L'HISTOIRE : Un jeune homme découvre que son frère jumeau est mort de façon mystérieuse. En rentrant à la maison, il comprend qu'on les prend, lui et sa mère, pour des terroristes. Tous deux sont alors obligés d'intégrer une cellule spéciale qui est en train de mettre sur pied un assassinat politique...
Hautement recommandable
L'oeil du Mal fait partie de ces films vaguement excitants sur le papier dont on n’attend pas grand-chose et qui, finalement, se révèlent être d’excellentes surprises. Et autant le reconnaître, le film de D.J. Caruso remplit non seulement son cahier des charges en termes de divertissement, mais surtout s’installe simplement comme l’un des plus brillants produits hollywoodiens de l’année. Retour sur une production respirant l'humilité mais qui pourtant aurait bien des raisons de se la jouer ! 
Entre ceux qui refusent catégoriquement de participer à l’engouement autour des grosses machines hollywoodiennes et ceux qui crient à la duperie quant au supposé talent de la starlette Shia LaBeouf, on ne peut pas dire que l’entreprise partait avantagée pour sa carrière hexagonale. Et ce ne sont pas les bons chiffres du film produit par Spielberg au box-office US ou la cote du bellâtre auprès des jeunes françaises qui allaient sauver la donne. Pourtant il faudra bien que les détracteurs quittent leurs préjugés -plus ou moins fondés- car sinon ils risqueront de passer à côté de l’un des meilleurs films pop-corn de l’année ! Pas forcément le plus original mais assurément le plus honnête… Et c’est justement cette improbable intégrité vis-à-vis de son public qui fera que l’intrigue, aussi incroyable soit-elle, entraînera le spectateur avec elle jusqu’aux dernières minutes assez exceptionnelles. Ou quand le film à grand spectacle se laisse aller à la réflexion et décide de solliciter directement son auditoire en lui proposant de lui apporter quelque chose… On se croirait presque revenu à la glorieuse période des 80’s durant lesquelles l’ambition n’était pas d’apporter « ce que veut le consommateur » mais plutôt de lui proposer un travail généreux et singulier qui le fera rêver. On reconnaît bien là les préoccupations du producteur qui depuis toujours se fait serviteur de l’évasion filmique plutôt que de la consommation aveugle. Le plus fort dans le film de Caruso étant cette faculté, à la fois scénaristiquement mais aussi par sa mise en scène, à faire croire tout et n’importe quoi : pas pour en foutre vulgairement plein les yeux (le film, bien que riche en péripéties surréalistes, ne tombera jamais dans l’outrance malvenue et si courante) mais plutôt pour émerveiller un peu plus le spectateur peu convaincu qui soudain se laisse prendre au jeu… D’ailleurs, le film saura se montrer particulièrement courageux dans son final, en rendant plus effarantes encore les décisions humaines -ô combien respectables et réalistes- que les multiples rebondissements démonstratifs…
Un excellent point donc qui impose d’emblée le métrage comme l’un des postulants les plus honorables à la liste emplie des vieux films cultes qui sont restés tels des incontournables pour beaucoup par leur principal atout : le fait d’être véritablement écrits ! Avouez que c’est chose rare ces derniers temps durant lesquels la grande majorité des superproductions se voient montées autour d’un concept ou d’un micro pitch de base et non pas une histoire… Car si L'oeil du Mal peut se laisser prendre pour ce qu’il n’est pas -un thriller bas de gamme monté sur l’unique présence d’un twist et d‘une gueule bankable-, il faudra pourtant s‘attendre à un authentique film à suspense aux élans scénaristiques assez osés et pour le peu intelligent. D’autant plus que s’il nous est impossible de vous dévoiler quoi que ce soit sur les véritables motivations et l’identité du mystérieux responsable de cette course haletante après la montre, sachez que son invention en révèle beaucoup sur les points de vue de la production vis-à-vis de son propre pays. Impossibilité non plus de proposer quelques titres qui pourraient aider à cibler la vraie teneur du projet puisque la simple énumération de quelques références mettrait aussitôt la puce à l’oreille des cinéphiles…
Ou comment ce qui débute comme un honnête polar politique, contant les déboires d’un jeune looser pris pour un terroriste, prend une tournure plus qu’inattendue, allant même jusqu’à changer totalement de registre pour mieux en découdre avec ses engagements (politiques et scénaristiques). Plutôt culotté dans son rebondissement principal (l’identité de cette mystérieuse voix qui pousse notre héros à tout un tas d’épreuves), L'oeil du Mal, au travers de son intrigue originellement inoffensive et calibrée, se dévoile être une parabole assez excitante et découlant du traumatisme paranoïaque post 11 septembre ! La nature même de cet Œil du Mal agissant comme un véritable appel de réflexions et de conscience, l’équipe n’hésitant pas une seconde à remettre au goût du jour l’une des figures les plus symboliques du cinéma dans un respect le plus total. 
