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L'Apprenti

La critique d'Excessif

4/5
l_apprenti L'HISTOIRE : Tranche de vie du monde paysan à travers le parcours d'un adolescent, parachuté dans une famille à la montagne pour apprendre le métier. Une touchante réflexion sur la relation père-fils et sur un mode de vie rythmé par les saisons ...
À l’époque du profit roi, où l’on nous rabâche sans cesse qu’il faut travailler plus pour gagner plus et que le temps, c’est de l’argent, on nous offre ici un petit répit en bobine, un moment où l’on pourrait tout remettre en cause et se demander si l’on est vraiment à notre place. Ce film est l’éloge d’une vie que beaucoup d’entre nous imagineraient condamnée. Premier long-métrage du chef opérateur/réalisateur Samuel Collardey, L'apprenti est une petite merveille de sincérité, un voyage au cœur de nos charmantes campagnes en compagnie de Mathieu, apprenti agriculteur.

L’APPRENTI
Un film de Samuel Collardey
Avec Mathieu Bulle et Paul Barbier
Durée : 1h25
Date de sortie : 03 Décembre 2008

Mathieu, élève dans un lycée agricole, est apprenti en alternance dans la petite ferme familiale de Paul. Au fil de son apprentissage, Mathieu n’apprend pas uniquement les gestes du travail dans une ferme, mais aussi à s’intégrer à la vie de la famille et surtout, l’apprentissage de la vie. Au fil des saisons et des travaux agricoles, des liens se tissent entre Mathieu et l’univers de la ferme.

L'apprenti est à mi-chemin entre le documentaire et la fiction, mais au fil du métrage, on ne saurait dire s’il s’agit de l’un ou l’autre. L’histoire, si l’on prend le parti de la fiction, coule de source. On nous raconte le voyage initiatique d’un adolescent solitaire, un peu désorienté, au sein de cet univers qu’est l’agriculture ou plutôt la culture de la terre. Mathieu apprend ce métier, mais il y fait avant tout et surtout l’apprentissage de la vie auprès de Paul et de sa famille. Il s’y intègre bien et apprécie cette vie au sein de cette famille tant rêvée et admirée. Des liens profonds se tissent entre Mathieu et Paul, Mathieu trouvant en la personne de Paul la figure paternelle qui lui a toujours manqué et Paul reconnaissant sans doute en Mathieu le fils idéal. C’est donc plus que le lien de la terre qui unit ces deux hommes, c’est une profonde reconnaissance. Au fond, tout ce qui manquait dans la vie de Mathieu, cet apprentissage lui procure. Mathieu a sans doute trouvé le bonheur dans cette vie rythmée par les saisons et les travaux à la ferme. Mais ce bonheur est imperceptible. Le spectateur n’y est pas pleinement immergé, mais il peut le ressentir à travers des gestes simples, quotidiens qui contribuent à créer ce bonheur pur. Pas besoin de luxe, la simplicité de cette vie suffit à leur bonheur.

Tout ceci est filmé avec une justesse admirable, sans excès de mise en scène. Et cette justesse, cette sincérité donne un léger aspect documentaire à ce chef d’œuvre. Même la lumière et les cadrages se veulent les plus naturels, les plus justes possibles, en concordance avec cet univers rural. De plus, l’interprétation est admirable et ceci pour une simple et unique raison : ces personnes jouent leurs propres rôles. Ils débordent alors tous de sincérité et sont donc honnêtes vis-à-vis d’eux-mêmes. Mathieu est Mathieu, Paul est Paul. Il n’y a rien d’autre à ajouter.


