L'HISTOIRE : Un agent d’Interpol obsessionnel enquête sur l’une des plus puissantes institutions bancaires du monde. Selon lui, cette dernière serait impliquée dans de sombres affaires de trafic d’armes, de corruption et de meurtres. Il s'alliera à l'assistante du procureur de Washington pour faire cesser les activités de la banque malhonnête... Une vision paranoïaque du monde.

L'enquête aurait pu se conformer aux nouveaux canons du film d'espionnage qui, de la trilogie Jason Bourne aux derniers James Bond, ont digéré le style nerveux des séries télé comme 24 Heures chrono. Pour compenser le sentiment de déjà-vu face à cette mise en scène obsédée par le rythme, Tom Tykwer remise paradoxalement au placard les effets de style et le pompiérisme utilisés dans ses précédentes expérimentations et dévie des trajectoires balisées. Pendant la première demi-heure, dont on discerne mal les enjeux, il circule une espèce d’énergie anxieuse qui épuise les velléités des deux protagonistes (Clive et Naomi), soumis à la pression de leurs supérieurs hiérarchiques et à la peur de l’échec. Obligés d’avancer sans pouvoir se retourner, ils doivent faire fi des erreurs du passé, des anicroches du présent et même de leur humanité (chaque personnage qu'ils croisent est blessé et incapable de rebondir) pour mener à bien leur enquête.



Tom Tykwer mélange les ellipses et les accélérations en greffant des associations d’idées visuelles à la fois discrètes et séduisantes. Ses aficionados se réjouiront d’un gunfight au musée Guggenheim à New York, réglé au cordeau. C’est la seule séquence "actioner" du film où le cinéaste s’autorise un peu d’humour et de décalage par rapport au reste, presque intransigeant à force de froideur. Sans en avoir l’air, un grand sujet d’actualité s’offre à Tom Tykwer qui a les moyens pour aboutir à une œuvre ample au développement chaloupé, préférant prendre le risque de perdre en route son spectateur plutôt que de sacrifier des personnages et des lieux. Quelques défauts liés à la vraisemblance ne s’expriment pas au détriment de l’ambition, d’autant que le récit possède une résonance très actuelle avec la récente faillite des banques américaines. On ne fait que soupçonner les impacts de la crise qui menace de se répandre à une échelle internationale. Ce n’est qu’en rassemblant toutes les pièces morcelées de ce film-puzzle que le constat se révèle préoccupant. En bête humaine cernée qui ne fait qu’enchaîner les nuits blanches, Clive Owen se charge bien de nous le faire ressentir. La fatigue de son personnage, emberlificoté dans ses pistes, ses bonnes intentions et les limbes de son passé, montre à quel point les justiciers modernes ne peuvent plus exister.
De retour à l'affiche dans l'Enquête de Tom Tykwer au côté de Naomi Watts (sortie le 11 mars) et retrouvant prochainement Julia Roberts dans Duplicity, Clive Owen s'est imposé avec détermination. On ...