L'HISTOIRE : Trois ans après ses premières aventures au sein de la fameuse banlieue 13, le capitaine Damien est mystérieusement piégé pour possession de drogue. A l'extérieur un incident embrase l'opinion de la population contre les banlieues, zones de non-droit que certains aimeraient raser. Leito de son côté espère toujours voir la fin de ce mur de béton qui scinde le peuple en continuant ses petites attaques à la bombe. Alors qu'un gamin a été témoin, en filmant, de l'assassinat de policiers par de mystérieux agents du gouvernement, Leito se retrouve en possession du film accusateur. Le même jour, il doit se rendre au 36, afin de libérer Damien des mains des forces de l'ordre. Pour contrecarrer le plan d'évacuation des banlieues, ils vont devoir fédérer les différents gangs qui règnent sur ces territoires où une seule loi prévaut, celle du plus fort.
Un duo étonnant et efficace
En seulement deux longs-métrages, Christian Carion a su s'imposer comme un auteur et un cinéaste à part entière parmi les plus doués de sa génération. Ainsi, on se souvient d'Une hirondelle a fait le Printemps sorti en 2001, où l'on retrouvait Michel Serrault dans l'un de ses derniers rôles, mais aussi et surtout de Joyeux Noël, l'histoire bouleversante d'une fraternisation entre ennemis, le soir du 25 décembre, lors de la Guerre 14-18. Aujourd'hui, ce jeune réalisateur français crée une nouvelle fois la surprise, en signant un film d'un tout autre acabit. S'il s'inspire à nouveau de faits historiques, il se lance surtout dans le genre du thriller, bien loin donc du traitement réservé à ses précédents sujets. A cette occasion, il dirige pour la seconde fois de sa carrière l'excellent Guillaume Canet, auquel il confronte Emir Kusturica. Une réunion étonnante, donc, pour l'un des films évènements de l'année 2009. A la hauteur de notre attente ?
Inédit, ce duo se révèle efficace. Le seul regret que nous ayons repose en fait sur son exploitation. Disons-le d'emblée : l'histoire fonctionne parfaitement, grâce à la richesse de son sujet. Basée sur une terrifiante réalité, elle retrace jusqu'au moindre détail le parcours de cette affaire. En ce sens, le film nous apprend énormément mais se rapproche hélas davantage du documentaire historique voire politique. Dès lors, le thriller annoncé n'est plus qu'un vague souvenir. L'Affaire Farewell instruit plus qu'il ne divertit, si bien que le film semble beaucoup trop long. La complexité de toute cette histoire finit donc pas nous échapper au fur et à mesure de son avancée, et l'avenir des principaux personnages apparaît aussi vite évident. Dénué de toute tension, aussi bien dramatique que nerveuse, ce nouveau long-métrage manque terriblement de relief. Si le sujet ne vous passionne guère, vous risquez donc de vous ennuyer ferme. Les bonnes surprises résident essentiellement dans la seule présence de Philippe Magnan et de Fred Ward, qui incarnent respectivement les chefs d'Etat François Mitterrand et Ronald Reagan. Le premier, un de nos meilleurs seconds rôles actuels, surprend par sa ressemblance frappante avec l'ex Président. Affublé d'une infime quantité de maquillage, l'acteur réussit une belle performance, juste et impressionnante, au point de nous envoûter à chacune de ses apparitions. Admirable. Face à lui, Fred Ward compose un Ronald Reagan beaucoup plus ironique, presque ridicule. Passionné de cinéma (rappelons au passage qu'il fut aussi acteur), il apparaît régulièrement dans ses bureaux privés en train de regarder le chef d'oeuvre réalisé par John Ford, L'homme qui tua Liberty Valance, avouant même qu'il aurait pu jouer dedans. Un running gag fort plaisant.
Sans être un ratage total, L'Affaire Farewell déçoit surtout par son manque de position. Le cinéaste garde une certaine distance avec son sujet, et se contente finalement de retracer les faits, avec précision et néanmoins beaucoup de talent, aidé par un casting de tout premier choix.
Cette semaine, à l'occasion de sa sortie en DVD et Blu-Ray, rencontre avec le cinéaste Christian Carion.