L'HISTOIRE : Roshane Saidnattar, rescapée des camps de la mort au Cambodge, rencontre le théoricien du pouvoir Khmer Rouge, Khieu Samphân. Face au déni et à la parole mensongère de ce théoricien de Pol Pot, la réalisatrice et sa mère retournent au Cambodge et trouvent la force de parler.Fort et frontal. A voir !
A l’heure où les plaies de la folie khmère peinent à être pansées, L’important c’est de rester vivant sonne comme l’une des plus intéressantes constructions cinématographiques sur ce que fut son horreur. A la suite de S-21, la machine de guerre khmère rouge de Rithy Panh, une nouvelle fois, preuve est faite que le cinéma peut autant documenter les atrocités d’hier que permettre à tous de les approcher pour mieux les comprendre.
Mêlant souvenirs personnels énoncés en voix-off, images d’archives illustrées, épisodes fictionnels et récit de témoins d’alors, L’important c’est de rester vivant nous donne donc à saisir l’absurde d’une époque qui vit un pays tout entier, dans le prolongement de la guerre du Vietnam, céder au dogme totalitaire d’une idéologie prônant la pureté paysanne et l’éradication de toute autre forme de culture. Ainsi, entre les déportations de tous les intellectuels, les massacres qui en découlèrent et un retour aux champs qui n’est pas sans rappeler les abominations de la Révolution culturelle, le film de Roshane Saidnattar nous invite à comprendre l’évolution tragique d’un peuple au travers d’une expérience familiale ô combien tragique.
Aux confins du documentaire et de la catharsis
En effet, loin d’être porté par une objectivité documentaire bien illusoire et soucieux de ne pas se limiter à la seule voix des coupables, L’important c’est de rester vivant opère par ses confrontations multiples (documentaire-docu-fiction, victime-bourreau, déplacé-surveillant, paysan-intellectuel, passé-présent), un travail de déploiement et de questionnement aussi profitable qu’important. En invitant trois générations d’une même famille à revenir sur les lieux de leurs drames (la réalisatrice, sa fille et sa mère) tout d’abord mais aussi en faisant poindre entre émotion et distance, le point de vue de l’Histoire et de ses traces.
