Jamais un film sans studio de distribution (à l'époque) n'aura reçu une telle réaction au Comic-Con que Kick-Ass, le nouveau film du brillant Matthew Vaughn. Parcours très atypique pour un film de super-héros, mais parcours qui permet au réalisateur de Layer Cake et Stardust de traduire totalement l'esprit jouissif et hilarant du comic-book de Mark Millar & John Romita Jr. commencé en 2008. Le film est aussi bon que le comic-book, avec ses moments d'anthologie, ses petits défauts mais un état d'esprit bon enfant qui fait plaisir à voir dans un genre qui tombe parfois dans le sérieux agaçant (merci Wolverine). Il traduit surtout parfaitement l'esprit d'une histoire qui tentait de faire autre chose dans un genre vu et revu à toutes les sauces.
La première grosse qualité du métrage est que, autrement que de s'appuyer sur les références comic-book comme Millar le faisait dans le sien, il trouve sa propre influence dans les adaptations cinématographiques de ces mêmes comic-books. Si cela paraît compliqué, il est très facile de deviner dès le début que Kick-Ass le film s'inspire plus des films Superman, Spider-man et Batman Begins que des comics qui en sont à l'origine. Et cela permet de créer un univers tout aussi crédible, où notre jeune héros improbable est autant fan de bandes dessinées que de leurs adaptations. Impossible de ne pas voir dans la voix-off candide de Dave Lizewski une petite pique à celle de Spider-man (pique pas assez prononcée, ce qui en fait finalement un des défauts mineurs du film). Cela peut se faire de façon subtile mais aussi totalement explicite, comme le costume du personnage de Big Daddy qui ne ressemble plus au Batman des vieilles années mais bel et bien au Batman moderne de Christopher Nolan (avec un ton « à la » Christian Bale). Ces simples détails font que le film fait plus moderne, plus « réel » et plus adapté à un public prêt à voir les codes changés.
Car ne l'oublions pas :
Kick-Ass appartient aux films de super-héros certes, mais place surtout un loser profond sans aucun super pouvoir (ni muscles) dans la peau d'un improbable héros qui se fait battre quasiment à tous les coups jusqu'à ce qu'un incident le rende hermétique à la douleur - un détail d'ailleurs un peu trop laissé pour compte au bout du film. Dave et son alter-ego
Kick-Ass est le premier à épouser sa destinée et à vouloir changer les choses, s'inspirant de ses problèmes personnels pour tenter de les régler. Fini le racket du mardi soir ! Kick-Ass sera celui qui se rebellera, se battra et empêchera les petits crimes de se produire (quand il ne se fait pas poignarder, taper, bousculer ou écraser par une voiture). Il ne se rend pas compte qu'il va être pris par le grand méchant pour celui qui fait tomber ses hommes un à un. Et ce quiproquo va aussi apporter l'arrivée d'un faux-super héros au doux nom de Red Mist, interprété brillamment par Christopher « McLovin » Mintz-Please (gosse de riche sadique et croustillant). Involontairement, Dave se lance dans une gigantesque machination qui voit l'entrée en jeu des deux meilleurs personnages du film : Big Daddy et Hit Girl.
Si l'acteur Aaron Johnson fait un excellent travail pour perdre son accent anglais et devenir un adolescent ringard américain, ce sont bel et bien les forces de Nicolas Cage et Chloe Moretz qui électrocutent le film. Le premier nous offre son meilleur rôle depuis très longtemps, utilisant pour la première fois son look étrange (coiffure horrible et moustache risible) pour construire un personnage de papa poule obsédé par les armes et par une revanche envers le prince du crime de la ville (génial Mark Strong). Son obsession pour l'entraînement a transformé sa jolie petite fille (et future grande actrice - voir sa performance de conseillère improbable dans
500 Jours ensemble) en mercenaire aguerri, capable de manier le couteau et les armes à feu comme personne. Ce petit duo offre les meilleures séquences du film, et il est bien dommage de voir que leur traitement ne se fait qu'en personnages secondaires.
Vaughn s'intéresse avant tout à son anti-super héros, et parfois un peu trop, surtout lorsqu'il tente en vain de nous faire croire à une romance vue et revue depuis des années. Le geek amoureux de la belle qui va se faire passer pour le meilleur ami gay (allant jusqu'à la masser nue) ne marche plus trop comme stéréotype, et le fait que l'intrigue ne soit finalement pas si importante que ça ne peut que frustrer le spectateur qui souhaitait en voir plus. Bien heureusement, ces petits écarts en route sont là pour faire passer une émotion vraiment présente même dans les scènes les plus incroyables du film - comme une fusillade dans le noir complet où Hit Girl devra utiliser un flash pour immobiliser ses ennemis, au ralenti s'il vous plaît. L'action n'a rien à envier au reste des films du genre, du moment que les pouvoirs sont remplacés par des armes à feu incroyables et des fusillades totalement maîtrisées. Les deux meilleures concerneront d'ailleurs notre papa et sa fille - le premier dans son costume de Batman mettant à terre tous ses ennemis en deux minutes, la deuxième achevant ses ennemis sur « Bad Reputation ». Le résultat est loin d'être aussi gore qu'espéré (ou fantasmé ?), mais la violence est réellement au rendez-vous, dans tout ce qu'elle a de plus grotesque et majestueux. L'univers est crédible mais ne se prend jamais au sérieux et ne cherche absolument pas le réalisme. Un homme achevé au bazooka qui explose au milieu des buildings à cause de la puissance de tir, cela ne peut que faire rire.
Qu'importe finalement les quelques défauts du film qui concernent souvent le traitement du héros principal (trop de romance, pas assez d'explications). Le film fait extrêmement plaisir à voir, procure un bonheur jouissif exemplaire et rarement ressenti pour un tel genre, sorte de croisement entre l'excitation de
Bienvenue à Zombieland avec le grotesque de
Shoot'Em Up. Les blockbusters R-Rated peuvent exister aux Etats-Unis, et il n'y a presque aucun doute sur le fait que
Kick-Ass cartonnera à travers le monde. Parce qu'avec une telle ouverture sur le sujet, on ne peut que vouloir la suite immédiatement.