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La Bande à Baader

La critique d'Excessif

2/5
la_bande_a_baader135 L'HISTOIRE : Dans les années 70, l’Allemagne est la proie d’attentats à la bombe meurtriers. La menace terroriste et la peur de l’ennemi intérieur ébranlent les fondements mêmes d’une démocratie encore fragile.

Sous la conduite d’Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin, une nouvelle génération radicalisée entre violemment en guerre contre ce qu’ils perçoivent comme le nouveau visage du fascisme : l’impérialisme américain soutenu par les membres de l’establishment allemand, dont certains ont un passé de nazi. Leur objectif est de créer une société plus humaine. Mais en employant des moyens inhumains, en répandant la terreur et en faisant couler le sang, ils perdent leur propre humanité.

L’homme qui les comprend est aussi celui qui les pourchasse : le chef de la police allemande, Horst Herold. Et même s’il réussit à capturer les jeunes terroristes, Herold sait qu’il ne s’agit que de la partie émergée de l’iceberg…
La fin des années soixante dévoile en Europe une nouvelle génération de personnes qui refuse l'autorité des plus anciens. Dans un monde inégal en proie au doute, une certaine jeunesse se radicalise pour signifier aux puissants qu'ils refusent leur hégémonie et leurs diktats. En Allemagne, le groupe Fraction Armée Rouge se forme et met à mal la jeune démocratie ouest-allemande. L'impérialisme américain est perçu tel un nouveau fascisme qui endort les consciences par les pratiques consuméristes. Pour lutter contre l'Etat policier, Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin choisissent le chemin des armes et des bombes pour faire entendre leurs messages et revendications. Ils plongent alors le pays dans un chaos incontrôlable. Pourtant cette lutte armée va lentement les faire dériver vers une horreur extrémiste, très loin des préoccupations du peuple qui finit par être terrorisé par le groupuscule...

LA BANDE A BAADER
Un film de Uli Edel
Avec Martina Gedek, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz, Moritz Bleibtreu, Karoline Herfurth, Johana Wokalek
Durée : 2h25
Date de sortie: 12 novembre 2008

Dix ans de faits historiques comprimés en moins de deux heures et demi, c'est à la fois beaucoup et bien peu. Bien peu au regard de l'intense histoire du groupuscule depuis les prémisses de l'engagement sur les bancs de l'université et le choix de la journaliste Ulrike Meinhof de rejoindre ses amis révolutionnaires, jusqu'au procès monumental de Stammhein en 1977. Et c'est à la fois beaucoup lorsque le film choisit l'angle d'attaque des scènes qui s'enchaînent autour du trio infernal. D'un côté le désir de mémoire, de l'exposition d'une Histoire nationale récente et douloureuse (l'on se souvient de La chute, de La vie des autres, etc., comme quoi l'Allemagne se regarde comme jamais auparavant), de l'autre le désir de fiction et la mise en valeur du cerveau à trois têtes de la RFA, Baader/Meinhof/Ensslin. Un entre-deux qui, loin d'insuffler un élan emportant tout sur son passage, dessert au contraire le film.

Pourtant le cinéaste allemand Uli Edel avait déjà signé de grands brûlots cinématographiques avec Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée en 1981 et Last exit to Brooklyn en 1989. L'automne allemand reste pour le pays un sujet encore controversé, un sujet qui tiraille ceux qui voient dans le groupuscule une sorte de tentative désespérée de sortir d'un modèle de pensée vicié et ceux qui, au contraire, n'y constatent qu'une impasse sanglante et inutile. Le film se sauve en ne tranchant pas la question mais la mise en scène, hélas, n'est pas à la hauteur du propos. Déjà Le procès Baader-Meinhof de Reinhard Hauf en 1985 avait mis la barre très haut avec cette reconstitution du procès à sensations, un procès que les prévenus ont manifestement subi sous de fortes pressions. Dans le film de Edel, les séquences de la prison de Stammhein restent les plus intéressantes, les plus aiguisées car cette fois-ci le trio est séparé, chacun rongeant sa haine en privé.

De fait le film joue trop sur cette relation à trois, trop fictive et structurée dans le récit pour ne pas reconnaître qu'elle nuit à l'historique même du groupuscule. Le romanesque s'immisce dans ce qui aurait pu faire le succès du film, le côté froid et distancié de l'information pure. Le mélange des genres ne sied pas lorsque l'on aborde des sujets d'une telle richesse réflexive, les récents exemples de Indigènes et de L'ennemi intime pour la France l'ont prouvé, des films insuffisants sur la guerre en Algérie. Il reste pourtant l'interprétation exceptionnelle de Martina Gedek dans le rôle de la journaliste puis terroriste Ulrike Meinhof. Certainement celle qui doute le plus, elle est aussi celle qui prouve que la réflexion peut engendrer l'acte terrible, Baader et Ensslin étant trop caricaturés pour offrir une quelconque perspective de leurs opinions et comportements. Meinhof ou comment abandonner ses enfants pour une cause que l'on croit juste, pour défendre justement l'avenir de ses enfants.

David A.

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