Incontestablement, Patrice Leconte reste l'un des cinéastes français les plus doués de sa génération. A l'heure où sa retraite cinématographique se rapproche (selon ses propres termes, mais à notre grand regret), l'homme qui filme plus vite que son ombre nous offre aujourd'hui une comédie « campagnarde » sur l'univers des miss. Sans grande prétention, Leconte réalise au final une oeuvre aussi drôle que touchante, tout en y apportant un style très personnel.

La rivalité fait rage entre Charmoussey, un petit village durement frappé par la récession, et Super Charmoussey, une station de ski familiale et prospère située quelques kilomètres au-dessus. Chaque année, la guerre s'intensifie à l'occasion de l'élection de la Miss locale : jusqu'à présent, 22 compétitions ont eu lieu, et autant de victoires pour le village d'en haut. Le maire de Charmoussey décide alors de faire appel à Franck Chevrel, natif de la région parti tenter sa chance à Paris dans le show business. Sa mission sera de sélectionner et former des jeunes femmes en vue des prochaines festivités.
Beaucoup reprochent aujourd'hui à Patrice Leconte le recours à une certaine « facilité » (
Mon Meilleur Ami,
Les Bronzés 3, amis pour la vie) , risquant ainsi de gâcher son indéniable talent, jadis au service de films dits d'auteur (
Tandem,
Monsieur Hire,
Le mari de la coiffeuse...). Pourtant, force est de constater une certaine continuité dans la rigueur du travail et l'intelligence (parfois cachée) de ses sujets. Après avoir longuement traité le thème de l'amitié, le cinéaste s'attaque ici à celui de l'apparence et de la beauté, sur fond de «
combat des chefs » entre deux villages voisins. La plus grande force de ce film repose avant tout sur ses incroyables personnages, à commencer par celui de Benoit Poelvoorde, toujours aussi cocasse, reprenant à quelques détails près, le caractère de Bernard Frédéric dans
Podium, notamment lorsqu'il auditionne, puis forme, les nouvelles prétendantes au statut de Miss Charmoussey. Classique, donc, mais toujours aussi efficace.

En revanche, l'acteur devient nettement plus intéressant dans sa composition d'acteur raté, jouant par exemple un poulet dans un supermarché, et ce, afin de gagner sa vie. On rit de la situation, avec néanmoins un léger goût amer dans la bouche. L'émotion envahit alors une partie de notre corps et l'on alterne entre rires et larmes, par ailleurs ravi de retrouver le comédien dans une forme olympique. Mais Leconte ne s'en contente pas et, comme à son habitude, il n'hésite pas à lancer un sacré coup de projecteur sur des acteurs généralement habitués aux rôles secondaires.
Ici donc, on retrouve pour notre plus grand plaisir Jacques Mathou (fidèle au cinéaste) ou bien encore Christian Charmetant, deux illustres comédiens de notre patrimoine, enfin réunis pour le meilleur et surtout pour le « pire » dans des rôles à la hauteur de leur talent, en maires rivaux prêts à tout pour « écraser » l'autre. Une des confrontations françaises les plus drôles et les plus réjouissantes de ce début d'année 2009. Mention particulière également à Laurent Gamelon, qui campe un ancien militaire reconverti en coiffeur, et qui donc, pour une fois, propose une vision à l'opposé des clichés représentant ces artisans. Il interprète alors non pas un homosexuel mais au contraire une brute épaisse, qui ne coupe que les hommes, et à la tondeuse. Inconditionnel de Sylvester Stallone, son salon est recouvert d'affiches à l'effigie de son idole dans ses meilleurs rôles, tels que
Rocky ou bien encore
Rambo. Notre seul regret se porte finalement sur la comédienne Olivia Bonamy dont le personnage est quelque peu effacé. Heureusement son charme réussit à sauver le rôle de simple faire-valoir.

De son côté, Patrice Leconte, s'il n'est pas l'auteur du film (il s'agit de Franck Chorot, Guillaume Lemans et Fred Cavayé), réussit néanmoins à s'imposer en tant que metteur en scène. Loin des nombreuses comédies conventionnelles qui fleurissent chaque mois sur nos écrans, le cinéaste propose ici un véritable point de vue, et l'on reconnaît alors dès les premières images son style dynamique. Cadreur de ses propres films depuis le magnifique
Tandem (en 1987), Leconte aime porter la caméra à l'épaule, agrémentant son image de quelques zooms ici ou là à faire hurler les conservateurs. Tant mieux, dirons-nous, de voir un réalisateur s'investir autant dans une simple comédie, lui donnant ainsi la possibilité de sortir du classicisme.
Drôle, tendre, rythmé... La guerre des miss se révèle être un agréable divertissement, assaisonné par un réalisateur toujours aussi impliqué et talentueux. Monsieur Leconte, s'il-vous-plaît, n'abandonnez pas le cinéma !