L'HISTOIRE : Lorsqu'un célèbre "nègre" littéraire anglais accepte d'achever les mémoires de l'ancien premier ministre Adam Lang, son agent lui assure que c'est la chance de sa vie. Mais le projet semble d'emblée marqué par la fatalité : le "nègre" apprend ainsi que son prédécesseur, fidèle bras droit d'Adam Lang, est mort dans un mystérieux accident... Un sublime thriller politique en forme de puzzle paranoïaque.
Ceux qui s'attendaient à une simple illustration du roman de Robert Harris peuvent passer leur chemin. L'intérêt de cette histoire de manipulation entre un nègre littéraire (Ewan McGregor) et un ancien premier ministre sulfureux (Pierce Brosnan) naît tout d'abord du rapport que le spectateur établit entre ce qu'il imagine et ce qu'il voit à l'écran. A l'évidence, Roman Polanski y entretient des liens organiques avec sa filmographie et sa biographie. Sous les oripeaux d'un genre balisé (le thriller politique), il renoue avec ses obsessions thématiques et formelles, entre Kafka et Beckett : le théâtre de l'absurde, la mise en scène des relations maître-esclave, l'humiliation et le meurtre érigés en normes. De la première à la dernière scène, on retrouve tout ce qui constitue l'essence de son cinéma et de ses dérives paranoïaques où le monde se divise entre l'intériorité déréglée et l'extérieur menaçant.
L'ambivalence morale du politicien accusé de crimes de guerre évoque le bourreau dans La jeune fille et la mort (1994). Les soubresauts politiques, l'attentisme tragique et le dénuement existentiel convoquent Le Pianiste (2002). L'enquête policière pleine d'indices abscons ramène à La neuvième porte (1998). Le contexte insulaire, la plage à l'abandon et l'exercice de séduction renvoient à Le Couteau dans l'eau (1962) et à Cul de Sac (1966). Surtout, la mort du précédent nègre - comme celle de Simone Choule il y a plus de trente ans maintenant -, le voyeurisme coupable et la claustration dans une chambre d'hôtel rappellent Répulsion (1965) et Le Locataire (1976). Les autocitations sont tellement évidentes que le cinéphile est conditionné, de manière presque automatique, à relier les films, à voir au-delà des images, à assimiler la fiction à la réalité. Un peu à la manière de Tess, tourné en 1977, juste après l'accusation de viol sur mineure.
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