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La Cité de l'ombre

La critique d'Excessif

4/5
citedelombre_vign23 L'HISTOIRE : Ember, une sorte de refuge pour l'humanité, est devenue une ville prospère qui s'étend depuis des générations dans un monde souterrain, où d'éclatantes lumières ont remplacé le Soleil. Mais le générateur de la ville d'Ember est défaillant et les grandes lampes qui illuminent la ville commencent à clignoter dangeureusement. Suite à la découverte d'une étrange boîte métallique, deux adolescents se lancent à la recherche d'indices qui permettraient de découvrir le mystère ancestral de l'existence de la ville et d'aider alors ses habitants à s'en échapper. Avant que les lampes ne s'éteignent à jamais...
C'est pas beau de vieillir!

Pour faire face à une soi-disant fin du monde imminente, les sommités scientifiques décident de construire une cité souterraine censée protéger un groupe d’élus du désastre. Ainsi, durant plusieurs générations, la vie va se développer dans la ville d’Ember, cité utopique qu’un immense générateur électrique alimente quotidiennement. Quelques deux cents années plus tard et alors que la surface de la Terre est devenue totalement inconnue des habitants, des évènements étranges commencent à se produire : les quelques milliers d’ampoules qui font office de soleil artificiel commencent à montrer des signes de faiblesse, les coupures se faisant de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. La psychose collective émanant de ces troubles étant de plus en plus importante, la seule solution pour le maire est de renforcer les cérémonies et d’intensifier le culte envers le livre sacré, relique ultime de l'ancienne civilisation. Si le peuple se laisse bercer par les sermons optimistes, ce ne sera pas le cas de deux jeunes adolescents, persuadés qu’il est temps de remonter à l’air libre pour éviter de disparaître dans la nuit éternelle qui s’annonce plus certaine que jamais...

 

 

Quiconque se sera laissé dévorer par l’exceptionnel Monster House sorti en 2006 aura sans doute immédiatement perçu le potentiel exceptionnel d’un petit gars comme Gil Kenan... Sans crier gare, il nous sortait son petit hommage sincère, passionné et bien pensé aux films fantastiques typiquement 80’s qui bercèrent les douces années portées par le tout puissant Spielberg. Plus encore qu’une simple revisite du répertoire onirico-familial du réalisateur de E.T. l’extraterrestre, il s’emparait de la même puissance émotionnelle de tous les Robert Zemeckis, Joe Dante ou même Richard Donner. Autant de noms prestigieux auxquels Monster House rendait hommage sur toute sa durée, prenant même le risque de cligner de l’œil vers la folie d’un Tobe Hooper période Poltergeist ou Massacres dans le train fantôme au beau milieu d’un long métrage pour kids... Et avec un résultat aussi bouleversant et intègre que celui-ci, il aurait été difficile de ne pas trépigner d’impatience en attendant son second projet en tant que réalisateur! Celui-ci débarque enfin, à la différence près que Kenan a délaissé la motion capture pour se lancer dans une production en prises de vues réelles. La donne étant finalement complètement changée, il serait absurde de considérer ce premier vrai essai de réalisation comme un digne successeur du métrage qui avait été approuvé puis produit par deux de ses mentors. Le résultat est sans appel : s'il perd le soutien financier de Zemeckis sur cette Cité de l’ombre, Kenan semble pourtant se montrer le digne successeur virtuose du réalisateur de Retour vers le futur ! Toute comparaison entre les deux étant bien entendue relative, c’est dans sa mise en scène qu’il rassure, se montrant même particulièrement tendre avec les amateurs nostalgiques de divertissements bien ficelés et bien pensés. Cet essai au budget plutôt dérisoire, vu l’ambition et le résultat final plutôt impressionnant, remporte le pari haut la main.

 

 

Difficile de ne pas mettre en parallèle Monster House et La cité de l’ombre tant le réalisateur, en l’espace microbique de deux métrages, trouve déjà son ton et sa patte. Plus encore que la récurrence de certains thèmes, plus encore que cette trop rare volonté de s’adresser à l’adulte qui sommeille en l’enfant, Kenan trouve le juste milieu entre une mise en scène insipide (un peu trop présente dans les divertissements destiné au public de vacanciers) et le tape à l’œil moribond : ce qui fait vibrer le jeune homme est de raconter une histoire le mieux possible, d’inventer visuellement un univers cohérent et de nous ouvrir une lucarne sur une autre dimension. Construisant ses plans en évinçant toutes les enluminures rococos, il parvient même à faire de vraies propositions de mise en scène, que seules les passages obligés d’un blockbuster contrarieront légèrement ! Mais même dans l’adversité, il se montrera honnête, sa réalisation trouvant même quelques moments de grâce dans des images inattendues. Pas révolutionnaire pour autant et malheureusement desservie par un scénario pêchant sur la fin, sa réalisation se montrera sincèrement convaincante par sa trop rare fiabilité : La cité de l’ombre fait parti de ces produits (comme on les appelle vulgairement) aujourd’hui quasi inexistants sur le marché et qui, par leur recherche d’efficacité noble, ne se perdent pas dans la fioriture de façade. Généreux mais discret, Kenan permet à son histoire de prendre ses aises et de ne pas se précipiter vers un climax attendu et tellement convenu.


