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Kill Bill, volume 2

La critique d'Excessif

4/5
kill_bill2_cinefr L'HISTOIRE : Après s'être débarrassée de ses anciennes collègues Vernita Green et O-Ren Ishii, la Mariée poursuit sa quête vengeresse. Il lui reste à régler le sort de Budd puis de Elle Driver avant d'atteindre le but ultime : tuer Bill.
Kill Bill est devenu plus clair, plus dense, plus vrai. En un mot : incontournable. Cette seconde partie n’est pas un deuxième film à proprement parler, elle est la continuité du premier métrage. Aller voir Kill Bil Volume 2 sans avoir au préalable savouré le Volume 1 serait une hérésie. Ce second film définit son histoire, et met en exergue les rapports entre les personnages, qui définissent leurs actions, leurs statures et même leur mort. Il met en évidence la qualité scénaristique du premier volume et propose plusieurs niveaux de lecture à Kill Bill. En attendant l’ultime version de Quentin Tarantino : le film complet.

KILL BILL VOLUME 2
Un film de Quentin Tarantino
Avec Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Gordon Liu, Daryl Hannah, Lucy Liu, Vivicia Fox
Durée : 2h16
Sortie : 17 Mai 2004

Kill Bill est une expérience cinématographique qui dure depuis plus d’un an. Une année passée à fantasmer le retour d’un réalisateur culte, absent des écrans du monde entier depuis six ans. Il aura suffi d’une bande-annonce incroyable pour que Quentin Tarantino se révèle à notre bon souvenir avec l’arrivée tant attendue d’un quatrième film après Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Jackie Brown. Mais un montage trop long et trop de bonnes scènes à couper ont eu raison d’une sortie en une seule fois. L’exploitation en salle d’un montage de plus de quatre heures n’était pas possible. C’est ainsi que Kill Bill fut scindé en deux volumes, proposant dans sa première partie les bases d’une histoire de vengeance dans un univers cinématographique inventé, fantasmé et filmé par Quentin Tarantino.


Tarantino nous impliquait dans le vécu des ses personnages judicieusement iconisés. Dans un premier temps, Bill est une main, une voix implacable, et ce sont Vernita Greeen et O-Ren Ishii, les deux premiers noms figurant sur la liste des cinq de The Bride, qui vont faire les frais de son incroyable maîtrise des arts martiaux et du Katana. C’est l’ancien maître de Bill, Hattori Hanzo, qui lui a forgé l’instrument de sa vengeance, lui permettant ainsi de massacrer les "88" gardes du corps de la reine de la pègre de Tokyo, et de se rapprocher un peu plus de sa cible. Il lui en reste trois.


L’histoire continue là où elle s’est arrêtée. La montée en puissance se fait plus pressante au fur et à mesure que le réalisateur nous révèle avec plus de détails tous les protagonistes. L’ensemble est à l’image de la quête vengeresse de The Bride : implacable. Rien n’a été laissé au hasard par le réalisateur. Une logique scénaristique stimulée par une maîtrise incroyable de la mise en scène et des comédiens qu’il a choisi. Plus on s’enfonce dans les subtilités et les méandres de la psyché des protagonistes, plus le récit devient dense et étouffant. Vernita Green et O-Ren Ishii n’étaient que les deux premiers doigts d’une main qui se referme doucement sur le destin de l’héroïne. La respiration se fait plus difficile, l’air se raréfie, la tache devient encore plus compliquée pour The Bride. On la comprend quand au cours de la première apparition de Bill, on est immédiatement saisi par sa terrifiante prestance, son calme apparent. Elle lui demande s’il va être gentil, il lui répond qu’il fera ce qu’il peut.