Les personnages sont véritablement ces hommes et ces femmes. Il n’y a point d’effusion de sentiments ou d’émotions, tout est dans la retenue, la sincérité, identique à l’image de ce monde paysan. C’est pratiquement ainsi dans toutes les campagnes de l’Hexagone. Pas besoin de s’épancher, de tout expliquer, il suffit juste de vivre et d’agir. C’est un peu comme la pluie et le beau temps. Ce film est à l’image du monde agricole où l’absence de sentimentalisme crée tout le charme des protagonistes. À travers le personnage de Mathieu, Samuel Collardey aurait pu nous dépeindre le portrait d’un adolescent torturé, en pleine crise, qui se cherche sans se trouver, rejetant son mal être sur les autres comme on a pu le voir au fil de nombreux chefs d’œuvres cinématographiques. Cependant, le réalisateur évite tout cela avec finesse. Il se contente de suivre Mathieu dans son apprentissage de la vie, à une période charnière où il passe de l’enfance à l’âge adulte. On ne le quitte pas une seule fois durant tout le métrage, que cela soit dans la ferme de Paul, au lycée agricole avec ses copains, chez sa mère. Tout l’univers dans lequel vit Mathieu nous est montré avec simplicité, sincérité. Il n’y a pas une seule image de trop, pas un sentiment ou une sensation qui pourrait nous perdre dans les méandres d’une psychologie sans fin. Collardey ne cherche pas à nous expliquer la psychologie de ses personnages, il se contente de les faire vivre devant nos yeux, sans aucun voyeurisme. Même la relation délicate que Mathieu entretient avec sa mère est filmée avec justesse. La caméra de Collardey capte uniquement l’instant, sans artifice, sans mise en scène extravagante, timidement parfois. Ce que Mathieu et sa mère se disent, ils ne le jouent pas, ils se le disent vraiment.

Cela étant, cette œuvre n’est pas uniquement la chronique de l’apprentissage de cet adolescent. En effet, le film est l’éloge d’une vie paysanne paisible, agréable dans une campagne où la nature est reine, où le quotidien est rythmé par les saisons. La vie de ces hommes et ces femmes ne s’attache qu’à l’indispensable, rien de plus, rien de moins. Et cela suffit à contribuer à leur bonheur. Cette tranche de vie dans cette campagne, identique à toutes nos campagnes françaises, montre qu’il existe un monde sans stress, sans artifice, sans faux-semblants, beaucoup plus proche de ce à quoi chacun d’entre nous pourrait tendre. Là où Collardey aurait pu décrire une campagne française à partir de tous les clichés qu’on lui a auparavant attribués, il nous offre plutôt un conte réaliste, magnifique de par son image et de son traitement. On n’est pas chez les ploucs. On est entouré de gens comme vous et moi, attachants, qui exercent leur métier avec passion et paix.

Samuel Collardey évite aussi avec brio, le film social, montrant une province française telle qu’elle est, sans la juger ni la dénoncer. Tout est réel et naturel et c’est tout le charme et la magie de ce long-métrage. À travers l’histoire de Mathieu, Collardey induit qu’au fond, le bonheur ne serait pas là où on l’imagine. Mathieu se cherche désespéramment. Et il s’est sans doute pleinement trouvé dans cet oasis de bonheur que représente pour lui l’agriculture. C’est sa seule quête dans la vie et il est déterminé à la mener à bien : Je ne veux pas faire un métier pour me faire chier, je veux faire un métier pour me faire plaisir. S’il n’y a pas de plaisir, ce ’est pas la peine. Tout se résume en cette phrase.

Samuel Collardey s’est fait le messager d’un univers quelque peu méconnu par un bon nombre d’entre nous et le transcende jusqu’au plus haut point. Il connaît ce monde par cœur et nous le fait partager avec la plus grande justesse, tout comme ces hommes et ces femmes vivent sincèrement devant sa caméra. L'apprenti est un véritable chef d’œuvre de sincérité, d’honnêteté, porté par une image sublime et une interprétation splendide. Ce film n’est ni un documentaire, ni une fiction, c’est un véritable petit bijou cinématographique. Bref : il n’y a pas d’avenir sans agriculteurs !

Amandine Quanté

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