La société de production Walden Media, fondée conjointement en 2001 par l'ex-patron de Dimension et un ancien instituteur, est en passe de devenir le principal fournisseur de rêveries éveillées et pelliculées pour les jeunes enfants. Il faut dire que leur tactique est simple et efficace : adapter les romans jeunesse qui cartonnent, ont cartonné ou cartonneront, sur le modèle du méga-succès que connut la franchise Harry Potter avec son premier film, rendant économiquement viable la fantasy pour kids. Nous sont donc arrivés des films comme Le Monde de Narnia ou bien encore
Le Secret de Terabithia, parmi tant d'autres qui sont tous (ou presque) tirés de livres pour enfants. Exactement comme pour
L'Ile de Nim, ce qui est d'ailleurs sa seule ressemblance avec ces films bien qu'un trompeur "
par les créateurs de Narnia et Terabithia" trône en haut de l'affiche. Mais trompeur jusqu'à quel point ?
Tiré d'un roman de la canadienne Wendy Orr,
L'Ile de Nim commence plutôt bien : la voix-off de la jeune fille nous raconte sa vie sur une île paradisiaque, comment celle de sa mère s'est interrompue brutalement, avec ses mots simples et ses croyances enfantines (elle pense que sa mère a été avalée par une baleine, avec son bateau, comme le lui a raconté son père) trouvant une illustration très sympathique dans une animation de reliefs qui n'est pas sans rappeler l'esthétique des dessins dans
Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire. La réalisation de Jennifer Flackett et Mark Levin s'en sort aussi plutôt bien, avec un réel talent lorsqu'il s'agit de relier les deux histoires, celle de Nim et celle d'Alexandra Rover. Le montage fait donc la part belle à une jolie fluidité, multipliant les transitions variées qui donnent à l'ensemble un rythme excellent et un ton proche du livre d'images, idéal pour ce genre de film.
Malheureusement, toutes ces bonnes impressions vont très vite s'effacer car, si la liaison entre les deux histoires qui vont progressivement se rapprocher est toujours valable visuellement, elle a malgré tout une tendance à pédaler sacrément dans la semoule. Ainsi, le scénario prend inutilement son temps et finit par se bâtir une structure qui évite toute logique narrative, ne débouchant sur rien puisque
///attention spoiler !/// Jodie Foster n'arrive sur l'île que dix minutes avant la fin du film. Ce qui ne laisse pas le temps d'un véritable climax avec les deux héroïnes enfin réunies et, pire encore, clôt très mal toute la thématique que ciblait l'intrigue, à savoir la reconstruction d'une famille ici vite expédiée à coups de rien du tout. Sans compter que ce qui se passe avant n'est pas très palpitant, pour ne pas dire vain. Jodie Foster joue la fofolle pour faire rire ses propres gamins, qui pourront enfin voir un de ses films ; quant à Abigail Breslin, son île paradisiaque est malheureusement "attaquée" par de méchants marins qui veulent en faire un lieu de villégiature pour touristes bouffis et exaspérants. Ce qui n'est pas très intéressant et n'amène en plus rien de valable, toutes les pistes lancées comme la rencontre avec un petit garçon, ou la menace d'une "invasion" en elle-même, ne débouchant sur rien de concret. On se demandera alors où sont passées les scènes aperçues dans la bande-annonce, comme celle avec la jeune fille affrontant un pirate old-school et sabre à la main. Une image furtive qui laissait augurer au moins d'une intrigue sympathique, ou alors avec du potentiel (même s'il ne s'était agit que d'une hallucination, cela aurait quand même été sympa), mais qui a tout bonnement disparue du montage final. Nous sommes donc très loin des films de fantasy cités sur l'affiche, loin même d'un réel film d'aventure de par des péripéties qui peineront à vous divertir.

Avec une éventuelle suite (même si rien ne le laisse entendre, happy-end de rigueur oblige) qui viendrait compléter ce film, peut-être pourrions-nous alors trouver un intérêt nouveau à voir
L'Ile de Nim mais, en l'état, cette adaptation ne parvient jamais à éveiller notre attention tant elle souffre d'énormes lacunes scénaristiques. Dommage, d'autant que les meilleures idées sont cruellement sous-exploitées avec par exemple Gerard Butler en Alex Rover, héros dont la gouaille aurait pu être un très bon ressort comique ; et que certaines ne se concrétisent jamais réellement (Jodie Foster dans un rôle comique). On le regrettera car la réalisation de Jennifer Flackett et Mark Levin - responsables de l'intéressante comédie romantique avec des enfants
Little Manhathan (une curiosité, un peu comme les films uniquement avec des nains) - assurait plutôt bien le spectacle, mais le film semble définitivement avoir été remonté en ciblant le très jeune public, au détriment de son intrigue. Quiconque a plus de dix ans et veut son lot d'aventures attendra donc plutôt
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal ou, à la rigueur,
Le Prince Caspian.