Comédie dramatique générationelle sur la crise de la trentaine et les difficultés de l’engagement amoureux, le nouveau film de Jean-Marc Moutout (
Violence des échanges en milieu temperé) est une réflexion intéressante sur une société où les codes reprennent le dessus sur les sentiments ou la spontaneité. Se cristallisant autour d’un beau personnage de femme interprèté par l’excellente Elsa Zylberstein, le film reste néanmoins trop abstrait pour passioner véritablement... Malgré d’évidentes qualités.
LA FABRIQUE DES SENTIMENTSUn film de Jean-Marc Moutout
Avec Elza Zylberstein, Jaques Bonnaffé, Bruno Putzulu...
Durée : 1h44
Sortie : 06 Février 2008
Eloïse, 36 ans, est clerc de notaire et vit à Paris. Jeune femme belle et brillante, elle est cependant toujours célibataire. Pour briser sa solitude, elle décide de s'inscrire à des speed-dating. Après tout, ne s'agit-il pas là aussi d'être efficace et rapide ? 7 hommes, 7 femmes, 7 minutes pour séduire. Puis le gong retentit...Prenant comme point de départ une session de speed-dating très écrite et intelligement filmée, le film démarre sur un personnage de femme intriguant et pourtant très peu original. Afin de mieux se consacrer à un mal universel, celui de la peur de l’engagement et des sentiments, Moutout évite toute caricature et construit une figure féminine somme toute assez banale dans sa forme. Ni très drôle, ni véritablement ennuyeuse, Elsa Zylberstein compose le rôle d’une femme dont la refléxion empêche toute action. Terrifiée à l’idée de s’ouvrir aux autres, et même à ses amies auxquelles elle ment sur ses rencontres amoureuses, elle simule une sorte de décontraction et d’aisance laissant apparaître un mal de vivre assez évocateur...
Construisant sa peinture des échanges amoureux dans un Paris bourgeois un peu trop dépeint dans le cinéma français, Moutout capte avec une certaine adresse les difficultés rencontrées par les hommes et les femmes pour aller de l’avant et ne pas s’arrêter au moindre obstacle. Sur le découragement d’une société trop impatiente pour attendre l’éveil des sentiments, il s’interresse également aux nouvelles formes d’amours par procuration et de rencontres organisées. Le speed-dating, s’il n’est qu’un prétexte de départ devient néanmoins l’élement déclencheur d’une intérressante observation des genres et des nouvelles parades amoureuses. Il faut saluer les prestations de Zylberstein et Bonnaffée ainsi que l’apparition de Putzulu en amant de passage qui construisent à eux trois un joli portrait générationnel mais quelque peu éculé...
En effet, si l’on se passionne au départ pour des dialogues dramatiques et particulièrement bien livrés rappelant parfois l’intelligence de
Closer, le film de Mike Nichols, on perd néanmoins une certaine ironie et legereté dans la seconde partie du film qui se complaît dans une langueur plongeant le spectateur dans une mélancolie décourageante. Bref, on perd quelque peu de notre enthousiasme du départ pour attendre finalement que cette histoire prenne fin assez vite. D’autant qu’au final, les réponses aux questions posées ne sont pas toujours satisfaisantes et trop évasives. Dommage, le film partait joliment...