L'HISTOIRE : L est engagé pour sauver l’humanité d’un virus mortel qui a annihilé un village Thaïlandais, tuant au passage son ami F. Ses adversaires sont “K” ainsi qu’un groupe de terroristes écologistes voulant purifier le monde de ses excès et de sa surpopulation grâce au virus mortel. L est aidé dans sa mission par deux jeunes enfants - un garçon parlant anglais qui est le seul survivant du village Thaïlandais ravagé, et une écolière japonaise qui est l’enfant du professeur qui a développé l’antidote du virus… S’il aime à répéter que son film s’écarte un peu de l’esprit de la série, c’est uniquement pour ne pas créer de frustration chez les puristes. Mais la frustration vient surtout du fait que l’on a envie de voir Nakata redistribuer les codes horrifiques comme il l’avait si bien fait sur Ringu et Dark Water.
Au moment de réaliser The Ring 2 aux Etats-Unis, il fallait voir une double intention. Dans un premier temps, réaliser un modèle de contre-film Hollywoodien. Un chant du cygne des films de fantômes nippons d’une élégance absolue. Dans sa filmographie, il fallait prendre cet écart comme un signe d’apaisement où Nakata, passé maître de la peur par infiltration, avait – enfin – clôt le cercle d’une malédiction horrifique. On pouvait y voir une réponse au style dépressif et angoissé du premier Ringu dans lequel l’atmosphère très oppressante et très noire primait sur une histoire finalement banale de vengeance surnaturelle. Cohérence artistique donc (la réconciliation d’un cinéaste avec lui-même) mais aussi moyen rémunérateur pour tourner des films plus intimistes au Japon (Kaidan, hommage capiteux au cinéma de Nobuo Nakagawa et à la littérature de Encho Sanyutei). En cela, réaliser un remake de The Eye, comme il l’était prévu au départ, eût été un terrible contresens et une marque de malhonnêteté intellectuelle tant son précédent film semblait marquer la fin d’un cycle et peut-être celle de la fascination des spectateurs du monde entier pour "les fantômes aux cheveux longs". Dans son sillage, il faut surveiller le roublard Takashi Shimizu qui emprunte la même démarche (l’expérimental Marebito entre deux épisodes de The Grudge). Nakata reste la référence du genre parce qu’il est l’initiateur de cette mouvance. Et en toute logique, L: change the world ressemble à un bon tremplin pour lui de faire un film plus intimiste par la suite. Ce n'est pas suffisant pour provoquer un enthousiasme délirant. On regarde le film sans la moindre implication émotionnelle.
L’histoire ? L est engagé pour sauver l’humanité d’un virus mortel qui a décimé un village Thaïlandais, tuant au passage son ami F. Ses adversaires sont “K” ainsi qu’un groupe de terroristes écologistes voulant purifier le monde de ses excès et de sa surpopulation grâce au virus mortel. L est aidé dans sa mission par deux jeunes enfants - un garçon parlant anglais qui est le seul survivant du village Thaïlandais ravagé, et une écolière japonaise qui est l’enfant du professeur qui a développé l’antidote du virus… S’il aime à répéter que ce spin-off s’écarte un peu de l’esprit de la série, c’est uniquement pour ne pas créer de frustration chez les puristes. Mais la frustration vient surtout du fait que l’on a envie de voir Nakata ailleurs. Redistribuer comme il savait si bien le faire les codes horrifiques comme il l’avait si bien fait sur Ringu et Dark Water. Cette virtuosité n’est pas vaine (toujours au service de ce qu'il raconte) mais elle rappelle que Nakata n’a jamais eu l’ambition d’être un maître du fantastique même si son cinéma évoque celui, classique, des séries B suggestives, proche du réalisme fantastique de Jacques Tourneur et d’un Robert Wise. En revanche, il sait raconter des histoires, étayer la psychologie de ses personnages avec une élégance souveraine, instaurer une tension et distiller une atmosphère sourde. C’est pour cette raison que beaucoup l’ont comparé à Shyamalan. S’il s’essaye ici à un mélange des genres, il tire essentiellement vers la comédie avec un humour consensuel médiocre (le passage où la L’s band prend les transports en commun, le déjeuner sur l’herbe etc.) et traite un de ses thèmes fédérateurs (la nécessité de personnages isolés de se retrouver pour fonder une famille et affronter le monde). C’est surtout une astuce pour attirer le maximum de spectateurs vers un sujet qui cible une catégorie particulière. De toute évidence, L aura plus de chance de parler à ceux qui connaissent l’univers de Death Note et donc en maîtrisent les codes. Les autres, moins initiés au phénomène, risquent d’y trouver un intérêt plus limité, ou ne pas dire nul.
Conscient des défauts que beaucoup lui ont reproché sur ces derniers scores (notamment Seven Swords, de Tsui Hark), Kenji Kawai, collaborateur musical habituel de Nakata depuis les débuts, opte pour une bande-son minimaliste qui ne surcharge pas les séquences en adéquation avec le style épuré du cinéaste. Pour ainsi dire, on entend presque rien. Ceux qui incarnent la dark side dans l'histoire sont moins manichéens qu’opportunistes et moins crédible que bouffons. La morale naïve et dépourvue de cynisme – comme toujours chez Nakata – qui résulte de cet affrontement, c’est que l’union consolide la force. Une seule personne même pourvue d’un don miraculeux ne peut pas changer le monde. Il faut pour cela monter une équipe, en trouver les membres adéquats et faire confiance aux autres. Sans rien trahir, le personnage de L y est décrit comme désinvolte et détendu, paresseux et marchant le dos courbé. Lors de la présentation du film au dernier festival du NIFFF, Hideo Nakata tenait à ce que les spectateurs présents dans la salle restent jusqu’à la fin du film car une "surprise" les attendait après le générique final (on pense immédiatement à un cliffhanger) où l’on peut entendre un standard de Lenny Kravitz. Cette "surprise" fait monter l’émotion en rappelant finalement que oui, ce film cachetonneur était habité par une âme. Celle d’un ange, aussi léger qu’une plume. Insuffisant hélas pour effacer l'ennui et la vacuité laissés par cet opus... Romain Le Vern






