Vous l’avez sans doute remarqué : Marvel est furax! Ras le bol de devoir en permanence s’opposer aux adaptations de la DC qui jusqu'à présent étaient bien supérieures aux siennes et voir ses propres gros budgets passer pour des séries B. Ras le bol que seul
Spider-Man arrive à faire l’unanimité tandis que certains des films du catalogue finissent directement en direct-to-dvd et dans l’indifférence la plus totale. Aussi, forte de ses faiblesses, la maison d’édition a décidé de passer la vitesse supérieure avec une nouvelle série de relectures ciné de ses héros phares, le débarquement commençant en cette année 2008 ce qui n’est pas un hasard. En effet, le concurrent direct sort de ses cartons l’arme absolue - le film le plus attendu de l’année,
The Dark Knight - et l’éditeur chez qui Stan Lee fait figure de demi-dieu est bien décidé à sortir l’artillerie lourde pour que le combat se fasse à armes quasi égales. Après avoir balancé il y a deux mois les aventures de Tony Stark au nez du public, qui dans l’ensemble ne s’en est toujours pas remis, Marvel remet le couvert en faisant renaître le géant vert le plus connu de l’histoire du comics et qui risque, autant le reconnaître d’emblée, de faire sacrément pencher la balance en sa faveur. Bien plus qu’une nouvelle interprétation du héros, Marvel ajoute à son arc la corde du drame qui complète à merveille la collection entamée avec celle basée sur l’acceptation de l’héroïsme et des responsabilités -
Spider-Man -, celle consacrée au fun décalé, jouissif et totalement assumé -
Iron Man, l’ensemble prend donc une certaine importance avec la mise en place de cette histoire au fond grave et tragique, la réelle bonne idée de cette adaptation étant d’avoir voulu offrir un film non pas au personnage que tout le monde attend de voir avec impatience - Hulk -, mais bel et bien au personnage de Bruce Banner, scientifique maudit contraint d’abandonner tout ce qui fait sa vie d’homme pour fuir loin des autres et surtout loin de lui-même. Et alors que beaucoup avait regretté la vision pourtant poétique de Ang Lee, tout le monde risque d’être aujourd’hui d’accord dans le sens ou Hulk apparaît pour la première fois comme l’un des personnages les plus beaux et intenses de l’univers Marvel.
L'INCROYABLE HULKUn film de Louis Leterrier
Avec Edward Norton, Liv Tyler, Tim Roth, William Hurt, Tim Blake Nelson, Christina Cabot, Ty Burrell, Peter Mensah, Paul Soles, Débora Nascimento, Lou Ferrigno, Greg Bryk, Chris Owens, Al Vrkljan, Adrian Hein
Durée : 1h54
Sortie cinéma France : 23 Juillet 2008Alors que l’on pouvait s’attendre, et ce avec une certaine logique, à un enchaînement de bastons chaotiques, de destructions de murs et de hurlements de colère - le personnage schizophrène étant souvent résumé uniquement à sa part sombre et ses moments de rage -, le scénario va pourtant se lancer dans la difficile tâche de rendre chaque apparition de ce Mister Hyde bodybuildé comme jouissive et impressionnante mais surtout comme un intense moment tragique pour le personnage de Banner. Difficilement imaginable alors de considérer le monstre comme une brute mais avant tout comme un être qui souffre et qui n’aspire qu’à une chose : que sa haine et sa colère disparaissent… A partir d’un scénario de Zak Penn (
Last Action Hero ou encore le futur remake des 12 Salopards) à la forme certes convenue mais surtout extraordinairement fluide et construite, Louis Leterrier nous offre un vrai film à la profondeur assez troublante : alors que l’ensemble des autres oeuvres Marvel apparaissaient comme des introductions léchées et attractives, le film du réalisateur français est d’une impressionnante maturité et semble avoir été pensé comme un film unique et complet, même si quelques plans ou phrases laissent sous-entendre qu’en cas de cassage de box-office, la brute sera de retour. Ce qui ne sera bien entendu pas pour nous déplaire tant le personnage devient touchant au possible et vraiment remarquable voire "incroyable" dans ses réactions et ses actes de bravoure. Et tandis que beaucoup pensaient que la nouvelle vision du réalisateur du Transporteur 1 et 2 serait une vision plus couillue du film de Lee - on a longtemps parlé de remake - il n’en est rien.

