L'HISTOIRE : En Italie, dans les années 80. A 46 ans, divorcé et père d'une jeune fille, Antonio Pisapia, plus connu sous le nom de Tony, est un chanteur pop, qui souffre de problèmes de drogue. Il a un homonyme, né comme lui le 15 août. Ce dernier, plus jeune de 15 ans, est marié et footballeur, occupant le poste de gardien de but dans son équipe et rêvant de devenir entraîneur. Le jour où, grâce à un exploit, il envoie son club en quart de finale de la coupe d'Europe des clubs champions, le chanteur sort un disque dont le succès semble mettre le monde à ses pieds. Et puis la chance, si souriante, leur tourne le dos. Le même jour, les deux hommes sont victimes d'un coup du sort... Les débuts de Paolo Sorrentino: une vision moins cruelle et plus tendre de son cinéma
Ce premier long métrage jusqu'alors inédit de Paolo Sorrentino s'adresse avant tout aux détracteurs du réalisateur Italien qui risquent de préférer cette esquisse à Les conséquences de l'amour, L'ami de la famille, Il Divo, ou encore au dernier This Must Be The Place. En revanche, ceux qui d'ordinaire aiment ses fulgurances visuelles et ses scénarios labyrinthiques risquent d'être surpris par la sobriété un peu terne de l'ensemble. Dépourvu de réelles surprises, le scénario raconte de manière linéaire les parcours de deux hommes emblématiques de l'Italie des années 80 : un chanteur de variétés has-been (Toni Servillo) et un footballeur sur le déclin (Andrea Renzi). Leurs destins, au départ isolés, finissent par se croiser, mais la rencontre attendue s'avère paradoxalement décevante. Elle est à l'aune du traitement : une déclinaison finalement assez sommaire de la grandeur et de la décadence. Sorrentino n'est pas un cinéaste de l'empathie mais de la cruauté - il ne le savait pas encore. De la même façon, il ne maîtrisait pas encore ce qui fera le charme de ses films suivants : une fascination pour la laideur morale et physique, un sens de l'humour tordu emprunté aux frères Coen, une bande-son éclectique variant du classe au mauvais goût... Et, à part quelques plans inspirés, pas grand-chose à se mettre sous la dent en termes de mouvements de caméra. Tourné il y a seulement dix ans, le résultat «sympathique» à défaut d'être offensif a aussi mal vieilli que les premiers Pédro Almodovar et ne possède pas suffisamment d'atouts pour encourager de multiples visionnages. Il faut l'envisager comme une curiosité.
Romain LE VERN