L'HISTOIRE : Avec sa troupe de théâtre ambulant, " l'Imaginarium ", le Docteur Parnassus offre au public l'opportunité unique d'entrer dans leur univers d'imaginations et de merveilles en passant à travers un miroir magique. Mais le Dr Parnassus cache un terrible secret. Mille ans plus tôt, ne résistant pas à son penchant pour le jeu, il parie avec le diable, Mr Nick, et gagne l'immortalité. Plus tard, rencontrant enfin l'amour, le Docteur Parnassus traite de nouveau avec le diable et échange son immortalité contre la jeunesse. A une condition : le jour où sa fille aura seize ans, elle deviendra la propriété de Mr Nick. Maintenant, il est l'heure de payer le prix... Pour sauver sa fille, il se lance dans une course contre le temps, entraînant avec lui une ribambelle de personnages extraordinaires, avec la ferme intention de réparer ses erreurs du passé une bonne fois pour toutes... Un grand film chétif auquel il manque un soupçon d'émotion.
En 1998, Terry Giliam avait mis la Croisette sous acide avec Las Vegas Parano, alors en compétition officielle. C'est cette fois hors compétition que le réalisateur américain revient à Cannes pour un film qui n'a failli jamais se terminer, endeuillé par la disparition d'Heath Ledger. Avec l'appui de trois stars internationales (Johnny Depp, Colin Farrell et Jude Law), L'Imaginarium du docteur Parnassus a fini par exister. C'est déjà un miracle.
Premier élément à signaler et pas des moindres : Terry Gilliam revient avec un scénario original, chose qui n'était plus arrivée depuis Brazil (Oscar du meilleur scénario en 1986) et Les aventures du baron de Munchausen. C'est donc peu dire que ce projet sort tout droit de l'imagination débridée du cinéaste. Entre Fisher King pour le côté clochard arty et Les aventures du baron de Munchausen pour la féérie de ce théâtre de rue, l'univers visuel du cinéaste reste unique et indémodable. Terry Gilliam invite une nouvelle fois à une friperie des matières, où les miroirs recèlent autant de plaisir que de danger. On entre dans son film comme on pénètre dans un conte gargantuesque où l'imagination n'a pas de limites, où les histoires font tourner le monde. La plus belle idée du film est d'ailleurs celle-ci : tant qu'il y aura des conteurs, l'univers sera protégé du Mal.
Ce Diable, c'est Tom Waits, venu jouer les trublions au pays des merveilles cassées et tenter le Dr Parnassus (Christopher Plummer) avec des défis mortels invoquant largement les fantômes de Faust. Si l'univers de Terry Gilliam est bel et bien là, il faut tout de même attendre l'apparition d'Heath Ledger pour se laisser guider à l'intérieur de ce cirque infernal. Une apparition ? Plutôt une réincarnation. L'instant le plus troublant du film où la réalité semble rejoindre la fiction, où les frontières entre les deux deviennent irrémédiablement poreuses. Le septième art se rappellera de cet instant magique où l'acteur ou plutôt son personnage Tony, pendu à un pont dans son habit blanc d'ange, est sauvé de la mort. Heath Ledger ressuscite. Un temps désarticulé comme une marionnette fébrile, amnésique, hagard, il reprend ses esprits, récupère sa gestuelle et sa voix. Un moment de cinéma unique en son genre où le pouvoir de l'Art redonne la vie pour quelques minutes sur pellicule.
On ne pourra pas nier que les artifices de caractérisation des personnages sont déplaisants et que la forme ne crée pas à elle seule l'émotion. Terry Gilliam accuse le coup comme dans Les frères Grimm, ne parvenant pas à emporter totalement le spectateur dans son Imaginarium. Reste les performances hommages de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell qui singent l'acteur disparu avec conviction. Groggy par cette expérience graphique, légèrement hermétique à la narration, on en ressort avec une impression mitigée. L'Imaginarium du docteur Parnassus se vit comme un tour de manège foisonnant d'inventivités, une oeuvre testamentaire et un hommage à la création de l'esprit. Un grand film chétif auquel il manque un soupçon d'émotion.
Retour en images sur l'oeuvre d'un véritable artiste et l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération...