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La Famille Savage

La critique d'Excessif

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famille_savage_cinefr L'HISTOIRE : Wendy et son frère Jon n’étaient pas pressés de revoir leur père. Ils avaient eu assez de mal à échapper à son emprise et ne voulaient surtout pas replonger dans une histoire familiale déjà trop chargée.
Même si cela n’a pas été facile tous les jours, chacun mène sa vie d’adulte :Wendy est intérimaire en attendant de percer comme dramaturge, et entretient une liaison avec son voisin marié.
Jon – professeur d’université névrosé – écrit sur d’obscurs sujets. La santé déclinante de leur père les oblige à s’extraire de leurs vies pour prendre en charge cet homme qu’ils évitaient depuis plusieurs années.
L’histoire est vieille comme le monde. Elle aurait pu inspirer une tragédie grecque. Un frère et une sœur se retrouvent réunis le temps d’assurer la prise en charge de leur père qui ne tourne plus très rond. À la faveur de ce retour aux sources forcé, affleurent les souvenirs, les regrets et les rancœurs de ces deux éclopés de la vie qui n’ont jamais su se parler et ont laissé se creuser un fossé affectif vertigineux entre eux. Le sujet n’est pas neuf, mais il a le mérite d’être à peu près universel et intemporel.

LA FAMILLE SAVAGE
Un film de Tamara Jenkins
Avec Laura Linney, Philip Seymour Hoffman
Durée : 1h53
Date de sortie : 20 février 2008


Tamara Jenkins s’est fait connaître il y a une dizaine d’années avec une comédie de mœurs corrosive intitulée Les taudis de Beverly Hills. Elle récidive dans sa passion pour les personnages à côté de la plaque avec La famille Savage. Il faut dire qu’elle est royalement servie par un duo d’interprètes qui fait toute la différence.

De Philip Seymour Hoffman, oscarisé pour l’un de ses plus grands numéros de cabotinage dans Truman Capote, on sait qu’il n’a pas son pareil pour s’emparer de ses rôles et les vampiriser. Il livre paradoxalement ici l’une de ses prestations les plus dépouillées, mais réussit à s’effacer derrière son personnage tout en fêlures intimes. Face à lui, Laura Linney affiche la même détermination bien qu’elle n’ait pas encore accroché la prestigieuse statuette dorée à son palmarès. Dès lors, ce film se résume à un pas de deux assez jubilatoire si l’on apprécie les performances d’acteurs. Côté mise en scène, Tamara Jenkins sacrifie l’artillerie lourde du cinéma spectacle au profit de ses interprètes qu’elle surveille comme le lait sur le feu, en orchestrant des situations qui auraient parfaitement pu nourrir une pièce de théâtre. Les comédiens ne se regardent pas pour autant en train de jouer. Ils savent combien le cinéma use d’arguments, ô combien, plus subtils. Ce sont ces regards, ces expressions, ces réactions auxquels s’attache la caméra, reléguée du coup à la portion congrue, c’est-à-dire à capter des visages, ce qui s’avère finalement le plus judicieux des partis pris. La famille Savage est d’abord un film d’acteurs. C’est aussi la chronique de deux existences grisâtres bercées d’illusions perdues. Ici intervient l’intelligence du scénario, signé par la réalisatrice, ce qui est beaucoup moins courant qu’on ne le pense dans le cinéma américain où le cumul des tâches demeure une pratique assez rare.


La famille Savage est donc aussi un film d’auteur qui arrive d’ailleurs adoubé du plus prestigieux des labels du genre, celui du Festival de Sundance, lequel a engendré un nouveau genre en soi, à en croire l’air de famille qui relie des œuvres telles que Little Miss Sunshine, Garden State ou le récent Juno. Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses caractéristiques, La famille Savage est un film de producteur. En l’occurrence l’un des grands gourous du cinéma new-yorkais indépendant, Ted Hope, véritable poisson pilote qui a lancé des cinéastes tels que Ang Lee, Hal Hartley ou Michel Gondry. C’est dire à quel point La famille Savage a été entouré de bonnes fées, même si cette famille en charpie n’a de sauvage que le nom… du moins en v.o.

Jean-Philippe Guerand



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