L'HISTOIRE : Milan, tueur à gages implacable, doit exécuter un nouveau contrat de sa chambre d'hôtel. Mais un voisin de palier encombrant, François Pignon, en plein désarroi amoureux, tente de se suicider, se loupe et crée une inondation. Milan se retrouve en charge de Pignon, les emmerdes commencent...
L’humour demeure, mais pas l’aura du chef d’œuvre.
Quand Francis Veber décide de transposer en personne sur grand écran sa fameuse pièce alors même qu’Edouard Molinaro l’avait déjà brillamment adaptée trente ans plus tôt, la crainte d’une redite inutile pointe le bout du nez mais rapidement effacée par le désir de découvrir ce que le créateur de François Pignon peut ajouter à cette histoire en 2008. Veber, sans rien reprocher au travail remarquable de Molinaro, voulait inculquer au film le rythme précis qu’il avait en tête lorsqu’il accoucha de ce petit chef d’œuvre d’humour. A la vue du résultat, l’humour demeure, mais pas l’aura du chef d’œuvre.
Si la mise en scène et l’écriture ne suscitaient a priori aucune inquiétude du fait de la présence de Francis Veber derrière la caméra, les réels doutes se posaient sur le casting choisi. Pas que Richard Berry et Patrick Timsit ne soient pas de bons acteurs évidemment, mais reprendre le flambeau laissé par Lino Ventura et Jacques Brel apparaissait comme une tâche insurmontable pour n’importe quel comédien. Comment ne pas penser au duo mythique à la vision de L’emmerdeur nouvelle mouture ? Certes Pierre Richard e Jacques Villeret ont largement démontré que le rôle de Pignon pouvait tout à fait s’approprier, mais tout de même, le pari semblait risqué. Et là, premier soulagement, le duo Berry/Timsit fonctionne à merveille, les deux compères utilisant leur complicité acquise dans de précédentes collaborations pour porter à l’écran les dialogues ciselés de Veber avec une énergie et un appoint salvateurs. 
L’emmerdeur version 2008, c’est donc bien interprété, c’est drôle, et pourtant, jamais on ne ressent ce souffle quasi divin de comédie culte qui portait irrésistiblement le film de Molinaro. Serait-ce la nostalgie d’une époque révolue, une réaction de vieux con persuadé que « c’était mieux avant » ? Peut-être bien, mais le cinéma a cela de magique et de tragique à la fois que le film le plus maîtrisé du monde ne sera un réel succès que s’il parvient à toucher la corde sensible, affective, irrationnelle du spectateur. Sans cela, toutes les qualités du métrage, bien réelles pourtant, resteront vaines. Il manque à L’emmerdeur de Francis Veber cette force irrationnelle qui grave une œuvre dans la mémoire collective. Un sentiment d’autant plus frustrant donc, que Veber sait parfaitement ce qu’il fait, enchaînant avec une certaine virtuosité les gags, ne laissant jamais place à l’ennui. Le metteur en scène connaît la musique de la comédie par cœur et l’efficacité est bien au rendez-vous. Les apparitions de Pascal Elbé et surtout de Michel Aumont se révèlent jouissives, ce qui ne gâche rien.
Au fond, Francis Veber a fait le film qu’il imaginait, qu’il désirait, et en tant que père de cette œuvre culte, il en avait toute légitimité. En revanche, le public avait-il réellement besoin d’une nouvelle version de L’emmerdeur, la question se pose. Reste une comédie ultra efficace qui s’inscrit dans le haut du panier de la production française de l’année, ce qui dans l’absolu est largement satisfaisant.
L'emmerdeur est de retour sur grand écran... 35 ans après le film d'Edouard Molinaro, Francis Veber, scénariste sur l'original, passe derrière la caméra pour nous raconter à nouveau les mésaventures ...