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L'Autre Moitié

La critique d'Excessif

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lautremoitie135 L'HISTOIRE : Hamid, la quarantaine, vit à Bruxelles et travaille comme courrier dans un réseau bancaire illégal. Originaire d'Algérie où il a passé son enfance, son statut social le place en conflit perpétuel envers le monde et contre lui-même. Lorsqu'il reçoit un appel de Louis, son frère cadet qui a grandi en Suisse et qu'il n'a pas vu depuis trente-cinq ans, il croit tout d'abord à un coup monté par la police. Louis lui raconte que leur mère, également perdue de vue depuis plusieurs années, est hospitalisée en Suisse et qu'elle désire le voir. Sans pour autant surpasser sa méfiance, Hamid finira par rejoindre celui qui prétend être son frère.
Louis et Hamid sont comme Abel et Caïn : des rivaux. Ils sont issus de deux cultures différentes, l'Islam et le monde occidental, mais ils sont les deux moitiés d'un tout, et c'est cette réunion, la formation de cette unité qui est l'objet et l'enjeu du film.
Après Au-delà des frontières, l’italo-suisse Rolando Colla nous offre ici un exercice de style de toute beauté, mêlant à la fois thriller policier, drame psychologique et film social. Cet enchaînement d’adjectifs pourrait nous faire croire que le pari était risqué, mais à l’arrivée, l’ensemble s’avère plutôt bien tenu.

L'AUTRE MOITIE
Un film de Rolando Colla
Avec Abel Jafri, Kader Boukhanef, Nade Dieu, Robert Bestazzoni, Martine Godart, Jaoued Deggouj, Abdelmalekh Kadi
Durée : 1h29
Date de sortie : 27 Août 2008

Hamid vit à Bruxelles et travaille comme courrier dans un réseau bancaire illégal. Il a passé son enfance en Algérie. Louis vit en Suisse où il y exerce le métier de marchand d’art. Un jour, Hamid reçoit un coup de téléphone de Louis, qu’il n’a pas vu depuis trente cinq ans. C’est le début d’une rencontre non sans conséquence pour chacun des deux frères.

Dès les premières minutes Rolando Colla nous annonce la couleur, gris bleuté en particulier, en nous plongeant dans un univers froid, proche d’un thriller policier. On observe Hamid vivre cette vie pratiquement clandestine, illégale, faite de trafic d’argent. Puis c’est le coup de fil de Louis, un frère dont il ne sait presque rien mis à part qu’il vit en Suisse en compagnie de sa mère. Une figure maternelle qui pourrait être le point de rencontre des deux frères. À partir de ce coup de téléphone, tout le film bascule.

Il devient vite évident qu’il ne s’agit pas seulement de la rencontre de deux frères rivaux, pratiquement inconnus l’un de l’autre, mais de la découverte de l’un à travers l’autre. Au-delà de cette rencontre, Colla met en scène, modestement, la méfiance, la jalousie, le rejet qui affectent ces deux êtres. L’univers change lentement, passant du thriller policier à un drame psychologique latent. La tension que Rolando Colla avait fait naître en nous, montrant les difficultés sociales d’Hamid, s’accentue lentement avec cette nouvelle relation. C’est sur cette tension que le film joue car elle tient en haleine le spectateur.


Ces deux univers, le thriller policier et le drame psychologique, le réalisateur réussit admirablement à les unir, à les mélanger, donnant au film deux ambiances particulières, un peu à contresens, passant de l’une à l’autre avec une virtuosité incroyable. De plus, ces deux univers mêlés représentent les deux personnalités des frères. Socialement, culturellement, ils sont totalement différents, cela va même jusqu’à leurs prénoms alors qu’ils ont les mêmes origines. Pourtant, lentement, c’est leur passé et surtout la part de secret que possède chacun d’eux qui va les réunir. Chacun veut connaître la vie de l’autre sans l’autre. Seulement un élément deviendra le catalyseur de ces deux personnages : c’est Isabella, la compagne de Louis. Elle apprendra aux deux frères non seulement à se connaître mais aussi à découvrir qu’au fond, l’un est la moitié de l’autre. Cependant c’est l’Algérie qui s’impose comme le véritable fil unificateur entre eux, l’Algérie imaginée de Louis et l’Algérie vécue de Hamid. Une Algérie, ne vivant pour les deux, qu’à travers la musique, une Algérie ensoleillée en opposition totale avec ces paysages froids et isolés de la Suisse.

À travers ces décors, Rolando Colla nous plonge dans une sorte de huis clos très particulier. Les espaces sont peu ouverts, les appartements, la maison isolée de la mère et même les vastes espaces gelés des vallées suisses, tout est fermé et se referme de plus en plus sur les deux frères. Tout disparaît soudainement autour d’eux, centré sur les personnages et leur relation intime, l’image dominante grise, froide, devenant impersonnelle, contribue à cet effet et l’Algérie devient alors un îlot rêvé.

Dans cette relation impossible Colla a bien choisi son camp. Jamais il ne nous laisse nous attacher à l’un des deux frères. Il les fait vivre devant nos yeux, nous montre leurs différences pour nous conduire petit à petit à leur ressemblance. À la fin, cette ressemblance devient même une évidence pour le spectateur. Au-delà de la relation entre ces deux personnages et de leurs problèmes relationnels, le réalisateur s’attarde également sur des problèmes sociaux actuels, propres au monde contemporain, tel que la migration, l’intégration, le multiculturalisme. Ce film s’impose donc comme une véritable prouesse scénaristique dotée d’une image sublime, magnifiquement porté par le jeu des comédiens, tous les deux excellents, et vaut vraiment le déplacement.

Amandine Quanté






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    Réalisation
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