Au contraire, La cité de l’ombre s’offre le luxe de plus dépeindre un monde que de nous balancer sa destruction sur un plateau d’argent : troublant de rencontrer une civilisation quand le pitch de départ était son anéantissement ! Car le scénario de Caroline Thompson sait y faire : encore une fois, celle qui fut derrière quelques unes des réussites incontestables de Tim Burton (Edward aux mains d’argent, L’étrange noël de Monsieur Jack ou Les Noces Funèbres) se montre à la hauteur du livre originel, Thompson se jouant même de la redondance légère pour bien inculquer les thématiques surprenantes du livre de Jeanne DuPreau. Fidèle jusque dans son dernier acte mais se permettant tout de même quelques discrètes libertés, l’adaptation incite à nouveau son public à réfléchir plus que d’habitude. Basée sur les écrits aux tendances steampunks, la variation cinéma se débarrasse de la noirceur évidente pour s’enrichir d’une poésie visuelle gentiment rétro. Les décors remarquables parviennent à offrir à la cité une vie crédible pour le spectateur : plus encore que les couleurs ternes et sépias, Ember incarne visuellement la fin d’une civilisation, la décrépitude rendue élégante en étant d’autant plus sombre. Mais que les plus sceptiques se rassurent : sous ce paquet cadeau impeccablement froissé, les idées fusent et en appellent au cortex du spectateur aussi jeune soit-il. La crise se faisant de plus en plus lourde, les personnages introduits sympathiquement en première instance changent soudain. On parle de rationnement de la nourriture, de délation, d’abrutissement des masses et de dictature plaisante ! On n’hésite pas à signaler les abus du pouvoir, la légitimité de certaines décisions despotiques et l’aveuglement politique par la mascarade médiatique ! Autant de données improbables et cruelles offertes en pâture aux enfants et à leurs parents qui soudain rappellent l’importance de la réflexion dans le cinéma populaire...

 

 

D’ailleurs, avec un but aussi louable et risqué que celui-ci, il n’est pas étonnant que La cité de l’ombre s’enlise gentiment au bout de quelques temps. Fort d’une exposition remarquable se développant sur une petite heure, une prise de conscience semble être soudain prise par quelques dirigeants, les évènements et autres résolutions se voyant bâclés assez linéairement. Ainsi, ce qui s’apparentait à un brûlot intelligent et franchement pudique prend les allures d’un jeu de piste plus ou moins ludique, les rares exploits grands publics se livrant tels des obligations mercantiles. A ce jeu, Gil Kenan semble s’insurger lui-même, l’évasion très "rollercoaster" se dévoilant dans un calme plat amusant! Car c’est finalement ce parti pris pour le peu déconcertant qui fascine dans le film : refuser de se compromettre dans l’outrage commercial et évasif et s’armer de courage et de subtilité pour rendre passionnant aux enfants des sujets douloureux. Autant de bons sentiments qui se voient fragilisés par cette conclusion bancale et bâclée, les contraintes de durée y étant sans doute pour quelque chose...
Malgré ce fragile dernier acte, on ne pourra que se prendre d’affection pour le second métrage du très certainement futur "Grand" puisque, en plus de son histoire et de sa réalisation, le film de Kenan fait le plein de bons points. A commencer par un casting irréprochable avec pour vedettes un duo de jeunes comédiens vraiment pertinent : la mignonne et parfaite Saoirse Ronan (Reviens-moi) et le charismatique Harry Treadaway (Control) forment un couple crédible et humain plutôt judicieux. D’autant plus que si, étrangement, c’est leur fougue juvénile qui souffre de la gravité de la crise, deux vieux briscards viennent égayer tout cela. Là où Tim Robbins se montrera en inventeur délirant et marginal, c’est Bill Murray qui fait le show en maire obèse, cérémonieux et parfaitement odieux ! Le tout orchestré sur un score légèrement répétitif mais très efficace de Andrew Lockington qui s’était déjà illustré en parfait soutien pour Voyage au centre de la terre.

 

 

Beaucoup de qualités donc, pour un film dont nous attendions énormément. On ne pourra que se rassurer de constater que quelques-uns souhaitent encore faire du cinéma avant de penser leur carrière en machine commerciale. Car ce Kenan fait parti de ces cinéastes, avec Brad Bird, a s’investir suffisamment dans des projets fous pour ne jamais perdre leur intégrité, et ce, au risque de se planter. Et c’est justement ce qui arrive actuellement sur le continent américain : budgété à 38 millions de dollars, le métrage n’est même pas sûr, malheureusement, de se rentabiliser après une distribution mondiale ! Une honte vue la qualité évidente de ce divertissement parfait pour les fêtes de fin d’année et avec toute la famille. Rien que pour cela, on se montrera même beaucoup plus clément sur les quelques menus défauts du métrage, la frustration en découlant étant toute relative puisque venant d’un adulte pris d’admiration sur un film pour enfant...

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  • city_of_ember_haut223
    Edito
    La Lumiere Sur La Cite De L'ombre05 septembre 2008 - 2 commentaires

    Alors que les dernières productions du studios Walden Media ne nous avaient pas toujours convaincu (L'Ile de Nim) ou bien alors manquaient d'un "je-ne-sais-quoi" (Le Monde de Narnia - Chapitre 2 : Le ...

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Les notes des internautes

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