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La Chute

La critique d'Excessif

5/5
lachute3dvd L'HISTOIRE : Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner. Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime.
De nombreux cinéastes ont essayé à bâtir de subtils édifices fictionnels en brossant le portrait d’Adolf Hitler. Récemment, Alexandre Sokurov peignait dans Moloch les relations entre Hitler et sa bien aimée Eva Braun avec une grâce visuelle qui troublait les sens. Il y a un an, Menno Meyjes montrait dans Max un Hitler qui aurait pu devenir artiste. Avec La Chute, Olivier Hirschbiegel humanise les monstres du passé et autopsie une Allemagne ravagée par la guerre, l’espoir, l’utopie et la lucidité. Allemagne avant l’année zéro par le réalisateur de L’expérience. Un chef-d’œuvre.

LA CHUTE
Der Undertang
Un film de Olivier Hirschbiegel
Avec Bruno Ganz, Juliane Kohler, Alexandra Maria Lara
Durée : 2h30
Date de sortie : 05 Janvier 2005


Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner. Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime.

Dans Les Harmonies Werckmeister (Bela Tarr, 1999), un prince, bizarrement cloîtré dans une loge d’attraction foraine, va provoquer la fascination puis l’aveuglement d’hommes anonymes qui vont devenir violents sans savoir pourquoi. A tel point qu’ils finiront tous par s’entretuer. Film d’une tristesse inconsolable, musique sublime, mise en scène toute en plans-séquences qui enregistre la fin de l’humanité. La Chute, second long-métrage de Olivier Hirschbiegel, prolonge avec la même intensité cette réflexion sur la manipulation des masses et pousse le bouchon loin, très loin, trop loin. Comme toutes les œuvres dérangeantes qui n’ont pas de morale, cette Chute risque malheureusement de susciter la polémique pour diverses raisons (politique, religieuse, morale). Malheureusement puisque c’est un authentique chef-d’œuvre que le courage absolu rend encore plus sublime.


Il importe donc d’aller au-delà des apparences pour découvrir l’immense œuvre qui se cache derrière la provocation de façade dont l’humanité transperce le cœur. A la manière du récent Amen., La Chute suggère l’horreur sans le didactisme et la démonstration qui affadissaient le propos provocant de Costa-Gavras, sonde l’angoisse, traque la bête enfouie en chacune de ses cibles. On le sait, le film se situe en 1945, à la fin de la Seconde guerre mondiale, se place du point de vue d’Hitler et de ses sbires et montre leurs tentatives pour fuir le quotidien et trouver une solution pour contrer l’ennemi bolchevique.




A l’instar de son excellente Expérience, précédent long-métrage où se manifestait déjà le spectre des camps de concentration à travers une lutte terrible entre de faux gardiens et de faux prisonniers, La Chute plonge tête baissée dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine et parvient avec une audace inouïe à humaniser des monstres. En fouillant dans la complexité de personnages inconscients, fascinés et entièrement dévoués au Führer, le cinéaste allemand fustige le manichéisme et regarde dans le blanc des yeux des hommes et des femmes gravement lucides qui, entre loyauté et couardise, assistent à leur déchéance, à l’écroulement de leurs illusions, à la découverte de leur propre monstruosité. A un moment (fin de la guerre) où justement il n’y a plus rien à espérer, où on préfère se donner la mort plutôt que de continuer à vivre avec l’humiliation et le poids de la culpabilité. Des êtres humains avant d’être des bourreaux qui doivent apprendre à gérer des choix qu’ils pensaient bons.


On l'aura compris: la représentation du chaos délétère de la guerre n'est pas la priorité d’Olivier Hirschbiegel. Il a sciemment éludé les camps de concentration, sans omettre des sous-entendus, pour souligner le fait que la majorité des allemands ignoraient l’impensable. On peut trouver déroutante l’humanisation du Führer: abandonné par ses anciens collaborateurs, avec ses crises de colère incontrôlables, son charisme d’orateur inépuisable et ses larmes dues à l’humiliation de la défaite.
Mais le réalisateur ne cherche pas à excuser. Il tente en simple anthropologue de comprendre les erreurs de son propre pays, d’analyser une telle chute et d’en tirer les conséquences. La photo glaciale et la fluidité de la mise en scène renforcent cette impression lugubre et glauque d’horreur qui menace de sortir à chaque détour de couloir d’un bunker, lieu principal du film, capharnaüm mental de ces êtres en pleine confusion morale qui redoublent de sourires et se saoulent d’orgies et d’alcool pour oublier qu’ils vont mourir demain.


Avec ce mélange de crudité gore et d’émotion retenue qui rappelle les premiers Paul Verhoeven (Soldier of Orange), avec son style fiévreux, dense et intense qui convoque Visconti et ses Damnés, La Chute s’impose comme un incroyable travail d’exorcisme dont la mission cathartique consiste à évacuer tous les démons du passé pour mieux reconstruire à nouveau. Les moyens employés sont sans doute radicaux mais payants: c’est un succès incroyable au box-office allemand (5ème film de l'année 2004 en Allemagne avec plus de 4 millions d'entrées devant Spider-man 2 et autres I, Robot).


A la fois autopsie d’un engrenage infernal, portraits d’individus pathétiques et brisés dans leurs idéaux, allégorie d’une Allemagne névrosée et grand drame bouleversant, cette bombe teutonne montre plus qu’elle ne démontre, se joue des pièges les plus grossiers, subjugue par sa finesse d’esprit, impressionne par sa direction d’acteurs (et ses acteurs tout court) et distille un poison doucereux qui circule longtemps dans les veines…

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