La critique d'Excessif

3/5
l_important_c_est_de_rester_vivant_1 L'HISTOIRE : Roshane Saidnattar, rescapée des camps de la mort au Cambodge, rencontre le théoricien du pouvoir Khmer Rouge, Khieu Samphân. Face au déni et à la parole mensongère de ce théoricien de Pol Pot, la réalisatrice et sa mère retournent au Cambodge et trouvent la force de parler.
Le film entremêle les souvenirs de la réalisatrice, le témoignage de sa mère ainsi que des archives inédites, le tout mis en parallèle avec l'entretien exceptionnel avec Khieu Samphân. Ce film porte un regard qui, par sa résonance intime, nous dévoile une part de la folie qui a dévasté un peuple entier.
Fort et frontal. A voir !

A l’heure où les plaies de la folie khmère peinent à être pansées, L’important c’est de rester vivant sonne comme l’une des plus intéressantes constructions cinématographiques sur ce que fut son horreur. A la suite de S-21, la machine de guerre khmère rouge de Rithy Panh, une nouvelle fois, preuve est faite que le cinéma peut autant documenter les atrocités d’hier que permettre à tous de les approcher pour mieux les comprendre.


Mêlant souvenirs personnels énoncés en voix-off, images d’archives illustrées, épisodes fictionnels et récit de témoins d’alors, L’important c’est de rester vivant nous donne donc à saisir l’absurde d’une époque qui vit un pays tout entier, dans le prolongement de la guerre du Vietnam, céder au dogme totalitaire d’une idéologie prônant la pureté paysanne et l’éradication de toute autre forme de culture. Ainsi, entre les déportations de tous les intellectuels, les massacres qui en découlèrent et un retour aux champs qui n’est pas sans rappeler les abominations de la Révolution culturelle, le film de Roshane Saidnattar nous invite à comprendre l’évolution tragique d’un peuple au travers d’une expérience familiale ô combien tragique.
Aux confins du documentaire et de la catharsis
En effet, loin d’être porté par une objectivité documentaire bien illusoire et soucieux de ne pas se limiter à la seule voix des coupables, L’important c’est de rester vivant opère par ses confrontations multiples (documentaire-docu-fiction, victime-bourreau, déplacé-surveillant, paysan-intellectuel, passé-présent), un travail de déploiement et de questionnement aussi profitable qu’important. En invitant trois générations d’une même famille à revenir sur les lieux de leurs drames (la réalisatrice, sa fille et sa mère) tout d’abord mais aussi en faisant poindre entre émotion et distance, le point de vue de l’Histoire et de ses traces.


De fait, loin d’être un documentaire classique, L’important c’est de rester vivant par son hybridation et sa densité opère un dévoilement plus marquant et sensible que tout récit simplement factuel. Certes, d’aucuns ne manqueront pas de s’arrêter sur les épisodes docu-fictionnels et autres afféteries formelles qui illustrent certains passages du métrage, ou reprocheront à son auteur, une approche semblable à celle de Claude Lanzmann lorsqu’il interrogea Maurice Rossel dans Un Vivant qui passe. Et pourtant, c’est justement ce rapport à la liberté d’expression du complice Khieu Samphân, fut-elle outrageusement mensongère, qui permet d’approcher avec justesse ce passé et les difficultés de le vivre au présent. En effet, par ce biais, se révèlent les béances d’une histoire nationale qui suppure toujours de ses silences et de ces centaines de milliers de morts, laissés aux rizières et aux fosses communes - sombre écho à La Déchirure de Roland Joffé et à toutes ces victimes des guerres, obligées de vivre au Cambodge, au Rwanda comme au Soudan aux côtés de leurs tortionnaires et geôliers d’hier.
In fine, précieux, grave mais sans emphase excessive, L’important c’est de rester vivant impose la qualité de son regard et la profondeur de son approche au funeste souvenir du Cambodge des khmères rouges, cela afin d’en rendre accessible la douloureuse complexité puis d’ouvrir le champ à une justice et une vie au présent. Assurément, la marque d’une vraie richesse et plus encore d’un très bon film.

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Les notes des internautes

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