appel à un homme qui lui donnera les moyens de renverser ce mauvais sort. Mais à quel prix ?
Film virtuose, Jusqu'en enfer mélange le rire et la peur avec une maestria peu commune.

« Les fans qui pensent que Sam Raimi s’est vendu, qu’il a tourné le dos aux Evil Dead et à tous les films dans lesquels il a excellé et qui ont fait sa renommée vont finalement devoir la boucler car c’est du Sam Raimi plein pot. » Voilà comment parlait Bob Murawski, le fidèle et surdoué monteur de Sam Raimi, à l’époque de la sortie de Spider-Man 2, alors qu’il évoquait le style toujours aussi brillant et démesuré du cinéaste. Mais cette petite tirade quelque peu énervée (mais néanmoins frappée au coin du bon sens), Murawski aurait pu tout aussi bien la déclamer à l’occasion de la sortie de Jusqu'en enfer. Et plutôt deux fois qu’une, puisque le nouvel opus du maître marque, entre deux Spider-Man, son grand retour tant attendu au genre qui a vu naître son talent : le film d’horreur. Verdict ? Par le pot d’échappement d’une Oldsmobile Delta 88, ça fait du bien par où ça passe !


 

Au fil de sa carrière, Sam Raimi a appris à raconter une histoire et à dessiner des personnages. Ses premiers films (les deux premiers Evil Dead et Mort sur le grill) relevaient plus du spectacle de marionnettes humaines et de l’expérience sensorielle que de la narration classique. A partir de Darkman et surtout du magnifique Mort ou vif, le réalisateur, sans renier son style et son goût marqué pour un cinéma profondément physique et pulsionnel, a commencé à se frotter à la dramaturgie. Peu à peu, à travers des films comme Un plan simple, Intuitions ou Spider-Man, son cinéma est devenu un cinéma profondément empathique, dont l’histoire colle au cheminement des personnages, tout autant que sa caméra toujours aussi fusionnelle. Aussi, on imagine combien le réalisateur, qui désormais proclame volontiers son attachement viscéral à ses personnages, a dû souffrir sur Spider-Man 3. Film mal-aimé mais qui n’en reste pas moins, malgré ses défauts, l’œuvre la plus ambitieuse de son auteur, le dernier volet des aventures du Tisseur aura poussé Sam Raimi à faire une concession à son producteur et à traiter un personnage dont il n’avait clairement rien à foutre (le funeste Venom). Et les déclarations du cinéaste montrent bien, malgré la prudence qui les caractérise, combien il regrette d’avoir accepté cette concession. C’est dire qu’un projet comme Jusqu'en enfer annonçait dès ses prémices une double renaissance : celle d’un cinéaste de retour sur ses terres d’origine mais aussi celle d’un Sam Raimi heureux de retrouver toute la mesure de son indépendance.

 

S’il y a bien une qualité qui transpire de tous les plans de Jusqu'en enfer, c’est sans aucun doute le plaisir. Car Sam Raimi a décidé ici de se faire plaisir. Tout d’abord en concevant un film qui n’oublie pas d’où il vient (à l’image de quasiment tous les personnages du réalisateur, qui se perdent dès qu’ils renient leur passé) et qui paye son tribut à tout un pan de la culture populaire qui a baigné la jeunesse de son auteur. En particulier à travers ce personnage de sorcière gitane (et tout le folklore afférent) tout droit sorti des pages jaunies d’un EC Comics de la grande époque, mais aussi à travers une relecture étonnante de Rendez-vous avec la peur, qui a visiblement traumatisé le petit Sam à l’époque où il squattait le téléviseur familial. Cité explicitement à de nombreuses reprises (notamment à travers les ombres portées du démon, le vent dans les feuilles ou même la scène finale), le classique de Jacques Tourneur ressurgit inévitablement dans l’inconscient du spectateur et participe pour beaucoup au cachet « old school » du film.


