Quatre ans après
Le cou de la girafe, road movie inter-générationnel en compagnie de Claude Rich, le cinéaste Safy Nebbou revient avec un drame sombre à la lisière du thriller psychologique où une femme s’entiche d’une petite fille en étant persuadée qu’il s’agit de sa progéniture. Tirant le maximum d’un duo de comédiennes habitées, le film n’a cependant pas toutes les qualités requises pour faire fonctionner le suspense à plein régime. On aurait aimé que le réalisateur nous raconte la suite de cette histoire et que sa sensibilité serve un propos plus humain que faussement ténébreux... Mais la rencontre des deux actrices fait de jolies étincelles.
L’EMPREINTE DE L’ANGEUn film de Safy Nebbou
Avec Catherine Fort, Sandrine Bonnaire, Wladimir Yordanoff
Durée : 1h35
Date de sortie : 13 Aout 2008Alors qu'elle vient chercher son fils Thomas dans un goûter d'anniversaire, Elsa remarque une petite fille de six ans qui la bouleverse. Elle le sent, elle en a l'intime conviction : Lola est sa propre fille. Obsédée par ce sentiment inexplicable, elle cherche à en savoir plus sur l'enfant. En s'introduisant dans la vie de la fillette, Elsa rencontre sa mère, Claire, qui s'inquiète du comportement étrange de cette femme qui rode autour de sa fille. S'engage alors un face à face animal entre deux femmes qui n'auraient jamais dû se rencontrer...On y croyait dur comme fer à la rencontre entre Sandrine Bonnaire et Catherine Frot, qui plus est au coeur d’une sombre intrigue que l’on pourrait renommer
La main sur le berceau. Pour le coup, nous ne sommes pas vraiment déçus, deux des plus grandes comédiennes du cinéma français témoignent ici de leurs grands talents dans un imbroglio familial assez tordu qui parvient cependant à ne jamais décoller. Rien de plus difficile néanmoins que de raconter cette étrange d’histoire d’une mère confrontée à de tristes fantômes du passé et projetant ses peurs et souffrances sur une petite fille. Ne sachant pas réellement sur quel pied danser, Safy Nebbou promène son film sur plusieurs chemins et genres pour finalement se perdre peu à peu. Thriller, drame existentiel, fantastique... toutes les pistes sont considérées mais aucune ne se confirme. Etrangement, c’est aussi ce qui fait le charme de ce film discret dont les ambitions modestes témoignent d’une volonté profonde de raconter au mieux une histoire. Mais il manque au film un véritable point de vue défini, un conteur engagé dans son récit qui nous pousserait toujours à en savoir plus. Car si l’on souhaite définitivement en savoir plus sur cette fillette, notre patience connaît ses limites en milieu de métrage...
Dommage que Safy Nebbou, nettement plus à l’aise dans les séquences de dialogues et de rencontres, ne se soit pas concentré sur le drame humain que constitue son intrigue plutôt que sur la peur que peut faire naître cette femme. C’est d’ailleurs dans ses dernières minutes que le métrage devient véritablement passionnant et émouvant en puisant dans l’essence même du propos et de ce sentiment maternel qui transcende l’oeuvre entière. Disons-le tout net : on aurait adoré voir la suite de ce film. Son amorce étant trop bancale, faussement flippante et peu adaptée à son réalisateur dont la sensibilité accrue (
Le cou de la girafe était bien plus subtil) serait plus adaptée à un récit moins alambiqué.
Au final, malgré la présence envoûtante de Catherine Frot et la force de Sandrine Bonnaire,
L’empreinte de l’ange manque de personnalité et d’envergure. Les bonnes idées sont bien présentes et l’histoire fascinante, mais à trop vouloir jouer la carte du suspense à double tranchant, Safy Nebbou perd le fil de son histoire. On retiendra néanmoins une séquence de ballet plutôt réussie mais sensiblement hors contexte et un final touchant et intelligent. Il est dommage néanmoins d’attendre les vingt dernières minutes du film pour que ce dernier obtienne tout notre interêt !