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L'un contre l'autre

La critique d'Excessif

4/5
l_un_contre_l_autreok L'HISTOIRE : Toujours calme et réfléchi, Georg est un policier apprécié par tous ses collègues. Son partenaire Michael, plus jeune que lui, admire aussi Georg pour l'harmonie qui règne apparemment dans le couple qu'il forme avec Anne, une séduisante institutrice. Mais alors que Georg monte en grade, le voilà qui perd toujours davantage le contrôle sur la façade soigneusement entretenue de sa vie de famille "intacte". Peu à peu, les conflits qui rythment l'existence d'Anne et de Georg depuis des années filtrent vers l'extérieur: le combat désespéré d'Anne pour être reconnue, et les traces des violences conjugales, désormais impossibles à dissimuler...
Spectateur averti, précipite-toi.
L’un contre L’autre, c’est le premier film très impressionnant de Jan Bonny (inconnu au bataillon) construit sur un argument âpre (un homme battu par sa femme) qui aspire dans un malaise et ne cherche jamais à caresser dans le sens du poil. Deux qualités devenues rares. Et tant pis s’il confirme le refrain un rien tannant selon lequel les cinéastes venus d’outre-Rhin ne savent concocter que des fictions rongées par la neurasthénie et le mal de vivre de leurs contemporains. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette œuvre anthropologique, incisive et offensive, ne se morfond pas dans la complaisance et ose traiter crûment de sujets tabous (à l’aune de la réussite artistique du Libre arbitre, autre film d’une choquante beauté). Spectateur averti, précipite-toi.


Si vous n’êtes pas d’humeur, mieux vaut fréquenter une autre salle ! Pendant plus d’une heure trente, L’un contre l’autre, Gegenüber de son titre original ("vis-à-vis", en allemand), ne fait que coller à la détresse nue d’un homme battu par sa femme. Ce sujet tabou à valeur sociale – casse-gueule car pas ou peu évoqué au cinéma – se déroule chez des gens ordinaires, a priori accordés avec l’existence : Georg, un flic, et Anne, une institutrice, qui simulent un faux épanouissement pour ne pas éveiller les soupçons. Pour son premier essai, Jan Bonny a au moins le courage de ses ambitions : emmener le spectateur dans un engrenage à la fois psychologique et physique sans jamais qu’il ne se sente pris en otage par un émule de Lars Von Trier malintentionné. C’est d’autant plus troublant que le personnage de Georg affirme dès la première scène un sang-froid inouï en sauvant un collègue d’une situation inextricable. Un courage qui va justifier une promotion du supérieur et bouleverser sa vie professionnelle (début des rivalités non dites) et intime (angoisse de retrouver sa femme jalouse et névrosée). Les seuls passages qui servent à faire le lien entre ces deux univers limités sont de déprimants trajets en bus où l’homme est seul face à ses peurs silencieuses et ses tourments intérieurs. A défaut d’être inédit, le portrait est intéressant : Georg est confronté à sa réussite sociale et découvre l’égoïsme d’un entourage hostile.


Installé dans une routine médiocre avec des enfants fantômes désormais à la fac qui ne se doutent de rien et assujetti aux parents de Anne qui pratiquent un chantage ambigu (détruisant au passage le respect de la sacro-sainte cellule familiale), ce couple précaire de petits fonctionnaires sans lendemain réalise soudainement le néant de leur vie et doit assumer une débâcle existentielle. Autopsie d’un couple en crise ? Mieux que ça. C’est le manque de reconnaissance d’Anne (infantilisation de ses parents, incapacité de s’assumer toute seule, sensation d’avoir raté sa vie, traumas anciens et sourds qui remontent à la surface) qui est à l’origine de ses sentiments exacerbés. Elle se déteste tellement qu’elle déteste tout ceux qui l’entourent (refus du réconfort, haine de la léthargie dans laquelle elle s’est fourvoyée) et détruit le ciment affectif par une baffe, des attaques dégradantes sur le physique de son conjoint las, des coups de plus en plus forts, avant les humiliations publiques, perceptibles à l’œil nu. Le miroir se brise, la femme prend la place de l’homme, et inversement, à travers un jeu de domination proche d’un sadomasochisme pas assumé. Située dans un contexte social à se flinguer, l’histoire évolue de manière extrêmement crédible et, bonne nouvelle, ne cède jamais aux lois de la surenchère crapoteuse qu’un tel sujet pouvait laisser craindre. C’est là d’ailleurs que réside toute sa puissance : l’incapacité de traduire des choses complexes avec des mots simples.


Tous les plans subjectifs où Georg est filmé de dos ne relèvent pas de la coquetterie. Ils placent le spectateur dans le même état de panique viscérale et donc de trouille au ventre que lui. Pas la peine d’avoir vécu le même genre de situation saumâtre pour s’identifier, les personnages secondaires servent de contrepoints, que ce soit les adolescents fuyants qui mènent leur vie loin du foyer, les collègues de bureau qui finissent par envier la relation idyllique ou même – suprême audace – le voisin de pallier qui dépose ses ordures sur le pas de la porte sans se rendre compte qu’un homme triste est assis sur des escaliers… En ce sens, le choix des acteurs est pertinent. On ne peut pas dire que Georg (Matthias Brandt) ait une gueule de victime puisqu’il ressemble à n’importe quel quadra de son âge, ne se plaint jamais auprès de ses amis flics qui le pensent "normal", préserve les apparences et se cache en secret dans des jeux d’arcades pour sangloter comme un enfant qui a peur. On ne peut pas dire que Anne (Victoria Trauttmansdorff) ait un physique de tortionnaire puisqu’elle tente de conserver une pseudo-harmonie au sein de son couple brisé (les baisers sans amour qu’ils s’échangent). Mais attention, il ne faut pas croire que le psychologisme impose ses lourds sabots et que du coup le travail visuel est relayé au second plan. Bien au contraire. L’économie de moyens ne rime pas avec pauvreté formelle. S’il ne cherche pas à rendre son univers séduisant, c’est uniquement pour refléter le chaos qui s’agite dans l’esprit de Georg. Bonny use d’un parti pris vériste qui le rapproche du documentaire et renforce grâce à une utilisation consommée du hors-champ et de l’ellipse un sentiment palpable d’oppression désagréable. Désagréable car rien n’est fait pour le plaisir.


Maintenant, se pose une question : qui peut avoir envie d’assister à une telle épreuve ? S’il peut légitimement laisser perplexe ceux qui préfèrent un cinéma plus confortable, plus démonstratif surlignant ses effets, ce bloc de cinéma-là demeure pourtant vertigineux pour peu que l’on aime suivre jusqu’au bout les parcours de personnages cabossés, pris dans un tourbillon qui les (et nous) dépasse. Lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, le film a fait sensation. L’anecdote veut que le public ait applaudi lors de la scène finale – terrible – où le mari, réceptacle de frustrations, devient un monstre à son tour et répond aux provocations de sa femme malheureuse. Certains y ont sans doute vu un vrai soulagement pour rompre avec le calvaire des images précédentes. Mais, il ne faudrait pas tomber dans ce contresens : L’un contre l’autre n’a rien d’un film bourrin dans lequel on commente un match de boxe ou s’explose pour le fun. Cette scène n’a rien de positif et place les deux protagonistes dans la même impasse. Pire, elle astreint. De ce film, a priori minuscule, vendu à la sauvette, paumé dans un océan de sorties, on revient blessé.

Le verdict des internautes

Total des votes : 3

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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