Il y aurait parfois de quoi pester... Car le cinéma français manque souvent, cruellement et depuis un bout de temps, d’imagination. Certes la famille est un sujet inépuisable et les relations entre ceux qui se partagent le même sang n’ont pas de limite... tout comme notre mémoire de spectateur, affinée au fil des années, et à laquelle on semble vouloir jouer des tours durant cette projection. De la nouveauté ? On n’attend que ça... Et donc ? Une réunion de famille, des secrets de polichinelle, un amoureux dans le placard, des soeurs qui s’engueulent et... somme toute une pièce de boulevard sans grande ambition qui ne parvient à faire mouche qu’en de rares et précieux instants. Oui, car il faut s’accrocher pour ne pas s’ennuyer et à force de vouloir trouver des circonstances atténuantes à ce joli casting, on se fait une raison et au fond, on touche au problème : c’est toujours pareil.

Le casting a de quoi impressionner et laisse songeur à la lecture du synopsis... Car on a l’habitude de ces affiches pleines à craquer qui cachent soit une excellente surprise soit une grosse déception. Dans le cas précis, il faut se diriger vers la seconde option. Au cinéma, se concentrer sur les relations familiales au cours d’une unique journée ou soirée est en général propice à tous les règlements de comptes possibles imaginables et le film ne déroge pas à la règle... sans pour autant ajouter une once d’originalité. Les enjeux rapidement posés (on se contentera de quelques micros zones d’ombres volontairement amenées au fil du récit), le film se déroule sans véritable surprise et les personnages, au demeurant sympathiques, se contentent de suivre une ligne directrice très balisée, un chemin de fer où le train ne déraille qu’aux moments les plus attendus. Bref, notre longueur d’avance nuit terriblement au film de Pascal Laethier qui tente tant bien que mal de faire rebondir son scénario quand, on l’a compris, tout le monde reste cloué au sol. Sa mise en scène convenue et télévisuelle qui, effectivement, correspond bien à la légereté du propos et au manque de pronfondeur de l’ensemble ne fait néanmoins qu’enfoncer le clou de notre décéption... En effet, si les vingt premières minutes du film semblent prendre plusieurs chemins et parviennent quelque peu à nous dérouter, tout ce petit monde se retrouve finalement enfermé dans un schéma immuable. Les portes claquent, ça gueule, ça pleure, ça s’énerve inutilement mais surtout... ça n’avance pas. Et l’idée de multiplication des décors (hôtel, hôpital, musée, maison...), si elle part de l’intention louable de ne pas nous confiner dans un seul lieu, ne fait qu’empirer les choses en diluant un récit déjà peu dense dans une accumulation de séquences inutiles.

François Berléand, égal à lui-même, forme un couple passablement amusant avec Claire Nebout, dont les réactions sont parfois à la limite du compréhensible tandis que Clémentine Célarié, une fois de plus sous-employée, n’a que quelques minutes pour faire ses preuves et donner un minimum de crédit à un personnage quasi inexistant. Si les trois filles s’en sortent sans trop d’égratinures (avec une mention spéciale à Armelle Deutsch qui sauve quasiment le film) et Roger Dumas nous la joue grand-papa intello sans trop forcer sur les articulations, on ne peut pas en dire autant d’Atmen Kelif et Eric Savin qui dans des rôles caricaturaux et parfois ridicules, ne parviennent pas une seconde à faire exister leurs personnages.

Un casting très inégal pour une écriture qui l’est tout autant où en l’espace d’une seconde on peut passer d’un dialogue fin et cohérent au lieu commun le plus affligeant... Le cul entre deux chaises, le cinéaste tente de jongler avec ce joyeux bordel et s’il parvient à maintenir un certain équilibre dans la première partie, tout s’écroule sur la seconde moitié et à nous de retrouver dans ces ruines un minimum d’intérêt pour cette famille qui n’en est pas une. A vouloir en faire trop, les personnages n’existent plus et semblent n’obéir qu’à la seule règle du divertissement et au son de cette guitare manouche, perdent complètement le sens du rythme. Il faut en effet savoir reprendre son souffle pour repartir de plus belle...