En outre, Jusqu'en enfer s’avère d’autant plus conscient de ses racines qu’il se livre également à un petit jeu particulièrement prisé de son metteur en scène : les renvois à certaines scènes de ses propres films comme autant de marques d’un univers cohérent et unique (celui de Sam Raimi of course) mais aussi comme autant de variations autour d’une même figure. Par exemple, juste avant la scène finale, un fondu enchaîné en surimpression permet à Alison Lohman de changer de lieu sans changer de position, de même que le procédé identique permettait à Frances McDormand, dans Darkman, de se transformer en veuve éplorée en passant d’une ruelle soufflée par une explosion à un cimetière (on notera au passage l’ironie du parallèle, typique du réalisateur, puisque l’un des deux films prend pour cadre une scène d’enterrement alors que l’autre dépeint une violation de sépulture). Et le reste du film est à l’avenant : le temps d’un passage totalement cartoonesque dans une cabane à outils où le démon s’acharne sur la pauvre Christine et où une enclume suspendue au plafond menace de tomber à tout instant, on pensera inévitablement à Evil Dead 2, tandis qu’à un autre moment, la mouche démoniaque qui se balade sur le corps endormi de Christine renverra à coup sûr à l’araignée radioactive qui arpentait le bras de Peter Parker dans Spider-Man.

 

 Film d’équilibriste virtuose, Jusqu'en enfer ne se contente pas de faire le grand écart entre le passé et le présent : il mélange également le rire et la peur avec une maestria peu commune. La peur tout d’abord. Une émotion que Sam Raimi gère parfaitement, tant il s’affirme ici comme un authentique maître du suspense, capable de prendre son spectateur complètement au dépourvu (voir la tournure inattendue que prend la première visite chez Madame Ganush, lorsque Christine vient tenter la réconciliation). Et un suspense bien souvent assez difficile à supporter tant l’on sait que le gars qui est aux commandes du film n’est pas du genre à terminer une scène de tension sur un bête chat qui miaule. Chez Sam Raimi, le calme précède systématiquement l’ouragan et il faut s’attendre à tout, d’autant plus que cette fois-ci, le film s’ouvre sur une scène-choc qui montre d’entrée l’étendue des pouvoirs du démon. Le rire ensuite, le rire salvateur, la soupape de sécurité qui permet de lâcher la pression lorsque celle-ci est trop forte. Dans ce registre, Jusqu'en enfer va très loin, n’hésitant pas à donner un rôle hilarant à une chèvre au cours d’une scène de spiritisme aux conséquences pourtant gravissimes ou bien en montrant une veillée funèbre virer au fiasco lorsqu’un personnage se casse la gueule sur un cadavre, qui lui dégobille le liquide d’embaumement à la face. Tout l’art de Sam Raimi est là, dans cette confiance inébranlable en son métier, dans cette foi aveugle qu’il témoigne à l’égard de la puissance des images et qui fait qu’il ne craint jamais de malmener son spectateur, d’enquiller les ruptures de ton, de faire se télescoper des sentiments contradictoires.

 

Les idées de plans complètement fous qu’il a souvent et que l’on peut retrouver quasiment tels quels dans les films des plus grands maîtres du cinéma muet (Murnau et Eisenstein en particulier) montrent la filiation évidente de ce surdoué de la caméra, qui utilise les outils d’aujourd’hui pour créer des images d’une pureté et d’une inconscience telles qu’elles semblent nées avec l’aube du cinéma. D’une scène de baston méchamment violente entre deux femmes dans une voiture à une séquence d’exhumation sous un déluge quasi-biblique, le dernier rejeton de Sam Raimi est un véritable train fantôme filmique provoquant éclats de rire et frissons de terreur à répétition. Et ça tombe bien parce que c’est exactement ce qu’était le cinéma à ses débuts et ce vers quoi il semble à nouveau tendre dans les années qui viennent : une attraction. Croyez-nous, Jusqu'en enfer est la meilleure attraction que vous pourrez voir cette année au cinéma. Et c’est ainsi que Sam Raimi est grand.

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Le verdict des internautes

Total des votes : 48

Les notes des internautes

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    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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valenshine27 01/01/2010 à 19h02
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