« C'était la femme la plus libre du monde, aujourd'hui elle est prisonnière de son propre corps », l'essence même du film d'Alain Monne est résumée dans cette phrase. L'homme de chevet c'est avant tout une histoire de colère. Celle qu'une femme tétraplégique suite à un accident de la route éprouve envers elle-même et son incapacité à se débrouiller seule. Colère envers les autres et le monde extérieur en général, qui, selon elle, ne peut comprendre et ressentir sa détresse. Colère de Léo, un ancien boxer alcoolique, prêt à exercer n'importe quel métier pour se payer ses précieuses bouteilles y compris celui de garde-malade. La rencontre entre ces deux destinées singulière en apparente opposition va permettre à chacun d'entamer un combat commun : fuir l'enfermement et la dépendance.
Des choix surprenants mais bien sentis La force du film d'Alain Monne réside dans la mise en scène du duo formé à l'écran par Christophe Lambert et Sophie Marceau. Impossible de ne pas être touché par l'intensité des regards, par la violence des paroles qui accompagnent chacun des deux protagonistes sur la route de la confiance. Soulignons la justesse du jeu de Margarita Rosa de Francisco, parfaite en garde malade désabusée accro à la cocaïne, et la performance de Sophie Marceau qui se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau d'une jeune femme handicapée aigrie. La présence de combats de boxe dans un film traitant d'un sujet si délicat peut surprendre mais elle trouve sa justification dans le personnage de Léo. Afin d'aider Muriel, dont les seules sensations et émotions sont désormais intellectuelles, le jeune garde-malade éprouve en effet le besoin d'entraîner une jeune boxeuse. Le parallèle entre ses deux univers montre à quel point il est difficile de dissocier mobilité physique et vivacité intellectuelle. Cette confrontation permet de mieux saisir les difficultés de Muriel qui nous apparaît dès lors beaucoup plus sympathique.
Un combat commun Malgré quelques maladresses dans la mise en scène qui donnent un côté un peu kitch sans pour autant nuire réellement à l'émotion provoquée par les dernières scènes, Alain Monne parvient à aborder sans tabou et sans détour le quotidien des personnes tétraplégiques. Si l'on pouvait craindre que le scénario sombre dans les méandres d'une histoire d'amour impossible, ce n'est absolument pas le cas.
L'homme de chevet relate avant tout le parcours de deux personnes ayant décidé de partir à la conquête d'un avenir autre que celui auquel elles se croyaient condamnées.
Magali MENIN