Au contraire, Letterier semble totalement faire abstraction de son prédécesseur pour s’affirmer et s’affranchir totalement du moule dans lequel on ne le veut plus, la plus grande erreur des spectateurs étant d’avoir cru jusqu’au bout que le réalisateur était juste bon à faire du bourrinage sans considérer une seule seconde tout le potentiel de l’artiste dans le registre dramatique qu’il avait pourtant tenté de montrer dans les quelques scènes entre Jet Li et Morgan Freeman dans Danny The Dog. Il se montre alors véritablement surprenant puisque tentant de retrouver le caractère radicalement pessimiste que l’on avait déjà connu il y a des années dans la série télévisée avec en tête d’affiche Bill Bixby et Lou Ferrigno qui fait ici une petite apparition absolument pas déplacée et qui fait même plaisir...
Oui, Letterier prend pour modèle la série dont le générique finale incarnait toute la gravité du personnage avec ce Banner devenu une sorte de vagabond et devant sans cesse fuir sur la musique bouleversante de Charles R.Casey et Joseph Harnell qui est même reprise et arrangée par Craig Armstrong qui signe une véritable musique de film à des lieux des thèmes attendus super héroïques mais véhiculant au contraire le coté pitoyable de la situation… Mais tout cela n’aurait pu être possible si l’interprète de Banner n’avait pas été au top! Et au lieu de rechercher l’acteur le plus bankable, l’équipe se penche sur l’un des comédiens les plus doués de sa génération, à savoir Edward Norton qui s’impose d’emblée comme le poids lourd du film et surtout qui arrive à nous rendre son personnage extrêmement touchant au travers de longues scènes dans lesquelles il tente de compenser ses frustrations (de tout ordre dont sexuelle…) pour mieux gérer sa colère. Aussi, il propose un héros plus proche du clochard que du scientifique, traqué en permanence et qui se trouve dans un tel état misérable qu’il ne semble aspirer qu’à une seule chose : une délivrance. Et paradoxalement, sa délivrance il ne la trouve uniquement que lorsqu’il s’incarne en monstruosité, la hargne prenant alors pour la première fois un véritable sens : Hulk ne casse pas tout pour la simple raison qu’on l’a un peu poussé à bout, il démolit surtout tout ce qu’il ne peut plus être, imposant ainsi l’idée que c’est contre lui-même qu’il se bat et qu’il hurle! Chaque intervention de l’extraordinaire créature (dont la première apparition est surprenante dans la perfection de sa mise en scène) devient alors un évènement douloureux, physiquement et moralement, le personnage virtuel étant transcendé par le travail des équipes de Kurt Williams qui signe ici l’un des personnages imaginaires en images de synthèse le plus beau et le plus déchirant depuis le
King Kong de Jackson.
Cependant, il faut tout de même reconnaître que le spectacle reste tout de même ultra jouissif et que le film ne se contente pas pendant près de deux heures (qui passent beaucoup trop vite) à épiloguer sur la difficulté de se contrôler! Non, Hulk reste Hulk, cette redoutable machine que rien ni personne ne peut arrêter. Et décidément partie dans son ambition de s’imposer comme les leaders en référence de super héros, Marvel offre à Leterrier tous les moyens pour qu’il puisse prouver encore une fois qu’en matière d’action, il n’est ni un débutant, ni un rigolo! Les bastons dans
L’incroyable Hulk se devant d’être phénoménales, le réalisateur va aller jusqu’au bout de sa démarche de tout détruire rendant alors chaque coup ultra brutal, chaque étreinte complètement barbare, n’hésitant pas à rappeler que maintenant on joue dans la cour des grands et qu’une patate dans la tronche par un titan ne peut pas vous laisser intact. Aussi, il sera surprenant d’apprendre dès le début du film que lorsqu’un colosse passe, les simples mortels trépassent, discours auquel nous n’étions plus habitués depuis un petit moment. Hulk n’ira donc pas par quatre chemins, décimant ceux qui se postent au milieu de sa route, à l’exception de cette saloperie de Tim Roth qui remporte haut la main la palme de la raclure la plus appréciable des adaptations comics tant il est extrême jusqu’au bout, l’interprète de Mr Pink assumant totalement le fait d’incarner un homme prêt à tout pour surpasser les autres: remarquable!
L’incroyable Hulk, qui pourtant ne partait pas avec de gros avantages, est donc une excellente surprise qui mettra sans doute tous les fans du comics et les autres dans sa poche, d’une part par son approche de l’intrigue et du personnage, mais aussi par l’édifice qu’est en train de construire la maison d’édition qui, comme promis, se lance dans la mise en place de lien entre les séries : difficile alors de ne pas jubiler lorsque quelques mots bien connus des fans sont évoqués ou autres astuces que nous ne vous révèlerons pas... Hulk s’impose comme une nouvelle référence dans l’univers Marvel et comme le personnage le plus beau et surtout le plus tragique de cette dimension des super héros, dans lequel seul Bruce Wayne, chez la concurrence, arrivait à régner en maître jusqu‘à présent...
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