Brigitte Chataigner et Adoor Gopalakrishnan réalisent La danse de l'enchanteresse et rendent hommage au Mohini Attam, une danse pratiquée exclusivement par des femmes en Inde du sud. Ce film développe les relations entre maîtres et élèves, les valeurs du Mohini Attam, et vous plonge dans une atmosphère de paix et de bien-être.
LA DANSE DE L’ENCHANTERESSEUn film de Adoor Gopalakrishnan, Brigitte Chataignier
Durée : 1h15
Date de sortie : 08 octobre 2008
Brigitte Chataignier a d’abord reçu une formation de danse classique et contemporaine avant de s’intéresser au mime et au yoga. Elle quitte la France en 1987 pour travailler le Mohini Attam au sud-ouest de l’Inde, dans l’Etat du Kérala.Les images, particulièrement belles et toujours très bien composées, la simplicité des cadres, efficace, savent mettre en valeur le sujet filmé. L’absence de voix off offre une véritable liberté au spectateur, pouvant ainsi se concentrer sur l’essentiel et suivre ces filles qui apprennent à danser. La danse, le mouvement, l’apprentissage et la beauté sont ainsi au cœur du film, la réalisation maîtrisant parfaitement son sujet et ses moyens techniques. Pas de fausses notes ou d’incohérences chez Brigitte et Adoor, mais un véritable point de vue, la mise en valeur de l’Art et des artistes.

L’entrée en matière, très réussie, propose un long plan sur les nuages et un plan sur l’eau, suivi des jeunes danseuses en plein apprentissage. Certains détails captivent notre attention dès le départ, notamment lorsque les filles font danser leurs sourcils. Les maîtres demandent à leurs élèves de savoir interpréter des émotions comme la peur ou la colère pendant l’apprentissage. Une partie de cette danse correspond presque à un travail d’acteur.
Chaque plan du film s’apparente à une photo où les courbes et les droites s’associent avec harmonie. Une mise en scène de grande qualité qui nous permet de rester à bonne distance du sujet. La musique, belle, envoûtante, presque hypnotique, accompagne le spectateur dans ce voyage au bout du monde. Il y a de la pudeur, de l’amour et du respect dans le travail de réalisation. A aucun moment la réalisation devient plus importante que le sujet. Les jeunes filles donnent l’impression de danser pour le spectateur, la caméra ne vole pas les images et nous n’avons pas le sentiment de les déranger dans leur travail.

On pourrait presque se laisser bercer par cette musique omniprésente et fermer les yeux, plonger dans cet univers inconnu et le mélanger à nos rêves….
« Ce film nous emmène par strates dans cet univers du Mohini Attam, avec ses qualités de calme de douceur et de lenteur qui sont liées à la nature luxuriante du Kerala, et se faisant, il développe en effet tout un imaginaire. Il saisit cette danse et son interprète, évoluant en harmonie avec l’univers et allant jusqu’à être le shati, l’énergie féminine. Le spectateur expérimente cet enchantement. » Brigitte Chataignier.

Le film se trouve réalisé avec autant d’amour et de douceur que la danse elle-même, les images et la lumière sont soignées, les mouvements souples et légers. Une leçon d’apprentissage à ne pas sécher pour ceux qui aiment apprendre de différentes cultures. Un film réussi mais le sujet et le rythme le destinent clairement aux spectateurs curieux et patients.
Raphael Neira