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L'homme De Sa Vie

La critique d'Excessif

0/5
L'HISTOIRE : Comme chaque été, Frédéric et sa femme Frédérique (aussi) vont passer les vacances dans leur grande maison perdue au milieu de la Drôme, avec une bonne partie de leur famille. Un soir, ils invitent à dîner Hugo, leur nouveau voisin, qui affiche avec amusement son homosexualité. Hugo et Frédéric, restés seuls à discuter de l'amour jusqu'à l'aube, vont nouer une relation qui va jeter le trouble dans leur coeur et dans leur entourage...
Après le sublime Se souvenir des belles choses, Zabou Breitman retrouve Bernard Campan dans une nouvelle histoire d’amour contrariée, tournant cette fois-ci autour de l’homosexualité. Une histoire portée par la sensibilité de sa réalisatrice, la sensualité de son regard et la profondeur des acteurs.

L’HOMME DE SA VIE
Un film de Zabou Breitman.
Avec Bernard Campan, Charles Berling, Léa Drucker.
Durée : 1h54
Sortie le 11 octobre 2006



Frédéric et sa femme retrouvent le chemin d’une maison perdue au milieu de la Drôme, un lieu chaleureux où ils apprécient langoureusement leurs vacances. Ils y convient un soir leur nouveau voisin, l’invitent à venir partager leur repas. Une conviviale parenthèse qui se prolonge jusqu’au petit matin, se meut en une troublante conversation. La présence d’Hugo, homosexuel affirmé, direct dans ses propos, trouble Frédéric, le heurte inconsciemment. Une attirance qui d’imperceptible devient de plus en plus poignante, dérangeante, oppressante, évidente.

Zabou récidive avec cette même intensité, pure et suave, pudique et fougueuse, qui avait illuminé son premier film. Se mêlent ici des sentiments contradictoires, impalpables, qui explosent. C’est à l’Amour qu’elle rend ici l’hommage, l’Amour qui emporte, surprend, qui, même s’il peut nous détruire, nous permet de nous sentir merveilleusement vivants. Sa mise en scène exprime ici, avec autant de violence que de douceur, toute la passion qui enflamme les personnages, qui les habite, les déstabilise, y compris celle liée à la souffrance, celle de Frédérique, épouse délaissée, confrontée au silence, au vide d’un Amour qui n’est plus, d’un Amour d’une toute autre nature, Frédéric se détournant d’elle pour un autre homme. Sa douleur, exprimée par Léa Drucker avec une rage, tranchante, une puissance désespérée, bouleverse, anéantie ceux qui la reçoivent, ceux qui la comprennent. Beaucoup se retrouveront d’ailleurs derrière les mots de chacun de ces personnages.



C’est l’autre grande force de ce film, s’arrêter sur la fragilité humaine et nous amener à faire des choix, même si ceux-ci sont parfois cruels. Il faut affronter ses peurs, assumer ses envies. A travers une narration éclatée, qui peut parfois sembler redondante et quelque peu déroutante, Zabou semble vouloir saisir ainsi dans la conversation entre les deux hommes à la tombée de la nuit le vacillement des certitudes, le moment de confusion de l’identité sexuelle, et au bout de la nuit la naissance du désir, comme le souvenir d’une nuit où tout a basculé.

Cet hommage à l’Amour, Zabou le lie avec harmonie à la nature, dans tout ce qu’elle a d’enivrant. L’Amour naissant par lequel se laisse happer Frédéric et Hugo, Bernard Campan et Charles Berling, tous deux d’une sobriété profonde, juste, vibrante, entre en osmose avec la volupté organique et végétale de la nature qui les entoure, que ce soit lors de courses dans les forêts de pins, dans un champ de tournesols à califourchon ou, vision plus charnelle, celle du corps nu de Hugo glissant sur l’eau.



Toujours aussi inventive dans sa mise en scène, la réalisatrice signe des plans souvent magnifiques, dévoilant de petits moments de beauté fugitive, poétique ou romantique, comme dans la maison de Hugo où la course du soleil affiche des mots sur les murs avant de les faire disparaître. On peut néanmoins regretter une volonté un peu trop systématique à afficher ces petites touches, trop jolies, parfois redondantes et inutiles, reléguant la parfaite harmonie présente dans Se souvenir des belles choses à un certain maniérisme.
Un penchant esthétisant qui n’occulte néanmoins aucunement la puissance de son propos, L’homme de sa vie restant un très beau récit sur l’exaltation et les désarrois de l’âme humaine.

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