René Kreumeykers habite avec sa fille Suzanne dans une station de ski des Alpes du Sud. Flamand exilé en France depuis des années, il vivote tant bien que mal en tachant d'oublier une ancienne vie. Un jour, il reçoit une lettre et soudain, son passé le rattrape. Face à un secret qu'il ne peut plus cacher, il doit affronter à nouveau l'homme qu'il a été. Il doit en parler à sa fille. Au risque de la perdre...
L'ETE INDIENUn film de Alain Raoust
Avec Johan Leysen, Déborah François, Johanna ter Steege
Durée : 1h40
Date de sortie : 19 mars 2008«
On ira... Où tu voudras, quand tu voudras... ». Autant le dire tout de suite, le film n'a strictement aucun lien avec la chanson de Joe Dassin, après la mode des
Quand j'étais chanteur et autres
Emmenez-moi. C'est d'ailleurs en regardant une photographie de Curtis que le réalisateur a eu l'idée d'intituler son film ainsi.
«
Mes films, sans que je le sache vraiment, naissent comme cela. D'un mélange de mots, d'images, de sensations, de souvenirs, d'espaces. Ils se construisent avec, mais aussi sans moi. L'été indien s'est fabriqué quelques années après la lecture d'Affliction de Russell Banks. Un jour, dans la rue, j'ai vu un homme avec un bonnet de laine sur la tête, on était en août à Nice. Je l'ai suivi un moment. Puis, tous les deux, nous sommes arrivés au bord d'une voie rapide. Nous sommes restés là, dans la rumeur agressive des véhicules qui filaient. Lui, regardant les voitures, moi, l'observant. Et soudain j'ai vu que j'allais faire un film. Un film avec un homme qui porte un bonnet de laine et regarde passer les voitures comme il regarde passer sa vie. Un film sur une violence sourde. », évoque le metteur en scène Alain Raoust.
Voilà un film simple et touchant. Dès le début, nous sommes envoûtés par la beauté des images, perdus au milieu d'immenses montagnes enneigées. Le réalisateur ne s'embarrasse pas de dialogues inutiles ou ennuyeux. La scène d'ouverture nous montre une petite fille, seule, mangeant sa soupe, dans une typique petite maison en bois. Un feu brûle dans la cheminée, le vent souffle à l'extérieur. La scène se déroule dans une ambiance calme et rassurante, malgré un léger sentiment de mal être et de tristesse. Le cinéma d'Alain Raoust est donc essentiellement visuel, d'autant que ce film raconte la difficulté d'un homme de communiquer avec sa fille. Là où Raoust est malin, c'est de sous-entendre voire de garder secrets les éléments clef de son scénario le plus longtemps possible. Ainsi le spectateur ne comprend pas directement les raisons qui poussent le père à pleurer juste après avoir lu la mystérieuse lettre.
Et c'est ce qui rend le film intéressant : le réalisateur traite avec beaucoup d'originalité certaines questions de mise en scène. Ainsi, ce n'est ni le personnage principal ni une banale voix off qui lisent la lettre aux spectateurs. La tache revient étrangement à un personnage secondaire dont ce sera la seule fonction, forcé par René, non pas parce qu'il ne sait pas lire, mais uniquement parce qu'il ressent ce besoin d'entendre par la voix d'un autre le contenu de cette lettre. Une scène qui nous amène à comprendre progressivement la « folie » et la fragilité d'un héros vraiment charismatique.

Car au final, ce qui marque dans ce troisième long métrage, c'est la rencontre entre un metteur en scène et son acteur. Dans le rôle du père, alias René, Johan Leysen s'impose littéralement, par sa « gueule », par sa voix, et par sa carrure. En « vieil ours des montagnes », Leysen offre une composition des plus remarquables, à tel point qu'on finit par être touché par ce personnage, malgré sa violence et ses mystères. Son visage (naturel), marqué par le temps et l'âge, colle parfaitement au passé de René et à tout ce qu'il a dû endurer. Raoust le filme avec amour, par de longs plans séquence, et le plus souvent en étant très proche de son personnage.
Le film tourne donc autour de cet homme ambigu mais, de ce fait, attendrissant, et l'on en vient à regretter cette fin attendue centrée sur sa fille. Un léger dérapage dont on ne tiendra pas rigueur au réalisateur.
L'été indien est un film psychologique sans être lourd, et dont la révélation finale nous conduit vers un thème que l'on ne soupçonnait pas dans une telle histoire, au milieu d'un aussi beau décor, et avec des personnages aussi touchants. Le film est un voyage intéressant, certes au coeur des magnifiques montagnes alpines, mais aussi et surtout dans les méandres du caractère humain. C'est l'histoire d'un homme qui n'est pas celui que l'on croit, et à l'opposé de ce qu'il aurait voulu être. C'est l'histoire de gens
qui s'aiment, et qui s'aimeront toujours, même lorsque l'amour sera mort. On en ressort touché, et bouleversé.
Gilles Botineau