Prenant le périlleux défi de passer après Alexandre Aja, Martin Weisz, cinéaste allemand dont on avait pu voir au dernier festival de Sitges le peu convaincant
Rohtenburg (film d’horreur mélodramatisant sur deux amants aux pulsions anthropophages), essaye de sauver les meubles comme il peut en réalisant inconsciemment ou non une suite aussi indigente que
La colline a des yeux 2 de Craven en 1985.
LA COLLINE A DES YEUX 2 Un film de Martin Weisz
Avec Daniella Alonso, Michael McMillian, Jessica Stroup…
Date de sortie : 20 juin 2007 Des militaires fantasment la guerre en Afghanistan et s’entraînent dans la fameuse zone de tests pour la bombe atomique ayant engendré les monstres de «la colline qui a des yeux». Vouant un culte aux méthodes militaristes selon tonton Bush fils, ces jeunes (garçons et filles, blancs et black) se trouvent très vite confrontés à ces monstres qui ont juré leur perte. Merci d’être passé et à bientôt. Conçu pour des raisons essentiellement mercantiles,
La colline a des yeux 2 est surtout un film-placebo exsangue qui non seulement a les yeux plus gros que le ventre mais surtout essaye de prendre des vessies pour des lanternes. Pendant près de deux heures, il donne l’illusion qu’il s’est passé quelque chose d’intense à l’écran. En substance, il ne repose que sur du vide. Cela étant, le pot aux roses est exécuté avec roublardise: ce second volet peut se targuer de reposer sur la relecture très réussie d'Aja qui avait l’envie de dynamiter les conventions et d’en foutre plein les mirettes. La différence de facture entre les deux volets est d’autant plus flagrante, que ce soit dans le travail visuel uniformément faiblard (aucune fulgurance du côté de la mise en scène) et le script dépourvu d’un esprit frondeur et juvénile (les scénaristes Gregory Levasseur et Alexandre Aja ayant cédé leur place à Wes Craven et son fils). Les rumeurs d’un remontage consensuel par Craven semblent fondées: cette suite donne l’impression d’avoir été exhumée vingt ans après sa réalisation. L’esthétique, obsolète, en témoigne. Mais pour peu qu’on ait vu
Rohtenburg, on sait dès le départ que le réalisateur allemand n’y accordera aucune importance.
Grâce au succès du remake, Wes Craven a surtout eu envie de mettre sur pied le projet abandonné du fils Jonathan (
La colline a des yeux 3: The outpost) dont le scénario était écrit depuis plus de dix ans. Faute d’avoir la possibilité de le réaliser à l’époque, Craven fils a transformé son scénario d’origine en série B mollassonne pour donner le très oubliable
Peur Panique, avec Lance Henriksen, sous-titré
La colline a des yeux 3 pour attirer le maximum de monde. Ça suffit pour résumer le paradoxe:
La colline a des yeux 2 se fantasme comme nouveau film d’horreur percutant dans le sillage des
Massacre à la tronçonneuse. En réalité, il fonctionne sur le même principe que
Peur panique : un prologue et un épilogue gores pour conserver l’intérêt du spectateur. Entre les deux, on a un ventre très mou malgré deux trois idées sympathiquement gratuites qui se courent après (l’homme qui sort des toilettes) et d’autres, totalement incongrues (l’idée du «monstre sympa»). Le pamphlet politique (critique de l’Amérique belliciste où de jeunes soldats fantasment leur vie comme dans un film de guerre héroïsant) s’effondre dans la démonstration pataude alors que chez Aja, il suffisait d’un petit drapeau planté dans un cerveau pour être percutant.
Entre les deux nouvelles
Colline a des yeux, le décalage n’est même pas comparable à celui séparant
La colline a des yeux, de Wes Craven (qui a très mal vieilli) et
La colline a des yeux 2, du même Craven (renié car ridicule avec comme cerise sur le gâteau les inénarrables flash-backs du chien). C’est plus de l’ordre des deux volets de
Battle Royale, ou comment partir d’un franc succès d’estime pour faire strictement n’importe quoi. Toute la dernière partie prétendument claustrophobe dans les galeries souterraines démontre l’incapacité du réalisateur à exploiter un univers clos.

Les personnages, peu consistants, sont ouvertement décrits comme des crétins dont on a l’envie pressante qu’ils deviennent au plus vite de la chair fraîche. Les comédiens ne font aucun effort pour créer un attachement. Weisz applique la règle du second degré teinté de cynisme chère à Wes Craven en simulant un divertissement fun et décomplexé. Malheureusement, il n’y a aucune distanciation ni même une réflexion sur le genre. On n’en retient juste l’idée de l'exploitation d’une recette éculée, miraculeusement remise à jour par un fan. Comme argument publicitaire, une anecdote veut que le film ait été projeté à la place d’un conte et choqué le jeune public présent dans la salle (dont des enfants de trois ans) en raison de sa première scène ultra-gore (une femme accouche d’un monstre). Si cela peut rassurer, cette scène est tellement efficace qu’elle fait presque hors sujet sur la durée. C’est un peu comme l’interdiction aux moins de dix-huit ans de
Saw 3 ou l’histoire du fou qui a introduit des serpents dans une salle de cinéma lors d’une projection des
Serpents dans l’avion: du bon buzz pour cacher la misère. Certains fantasticophiles risquent d’être aveuglement conquis grâce à une profusion de making-of généreux et de bandes-annonces clinquantes. La vraie qualité de
La colline a des yeux 2, c’est de donner envie d’y aller.
Romain Le Vern
EN PLUS... Opus banni en Allemagne,
Rohtenburg (Grimm Love Story), le précédent long de Martin Weisz, revient sur l´histoire de l’Allemand Armin Meiwes qui a publié une annonce sur Internet en indiquant qu’il cherchait un bel homme entre 18 et 30 ans "désirant être mangé" (il a finalement découpé le sexe d’un ingénieur pour le manger avec lui avant de le dévorer entièrement). Dans le film, parallèlement à cette intrigue, une demoiselle enquête sur cette affaire pour achever une thèse. En réalité, cette histoire secondaire ne sert qu´à aérer le récit mais elle est construite de manière invraisemblable (l'étudiante tombe sur un homme sur le net qui lui envoie la vidéo de l'assassinat à son adresse perso), confuse (le présent, le passé, les souvenirs, les traumas), putassière (l'expérience des deux hommes est construite comme un mélo tire-larmes) et maladroite (chapeau aux flash-backs mal foutus pour évoquer l'enfance du tueur). Après avoir confondu "histoire d'Hannibal" avec clip MTV,
La colline a des yeux 2 confirme l'inélégance du réalisateur.