A l'occasion du 5ème
Festival des droits de l'homme qui s'est tenu du 28 mars au 3 avril 2007, tous les deuxièmes jeudis du mois au cinéma Action Christine Odéon à Paris 6éme se tient une projection suivie d'un débat autour du film, en présence du réalisateur et d'autres invités. Jeudi dernier la séance proposait
Prisonnière à Lhassa, un film de Marie Louville, en présence de la réalisatrice et de Mr. Wanggpo Bashi du bureau du Tibet à Paris sur les conditions d'incarcérations des prisonnières politiques tibétaines.
PRISONNIERE A LHASSA Un documentaire de Marie Louville
Durée : 1h02
"Aussi longtemps que le Tibet n'aura pas recouvré la liberté, ma mission n'est pas terminée". Voici les paroles lourdes de sens prononcées par Ngawang Sangdrol, une véritable miraculée qui a survécue aux prisons sordides et inhumaines du "pays des neiges". Cette authentique Jeanne d'arc des temps modernes, âgée de 27 ans, a passé plus de la moitié de sa vie en prison. Son crime : avoir osé avec plusieurs nonnes Tibétaines crier au grand jour sur la place publique "vive le Tibet libre". L'implacable régime totalitaire chinois a jugé inadmissible les paroles de cette toute jeune religieuse, alors âgée d'à peine 11 ans au moment des faits en 1991. Sentence : La prison pour "activité politique illégale", toute manifestation étant interdite en Chine populaire. Bien que jeune mineure, elle écopera de 9 mois de prison ferme à Gusta, dans des conditions insalubres et de violences quotidiennes. Ce fut la première condamnation de cet enfant, qui malgré le calvaire qu'elle a enduré, n'a fait que renforcer et affirmer sa lutte contre le régime Chinois pour l'indépendance du Tibet. Un courage incroyable pour une cause des plus nobles. Ce fut le commencement pour Ngawang Sangdrol d'une lutte inégale contre la machinerie totalitaire du régime communiste qui n'avait que faire des Droits de l'Homme.

Le film
Prisonnière à Lhassa est un témoignage unique sur les conditions de détention des prisons chinoises. La réalisatrice Marie Louville terriblement touchée par le sort réservé aux prisonniers politiques en Chine a consacré ses derniers documentaires à un sujet délicat et ô combien méritant, afin de sensibiliser le public occidental peu soucieux de ce qui peut se passer en dehors des frontières de son propre pays. Marie Louville arrive en environ une heure à revenir sur le destin incroyable de Ngawang Sangdrol, grâce aux précieux témoignages qu'elle a récoltés durant les deux années d'investigations que lui ont pris la réalisation de ce documentaire. Au delà des paroles accablant la dictature chinoise, chose rarissime, Marie Louville a réussi à se procurer des images totalement inédites de la prison de Drapchi, le principal centre de détention où a été enfermée Ngawang Sangdrol. Incroyable tour de force que ces images arrachées à la Chine en toute illégalité pour témoigner à la face du monde le totalitarisme et la répression régnant dans ce pays. Elle va encore plus loin en proposant des vidéos tournées par la police chinoise elle-même pendant les assauts contre les manifestations pacifiques des moines bouddhistes dans la région de Lhassa. On assiste impuissants à l'intolérable violence d'une police qui tabasse sans vergogne les manifestants, hommes, femmes et enfants, faisant couler les larmes et le sang. Extrêmement crues, les images dévoilent avec violence une barbarie innommable. Le Tibet est aux antipodes du cliché carte postal de la destination touristique pour occidentaux amateurs de dépaysement. "Le pays des neiges" que dévoile
Prisonnière de Lhassa est une prison à ciel ouvert qui subit un véritable génocide culturel sous une forme dramatique d'acculturation orchestrée par le régime chinois.
La stupéfaction se mélange à l'écoeurement amer des conditions de détention, véritable calvaire subi par Ngawang Sangdrol et les nonnes tibétaines. Sans repères, cette jeune fille alors âgée de moins de 15 ans n'avait plus de famille à la sortie de prison de Gusta : ses deux autres frères partis en exile en Inde, sa mère décédée, et son père emprisonné. 1992, Trois minutes de manifestation, trois ans d'enferment dans une des plus grandes prisons de la région : Chapsi. Ngawang Sangdro s'est vue retirer jusqu'à son identité, n'ayant plus le droit de s'appeler par son nom religieux Ngawang Sangdrol, pour reprendre son nom Laïc de Rigchog. Son quotidien consistait à travailler plus de 10 heures pas jour dans des serres agricoles à genoux dans la boue, à s'occuper des plantations. L'engrais utilisé n'était autre que des excréments humains desquels elle devait extraire le papier toilette à main nue, puis mélanger ces déjections fécales à de l'eau afin d'obtenir une pâte qu'elle répandait au sol. Ajouter à cela des séances de tortures quotidiennes dès qu'il y avait le moindre incident dans la prison. Sans parler de la nourriture infâme rongée par des verres encore grouillants dans les écuelles.

Tout va basculer pour elle lorsque les prisonniers arrivent à faire rentrer dans la prison un magnétophone à K7 sur lequel, la nuit venue, lorsque tout le monde dort, elle enregistre des chants laconiques avec ses compagnes de cellule qui vont sans qu'elles ne le sachent réussir à la sortir de prison et faire le tour du monde. "L'histoire des nones chanteuses de Chapsi". Un chant gorgé d'espoir face aux persécutions journalières. Un homme d'affaires américain influant, John Kampt, va alors prendre à bras le corps le problème des prisonniers politiques chinois pour que cesse leurs conditions de détentions inhumaines. A force de persuasions et de tractations dont on se doute qu'elles sous-tendent des enjeux financiers, cet américain va réussir année après année à libérer au compte goutte les prisonniers politiques de la Chine Populaire. Ngawang Sangdrol tient son sauf conduit en 2002 à une simple K7, qui lui valut néanmoins le prolongement de sa peine de détention à six années supplémentaires, les geôliers ayant rapidement découvert le magnétophone.
Le film fustigeant le régime chinois arrive avec brio sans tomber dans un pathos exacerbé à traiter d'un sujet difficile, qui défend la liberté et les droits de l'homme. Quand bien même l'illustration des paroles de Ngawang Sangdrol serait réalisée à de rares moments par des images de reconstitutions hasardeuses qui desservent un tout petit peu la qualité générale du métrage,
Prisonnière de Lhassa soulève nombre de réflexions sur le conflit toujours d'actualité qui oppose le Tibet et la Chine. Bouleversant et terriblement humain, une démarche intègre que l'on doit à Marie Louville ayant consacré plusieurs autres documentaires à la cause tibétaine avec entre autres
le Panchen Lama, Les Trottoirs de Lhassa sur le commerce de la prostitution au Tibet central, et
l'Evasion du Dalaï Lama sur la route de l'exil du Dalaï Lama.