Certains films ont le public qu’ils méritent. Cette fois-ci, c’est l’inverse : Chris Nahon (
Le baiser mortel du dragon, au demeurant film pas déplaisant) et ses amis prennent ouvertement les gens pour des cons en infligeant durant plus de deux heures de bobine une histoire carrément imbitable et surtout dédaigneuse à souhait. Quand
L'empire des loups devient
L'empire des beaufs.
L'EMPIRE DES LOUPS
Un film de Chris Nahon
Avec Jean Reno, Jocelyn Quivrin, Arly Jover
Durée : 2h08
Sortie : 20 Avril 2005 Le capitaine de police Paul Nerteaux enquête sur la mort de trois femmes d'origine turque dont les corps ont été retrouvés atrocement mutilés. Pour l'aider à infiltrer la population turque du Xe arrondissement, celui-ci fait appel aux services de Jean-Louis Schiffer, un ancien collègue connu pour sa ténacité. Au cours de leurs investigations, les deux hommes feront la rencontre d'Anna Heymes, l'épouse d'un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, qui souffre d'hallucinations et de crises d'amnésie, au point de ne plus reconnaître son mari et de douter de son honnêteté... Il faut dire qu’ils ne sont pas aidés : Jean-Christophe Grangé, la valeur la plus surestimée ici bas, qui se targue d’une réputation d’excellent romancier mais n’est même pas capable d'écrire un bon script (
L'empire des loups est en fait une adaptation de son roman éponyme). Pour rappel, c’est le monsieur qui est quand même à l’origine de
Vidocq (Pitof) et des
Rivières Pourpres (Kassovitz). Et toujours un récit sciemment absurde qui repose sur une même formule insupportable, reprise d'ailleurs par Besson pour la suite signée Dahan : Jean Reno et un jeune acteur de la génération montante qui se trouvent au croisement de deux enquêtes parallèles. Après Vincent Cassel, après Benoît Magimel, c’est au tour de Jocelyn Quivrin. Il faut dire aussi qu’il n’est pas aidé, notre ami, même si lors d’une scène, il croise le regard de la jolie Elodie Navarre (ils étaient déjà tous deux dans
Grande Ecole). Sans parler de l’actrice principale Arly Jover, crème de la crème du rien, qui ne sait même pas dire son texte avec un minimum de conviction. Sans parler (bis) de tous les autres aussi monolithiques que des monolithes et de notre grand Jeannot qui semble se foutre de ses dialogues comme de l’an 40. On n'a pas vu une telle catastrophe dans le choix des acteurs depuis longtemps.
On savait très bien qu’on n’allait pas voir un grand film mais alors un nanar de cette trempe, on tombe de haut. Sommairement, toute la première partie, languissante et falote, ressemble à une espèce de sous-sous-sous-sous-sous-sous-sous-
Echelle de Jacob avec visions hallucinées, pseudo-impression de conspiration, grand retournement de situation youpla boum oh-bah-tiens-c’est-pas-vrai et surtout grand panneau indiquant "attention, performance d’actrice". A travers ces subterfuges pathétiques, tout le monde se demande quand le film va démarrer. Et quand il démarre, c'est une malédiction. Pour donner un ordre d’idées, c’est une vaste compilation best of des pires productions Besson avec une surabondance hystérique de coups de théâtre ridicules, de vannes foireuses et des incohérences on ne les compte plus.
De la même façon que Grangé a clairement du mal à distribuer les cartes de la dramaturgie, la fausse efficacité de la mise en scène pétaradante de Chris Nahon et le montage sans queue ni tête ne font qu’accentuer les lacunes d’un film qui a la grâce d’un hippopotame. Le clou du spectacle (comme d’habitude) est noyé par une vilaine conclusion insolite que Nahon a la mauvaise idée de ne pas assumer. C’est du cinéma
ready-made mais surtout du cinéma
bad-made avec tout ce que ça comporte de non-cinématographique. Sous couvert d’un divertissement dit populaire (ce qui chez certains semble synonyme de mépris souverain pour les spectateurs lambda, ici pris pour de gros beaufs), cet
Empire des loups est emballé-pesé prêt à consommer, sans âme, sans substance, sans rien, pas même quelqu’un pour se donner la peine d’expliquer quoi que ce soit. On s’en tamponne royalement puisque comme le dit Reno à la fin, c’est fini.
On pourrait en parler encore sur des pages et dire tout le mal qu’on pense de ce machin déplaisant : de son infinie prétention, de sa complaisance dans le cynisme et le foutage de gueule, du vide intersidéral de ses images et de ses dialogues et surtout de son mauvais goût en général. Mais ce serait faire trop d'honneur à cette chose longue et molle.