L'HISTOIRE : Dom est veilleur de nuit dans un petit hôtel du Havre. Un soir, une femme arrive à l'accueil, sans valise, pieds nus. Elle s'appelle Fiona. Elle dit à Dom qu'elle est une fée et lui accorde trois souhaits. Le lendemain, deux vœux sont réalisés et Fiona a disparu. Mais Dom est tombé amoureux de la Fée Fiona et veut la retrouver. Si Tati avait été belge et sous acide
En 2008 Dominique Abel et Fiona Gordon faisaient déjà souffler un vent de folie sur la Croisette quand fût présenté Rumba à la Semaine de la critique. Ils confirment trois ans plus tard, à la Quinzaine des réalisateurs cette fois, qu'ils ont l'honneur d'ouvrir avec La Fée. Avec son titre sans équivoque, La Fée est un conte, mais un conte pas comme les autres. Dans ce récit à priori sans queue ni tête où se croisent joyeusement une équipe de joueuses de rugby, un barman aveugle, une vendeuse de chaussures capable de courir le marathon en talons ou un patient d'hôpital psychiatrique qui s'envole littéralement au dessus des toits du Havre, c'est la fantaisie qui l'emporte sur le réel.
Avec un goût prononcé pour le plan fixe et le trucage de cinéma à l'ancienne, et une maitrise totale de l'humour burlesque, Dominique Abel et Fiona Gordon livrent une œuvre aussi épuisante que rafraîchissante. Avec une première partie sans temps mort, où les gags dignes du grand Jacques Tati sous acide s'enchaînent à des numéros dansés surprenants, pas le temps de s'ennuyer. Malheureusement le dernier acte se trouve à la peine, comme s'il avait été rapporté, et ce malgré sa conclusion qui ramène les personnages au réel et élève ainsi le propos de ce drôle de poème qui ne se prive pas d'égratigner l'incompétence des forces de l'ordre tout en mettant en perspective la situation des réfugiés clandestins. Mais c'est essentiellement par le jeu des corps et sa composition qui sent la débrouille que La Fée séduit facilement.
Nicolas Gilli