Budd (Michael Madsen), numéro 3 sur la liste de La Mariée

Kill Bill et ses deux volumes peuvent sembler imprévisible sur la forme, alors qu’ils sont d’une logique inexorable dans leur mise en place scénaristique. A l’aune du second film, on saisit avec plus de clarté comment Tarantino a construit son univers et les personnages qui s’y affrontent. Chacune des confrontations de la liste des cinq à tuer se fait dans le cadre de l’environnement personnel du protagoniste. Ainsi Vernita Green se bastonne avec The Bride à coups de poêle à frire dans une petite maison 'bourgeoise", sous les yeux d’une gamine de 4 ans, puisque c’est la vie qu’elle a choisie de mener. Si avant de croiser le Katana avec O-Ren Ishii, The Bride doit massacrer 88 bandits masqués dans un restaurant cossu de Tokyo, c’est parce que Lucy Liu incarne une reine de la pègre sino-americano japonaise, qu’elle évolue dans l’univers surréaliste et fantasmé du manga.
Si le volume 2 peut paraître être un changement esthétique radical voire opposable au premier volume, ce n’est que parce que The Bride change d’ennemi et va sur son terrain pour l’affronter. On quitte la petite maison sympathique et le jardin d’hiver d’un restaurant asiatique du volume 1, pour se retrouver dans une caravane insalubre paumée au milieu du désert du volume 2. Car c’est là que Budd, le frère de Bill, a choisi de prendre sa "retraite anticipée".


Elle Driver (Daryl Hannah), numéro 4 sur la liste de La Mariée

Ce sont les rapports entres les personnages qui définissent la forme stylistique du film. De même que c’est de leurs personnalités respectives que découlent les références cinématographiques de Kill Bill. The Bride est une fan de Bruce Lee, Budd de Charles Bronson (l’affiche de Mr Majestyk est fièrement affiché dans sa caravane)… C’est leur passé et leur façon de percevoir The Bride qui impliquent l’endroit de l’affrontement, la nature du combat qui les oppose, et leur fin plus ou moins tragique. Vernita Green est lâche. Elle propose un contrat qu’elle dénonce aussitôt en tirant sur The Bride : elle est exécutée. O-Ren Ishii n’assume pas sa nature de métisse, elle aspire à une pureté illusoire : elle périra scalpée, "mise à nue" par celle qu’elle accusait d’imposture ("petite blonde caucasienne qui s’amuse à être un samouraï").


Dans le volume 2, chaque personnage a fait son choix. Budd a renoncé à sa véritable condition de tueur, Elle Driver ne reconnaît pas à The Bride son statut de guerrière, et Bill s’est laissé gagner par le seul sentiment que son métier ne permet pas : l’amour. Chacun d’eux devra rendre compte devant The Bride de leur faille respective. Si la quête de The Bride se fait autour et par sa relation avec les différents protagonistes du film, elle est aussi guidée par les armes qu’utilisent ses adversaires en général, et leur relation avec les Katanas d’Hattori Hanzo en particulier. Il symbolise l’envie pour O-Ren Ishii, la renonciation pour Budd, la convoitise pour Elle Driver, et pour Bill c’est l’attribut ultime du guerrier. En se rendant chez Hattori Hanzo après être revenue d’entre les morts et avoir réappris à contrôler son corps, ce n’est pas à proprement dit une arme que vient chercher The Bride. C’est un adoubement. Hattori Hanzo lui-même s’associe à sa quête en lui remettant solennellement sa dernière création. Le fait qu’il revienne sur la promesse qu’il s’était faite de ne plus forger d’instrument de mort signifie qu’il compatit aux intentions de la guerrière aux cheveux d’or. Il lui offre un gage de pureté (une âme) pour combattre Bill (le mal), et de cet affrontement ultime naîtra l’espoir.


La Mariée (Uma Thurman) dans un mémorable entraînement aux côtés de Pai Mei (Gordon Liu, bien maquillé !)

Autant de conditions et de situations mises en place par Tarantino comme la suite logique de Kill Bill volume 1. Il est impossible de dissocier notre réflexion sur les deux volumes tant ils s’imbriquent l’un dans l’autre, tant ils sont les deux faces de la même pièce. Ne serait ce que parce que, dans le volume 1, The Bride est associée à un visage et n’a pas de nom, et que Bill a un nom et pas de visage. Leur ultime rencontre s’effectuera une fois les masques tombés, aussi bien sur l’identité de The Bride que sur le visage de Bill.


Quentin Tarantino avec Daryl Hannah sur le tournage de Kill Bill Volume 2

Il ne manque presque rien pour pouvoir qualifier Kill Bill de chef d’œuvre. Même si les deux volumes permettent déjà d’en apprécier la maîtrise et la richesse, le film n’est pas encore complet. Il faudra probablement attendre noël prochain avant d’en saisir toutes les nuances avec la sortie de la version finale telle que Tarantino l’avait imaginée à l’origine.

Sortie France : 17 Mai 2004



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