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L'incroyable Destin De Harold Crick

La critique d'Excessif

4/5
harold_crick_cinefr L'HISTOIRE : Un beau matin, Harold Crick, un obscur fonctionnaire du fisc, entend soudain une voix de femme qui se met à commenter tout ce qu'il vit, y compris ses pensées les plus intimes. Pour Harold, c'est un cauchemar qui dérègle sa vie parfaitement agencée, mais cela devient encore plus grave lorsque la voix annonce qu'il va bientôt mourir...
Harold découvre que cette voix est celle d'une romancière, Karen Eiffel, qui s'efforce désespérément d'écrire la fin de ce qui pourrait être son meilleur livre. Il ne lui reste plus qu'à trouver comment tuer son personnage principal : Harold ! Elle ignore que celui-ci existe, qu'il entend ses mots et connaît le sort qu'elle lui réserve...
Pour s'en sortir vivant, Harold doit changer son destin. Sa seule chance est de devenir un personnage de comédie, puisque ceux-ci ne sont jamais tués...
Marc Forster, avec A l’ombre de la haine et Neverland, connaît parfaitement le sens des mots émouvant, drôle, tragique, féerique. L’incroyable destin de Harold Crick regroupe tous ces termes et possède en plus la folie positive de son postulat : un homme se met à entendre une voix off qui lui raconte sa vie présente et future. Vous avez dit incroyable ?

L’incroyable destin de harold crick
Un film de Marc Forster
Avec Will Ferrell, Emma Thompson, Maggie Gyllenhaal, Dustin Hoffman, Queen Latifah
Durée : 1h45
Date de sortie : 10 janvier 2007



Harold Crick, fonctionnaire du fisc sans histoires, se met un jour à entendre une voix qui commente tout ce qu’il vit, y compris ses pensées les plus intimes. L’homme, aux habitudes de vie parfaitement réglées, est déboussolé. Mais il y a pire : la voix finit par lui annoncer qu’il va bientôt mourir…

Pour suivre le titre français, ce qu’il y a d’incroyable dans le destin de Harold Crick, ce n’est pas tant le fait qu’il entende cette voix narratrice, mais plutôt le tour de force réalisé par un scénario infiniment intelligent qui réussit à rendre crédible une histoire absolument loufoque. Une situation d’autant plus remarquable que jamais le film n’avance le moindre début d’explication rationnelle, ou même irrationnelle d’ailleurs. C’est bien simple, hormis le pauvre Harold Crick, personne ne se soucie vraiment de chercher une raison valable à ces évènements qui confinent aux paranormal. Même le professeur de littérature, interprété par Dustin Hoffman, ne tique pas et n’y voit là qu’un moyen de délivrer ses conseils avisés de spécialiste. Le plus surprenant étant qu’au lieu de créer une distance avec le récit à cause de ce côté abracadabrantesque, ce postulat de départ particulièrement osé et risqué, trouve sa raison d’être dans son originalité. Mais il ne s’agit là que d’une partie du charme de cette œuvre extravagante.



A mi-chemin entre comédie, drame et fantastique, le film se permet d’exposer tantôt des comiques de situation à mourir de rire, tantôt des questionnements existentiels, et se révèle même d’une tendresse surprenante pour qui s’attend à un Will Ferrell show. L’acteur livre au passage sans doute sa plus grande performance sur grand écran, bien plus convaincant que dans sa précédente tentative de contre-emploi chez Woody Allen (Melinda & Melinda).


En prenant pour prétexte cette histoire peu conventionnelle, Marc Forster suscite une réflexion sur ce qu’est censée être la construction d’un bon récit, qu’il soit littéraire ou sur pellicule. Et c’est précisément sur ce point que le film atteint des sommets de pertinence et d’intelligence. En amenant un ton didactique mais également humoristique avec le personnage qu’incarne Dustin Hoffman, Forster explique point par point, ingrédient par ingrédient, la recette d’un bon récit… et s’applique à réaliser exactement le contraire ! Une manière astucieuse de démontrer qu’en la matière, il n’existe pas de règle, et que les industries littéraire et hollywoodienne se bornant à suivre ces systèmes d’écriture préétablis se fourvoient.



Le métrage n’hésite pas à user de métaphores et de clins d’œil adressés aux écrivains. Côté métaphore, la montre de Harold Crick est présentée comme une sorte de prolongement de sa personnalité. Le héros souffre d’une ponctualité maladive, et les secondes qui s’égrènent sur son cadran sont autant de moments d’une vie sans âme qui défilent inéluctablement. Les écrivains quant à eux, se voient érigés au rang de divinité. Les profs de littérature étant donc leurs prêtres. Ce pouvoir de vie ou de mort sur les personnages que possède la romancière (Emma Thompson) se transforme rapidement en menace haletante lorsqu’on comprend qu’elle a pour coutume de tous les tuer. Heureusement pour Harold Crick, l’écrivaine tarde à trouver la mort qui lui serait adéquate, mais pour combien de temps…

Le récit bascule alors en tragédie superbe avec des moments d’émotion insoutenables. Alors que la majeure partie du film s’amuse à taquiner Harold Crick avec cette voix off et décrire sa relation cocasse avec la boulangère de ses rêves (Maggie Gyllenhaal), la gravité extrême du dernier quart surprend. Et touche en plein cœur. Car le refus constant du film de sortir des sentiers battus offre à la trame un final imprévisible. L’intensité et l’émotion qui s’en dégagent tirent presque des larmes.



L’incroyable destin de Harold Crick s’avère effectivement bien plus étrange qu’une fiction (Stranger than fiction est le titre en vo). Grâce à son concept original et maîtrisé de bout en bout, Marc Forster délivre une parabole troublante et émouvante sur la nécessité de vivre le bonheur au présent. Incroyable mais tellement vrai.

Laurent Tity

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