Sous la pression de notre rédacteur en chef qui a adoré ce film (il l'a déjà vu 3 fois !!!), Renaud nous a enfin balancé la critique de cette oeuvre complètement déjantée, de ce réalisateur décidément hors normes.
L’ENFER DU DIMANCHE
D’Oliver Stone
Avec Al Pacino, Cameron Diaz, Dennis Quaid, James Woods, Jamie Foxx, LL Cool J, Matthew Modine, Charlton Heston, Ann-Margret, Aaron Eckhart et John C. McGinley.
USA-1999-2h30mn
Dans et autour de l’arène.
Un film sur le football américain, ça n’attire pas trop les foules de ce côté-ci de l’Atlantique. Par contre, un film sur le sport préféré des ricains traité par un des cinéastes les plus contestataires du pays, Oliver Stone, cela vaut le détour. On a l’assurance d’assister dans l’ombre à un spectacle qui sort des sentiers battus et à une nouvelle peinture critique de la société américaine.
On se dit ''encore un film de guerre !'' et on a pas tort. Le réalisateur de Tueurs nés et de U-Turn filme les matchs de football comme il filmait précédemment la guerre du Vietnam ou les allées et venues des golden boys de Wall Street : à l’ENERGIE. Cinéaste des tripes, énervé et enragé, qui ne s’est visiblement toujours pas calmé (et c’est tant mieux) Oliver Stone fait de ce film son péplum à lui (comme il le rappelle abondamment dans le film par des extraits de Ben-Hur) et voit ses joueurs de foot comme les gladiateurs des temps modernes. Avec son sens unique du montage et du rythme, il déverse ici un magma en fusion d’images, de sons et de musiques dans une frénésie telle que le spectateur ne peut-être qu’épuisé, éprouvé, en sortant de la salle. Et peu importe que l’on ne comprenne rien aux règles de ce sport (cela pourrait être du badminton que cela ne changerait rien), les images suffisent à faire sens. Car c’est le portrait de l’Amérique toute entière qui se profile à l’horizon, en se dessinant ici, petit à petit ; caricatural et excessif bien sûr, mais néanmoins réel (l’Amérique est elle-même caricaturale et excessive).
Le réalisateur scotche le spectateur à son fauteuil pendant deux heures trente en l’emmenant au cœur de l’arène, où se joue le ballet des corps qui s’entrechoquent et se défoncent, et hors de celle-ci, où se déroule le drame humain, emportant tous ses personnages (tous, sans exceptions) dans un tourbillon cinématographique aussi virtuose et maîtrisé qu’un Paul Thomas Anderson. Dans cet Enfer du Dimanche, où tout peut arriver, point de place pour les petits rôles : il n’y a que des premiers rôles et tous existent avec la même profondeur et importance. Débauche de chocs physiques et mentaux, le film dresse le constat d’une société et d’un sport qui ne vivent que par et pour l’argent, dans lesquels même les femmes sont contaminées (elles sont soit machos, soit putes, soit rapaces) et où il n’y a que l’adaptation, impossible sans le dépucelage et la perte d’innocence qui lui est lié, comme espoir de s’en sortir. C’est ce que vont faire, entre autres, le coach Tony D’Amato et le jeune quaterback Willie Beamen.
Renaud Moran