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La Femme invisible

La critique d'Excessif

2/5
lafemmeinvisible135ok L'HISTOIRE : "Au début, je n'y ai pas cru. Je pensais que les autres ne me voyaient pas parce qu'ils ne faisaient pas attention à moi, parce qu'ils ne me trouvaient pas intéressante, parce qu'au fond, j'étais nulle. C'est après que j'ai compris que, par moment, je devenais vraiment invisible. J'étais là et on me voyait plus! Quelque chose qui n'arrive jamais était en train de m'arriver, à moi. Au lieu de me réjouir, cela m'accablait." La Femme invisible
Une comédie fantastique portée par deux actrices souvent impériales.
Agathe Teyssier avait déjà fait ses armes sur un moyen-métrage de 33 minutes en 2003 : A ta place. Celle que l'on connaît mieux en tant qu'actrice (Sous le sable, Tout le plaisir est pour moi) livre avec La femme invisible son premier long-métrage, une comédie fantastique portée par deux actrices souvent impériales : Julie Depardieu et Charlotte Rampling. Mais si le duo est détonnant, si l'oeuvre est singulière, le long-métrage ne nous fait rentrer que rarement dans sa folie douce...


"D'après une histoire vraie" nous prévient le générique (très réussi par ailleurs), lançant d'un air nonchalant et drolatique la vie de ce petit bout de femme qui en indiffère beaucoup. Débutant par un flou, la caméra cherche Lili du bout de l'objectif, et quand elle arrive enfin à s'extirper de la foule d'actrices venue passer une audition, personne ne la voit, personne ne l'entend. Mal dans sa peau, avec ses proches, avec son petit-ami, Lili vit à travers le regard des autres. Et celui ci s'éteint peu à peu. L'intérêt du film repose alors sur un glissement plaisant voyant une lente dépression aux contours surnaturels se muer en parcours initiatique clairement fantastique d'une future super-héroïne.

 

 

 

 

Mis dans la confidence, le spectateur partage le point de vue de la jeune femme et l'empathie éprouvée pour elle fonctionne à merveille, surtout que le charisme lunaire de Julie Depardieu sied parfaitement au personnage. Agathe Teyssier ne lésine pas sur le symbolisme, habillant Lili d'un juste au corps rouge et bleu, rappelant autant Superman que Wonder Woman. La fantaisie de La femme invisible. Parce qu'elle est traversée d'idées sympathiques, beaucoup se laisseront aller à la fantaisie de cette comédie intelligente. Pourtant, le film est malheureusement plombé par un sentiment étrange d'impuissance. D'abord latent, puis carrément déceptif. La femme invisible impose un décalage constant, prenant le risque de mélanger plusieurs genres (le burlesque, le fantastique, le vaudeville, le drame social...). Mais ce risque n'est pas payant et si le film arrache quelques sourires légers, on ne rit jamais franchement. La multiplication des apparitions du passé (Lili est confrontée à une malédiction familiale et reçoit notamment la visite de ses ancêtres) plombe le rythme et nous fait oublier quelque peu le personnage principal. On aimerait être aux côtés de Lili et de Lili seulement. La voir se débattre, accepter une vie monotone puis décider de briser le mauvais sort en prenant ses responsabilités de super-héroïne pour reprendre la contrôle de sa vie a quelque chose de tendre et d'admirable à la fois.

Interprété par une galerie d'actrices truculentes, jonché d'idées de mise en scène pertinentes, ce portrait de femme(s) nous laisse pourtant de marbre, la faute à des fantaisies décalées qui ne font pas mouche. Reste l'attache succincte éprouvée pour un être qui comprend que s'accomplir à ses yeux vaut plus que vivre à travers le regard des autres.

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