Référence ouverte à un maître éternel ayant officié dans une multitude de genres -Kubrick-, le film de Caruso débute pourtant comme un hommage à un autre Grand du cinéma : Hitchcock. Ainsi après son très sympathique Paranoïak s’apparentant à un remake teen et plus ou moins inavoué de Fenêtre sur cour, Caruso continue de déclarer son amour pour l’exceptionnelle filmographie du britannique en s’attelant à ce scénario qui, hormis la présence de ces rebondissements invraisemblables, s’apparente en tous points à une enquête hitchcockienne. Menace terrible, voix anonyme et manipulatrice, personnage lambda mais charismatique tentant de comprendre l’énormité de cet apparent complot… Tout est là pour remettre au goût du jour le meilleur du suspense qui se voit ici agrémenté de scènes d’action aussi délirantes qu’efficaces dans lesquelles tout peut devenir mortel : un feu rouge incontrôlable, un métro qui fait demi tour (…), même les autres citoyens se retournent contre le duo composé de Shia LaBeouf et de Michelle Monaghan, pris en otages par la voix escamoteuse. Actions qui se montreront à la hauteur des espérances, Caruso tentant de s’approprier lentement mais sûrement la maîtrise d’un Tony Scott période Ennemi d’État. Ses séquences, faisant mouche à chaque fois, perdront tout de même un peu de leur puissance au travers de quelques plans parfois illisibles. Mais l’énergie est là et la formule fonctionne : faire croire d’emblée à l’incroyable pour assurer l‘efficacité, les personnages se faisant représentants du public grâce à leur incrédulité surprenante. Leur scepticisme prendra fin en même temps que celui de la salle, tout devenant possible à chaque instant et étant abordé avec une approche crédible.
Sujet qui fera pourtant grincer les dents de quelques uns : le cas Shia LaBeouf. S’il est certain que l’acteur a su faire son beurre des personnages de gentils loosers dans des situations extrêmes et ce dès ses débuts dans la série Bienvenue chez les Stevens, autant reconnaître que le jeu de l’interprète principal de Transformers s’affine tranquillement. En territoire connu durant les premières minutes, il va se révéler petit à petit, quittant son image de faux vieil ado pour celui de vrai mec ! En témoigne cette affolante dernière partie qui nous propose de retrouver le minet, la gueule gentiment amochée, qui, plaque de flic et flingue à la main, court au milieu des embouteillages, nous offrant le temps de quelques secondes un aperçu de ce que pourrait devenir le jeune acteur dans quelques années… Son apparition aussi folle qu’hallucinante durant le final n’étant pas sans rappeler -dans une certaine mesure- la même folie suicidaire que celle d’un célèbre flic new-yorkais toujours au mauvais endroit et au mauvais moment. Sacrilège pour certains, évidence pour les autres, cette association de personnages est pourtant parfaitement dans la direction que semble vouloir emprunter le métrage… D’autant plus que si l’on y réfléchit bien, la trame de L'oeil du Mal semble être calquée sur celle de la Journée en Enfer de McT. 
Présence d’un acolyte oblige, c’est donc la belle Michelle Monaghan qui enquille dans le rôle de la gentille maman obligée de prendre part à l’aventure pour sauver son fiston. Pleine de fraîcheur sans pour autant être exceptionnelle, elle apporte une touche bienvenue de sensibilité et paradoxalement de force, le héros par obligation perdant petit à petit toute envie de se battre contre le machiavélisme du complot. Un beau duo qui aura les joies de se voir traqué par un casting trois étoiles : de Billy Bob Thornton en agent cynique à deux doigts de franchir la limite pour boucler l’affaire à Rosario Dawson en militaire sexy et dure à cuir, tout est fait pour rendre le spectacle réjouissant, la brute Michael Chiklis offrant sa carrure à un politique plus intègre que son rôle dans The Shield… Rythmé par la bande son de Brian Tyler, le film de Caruso se révèle être une excellente surprise tant tout semble avoir été, pour une fois, pensé pour des spectateurs et non pas pour des consommateurs. Destiné à être assimilé à un divertissement amené à faire du fric, il reste pourtant évident que la grande force de L'oeil du Mal c’est son ambition de plaire et non pas de duper… On ne pourra donc que vous inviter à découvrir cette petite bombe à retardement, montée minutieusement comme un authentique film pour toute la famille et dans lequel chacun pourra trouver son compte. Et rien que pour cette scène finale qui fait serrer les fesses comme jamais, le film de Caruso est hautement recommandable.
Florent Kretz
Ayant frôlé les 100 millions de dollars de recette aux États-Unis, L'oeil du mal avait fini d'ancrer le visage de Shia LaBeouf dans l'inconscient des cinéphiles, quelques mois après Transformers et ...