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La dernière maison sur la gauche

La critique d'Excessif

4/5
lasthouseleft_vign23 L'HISTOIRE : Alors qu'elle vient tout juste d'arriver avec sa famille dans leur petite maison isolée de Collingwood, au bord d'un lac, Mari et une de ses amies sont kidnappées par un psychopathe récemment échappé de prison et son gang de dégénérés. Torturées et laissées pour morte, Mari parvient cependant à échapper à ce sort funeste et cherche alors à rejoindre ses proches sans savoir que ses trois agresseurs ont déjà élu domicile là-bas pour la nuit, avec l'approbation de ses parents. Mais quand ceux-ci apprennent les atrocités qu'a subi leur fille, leur désir de vengeance va se transformer en un débordement de violence sans précédent dans leurs petites vies tranquilles. Les trois voyous ultra-violents vont ainsi regretter le jour où ils sont venus à la dernière maison sur la gauche...
On n'en attendait rien, on avait tort...
Avant de se faire harponner par les griffes de la nuit et les tueurs qui hantent les rêves, Wes Craven montrait au début des années 70 des monstres à visage humain dans La dernière maison sur la gauche, un film fauché et impur, considéré à tort comme son premier long-métrage (cet ancien prof de philo avait déjà réalisé un porno). Sous l'impulsion de son ami Sean Cunningham qui lui demande d’écrire le scénario le plus dégueulasse possible pour ensuite le produire et le diffuser dans les drive-in, Craven propose une sorte de remake de La source, de Ingmar Bergman à travers l’histoire sordide de deux adolescentes de 17 ans qui deviennent les jouets de tortures d’une bande de psychopathes. L'impact fut tel qu'il provoqua une interdiction aux moins de 18 ans dans les pays l’ayant accepté dans les salles (ce n’est pas le cas du Royaume-Uni qui l’a bloqué pendant trente ans), dans des montages différents. Aujourd’hui, selon l’aveu de Craven, il paraît difficile de définir la version intégrale. Suite à la réussite artistique du remake de La colline a des yeux qui surpassait l’original, il n'était pas si inintéressant de proposer une relecture. Craven coproduit toujours avec Sean Cunningham et choisit le réalisateur grec Dennis Iliadis, remarqué avec Hardcore, une glauquerie qui suivait le parcours cahoteux d'une jeune femme dans le monde de la prostitution en maison, pour reproduire l’exploit.


 

 

Ce projet aurait dû atterrir dans les mains d’un yes-man européen venu aux States pour se faire une carte de visite et dilapider toute sa crédibilité. La différence, c'est Dennis Iliadis, un cinéaste qui a manifestement réussi à échapper aux compromissions et fait exactement tout l'inverse de Marcus Nispel sur Vendredi 13. On le comprend dès la scène d'introduction qui ne figure pas dans le film d'origine et contient suffisamment d'atrocités pour mettre le spectateur en condition. Ce remake, pourtant produit par Universal, s’octroie une liberté de manœuvre assez inouïe en ces temps de pudibonderie et entreprend de renouer avec la terreur sourde et la violence cradingue des séries B des années 70. Il reprend la structure de l'original (les sévices des adolescentes suivis par la vengeance des parents) en enlevant tout ce que Craven avait incrusté pour faire illusion (des plans insistants sur les cascades pour célébrer une nature souveraine tendance Boorman du pauvre, la fellation au bord du lac, la présence des flics incompétents tirés d’une mauvaise série télévisée genre Sherif fais-moi peur).

 

 

 

 

A l’époque, c’était la première fois au cinéma – soit deux ans avant Massacre à la tronçonneuse – qu’un personnage utilisait une tronçonneuse comme arme pour se protéger d’un ennemi. Au même titre que le sous-texte politico-social, Iliadis l'a astucieusement occulté pour utiliser des moyens plus contemporains sans chercher à être plus malin que la version d’origine (il n’y a pas le vernis spectaculaire de I spit on your grave, de Meir Zarchi). Contrairement à Marcus Nispel qui misait sur la surenchère formelle pour en foutre plein les mirettes avec son remake de Massacre à la tronçonneuse, le cinéaste grec fait profil bas pour mettre en valeur les scènes les plus dérangeantes. Si on devait émettre des réserves sur cette nouvelle version, ce serait sur les psychopathes qui ne sont pas aussi flippants que ceux de l’original (Garret Dillahunt n’est pas David Hess). Le scénariste Adam Alleca, engagé par Craven pour le dépoussiérage, a moins cherché à faire renaître des freaks seventies qu'à amplifier la dimension fantastique. Grâce à une surprise plutôt bienvenue modifiant tout ce qui se déroulait dans la seconde partie de l’original, le scénario exploite symboliquement le contexte aqueux du lac et transforme l’adolescente mortifère en sirène échouée, comme un fantôme qui revient des enfers.


Si l’affrontement avec les parents s’avère presque classique, le film renforce une tentation élégiaque – celle que l’on pouvait déjà ressentir dans la première version – en faisant de l’eau (la pluie, le lac) un élément de vie mais aussi un symbole de renaissance. Ce n’est pas du niveau de Bergman, loin de là, mais ça constitue une alternative parfaite à la version de Craven. La scène finale, inattendue, risque de déconcerter parce qu’elle provoque une rupture brutale avec tout ce qui a précédé. En fait, elle était déjà présente dans l’original, juste située à un autre moment dans la chronologie et sous une autre forme (un rêve où le père frappait avec son marteau sur la mâchoire d’un des psychopathes). Cette fois-ci, ils ont trouvé une autre trouvaille qui décrédibilise le réalisme recherché jusqu'ici. C’est assez bisseux et donc drôle, mais cela ne suffit pas à faire oublier toute la tristesse qui découle des scènes précédentes. Craven a réussi son coup de vieux briscard et Dennis Iliadis a fait du bon boulot pour le plus grand enthousiasme de ceux qui pensaient n’y voir qu’une énième tentative de remake minable.


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