Voilà un événement dont on parle très peu dans l'actualité cinématographique de 2009 : le retour d'Isabelle Adjani ! Loin des strass et paillettes façon Alain Delon, l'actrice a choisi une oeuvre beaucoup plus intime, au message social fort, et ce, malgré une ambiance incroyablement délirante. Ecrit et réalisé par Jean-Paul Lilienfeld,
La journée de la jupe se révèle être une agréable comédie dramatique, portée par un casting certes éclectique mais ô combien judicieux.

Le film repose sur un concept simple, finalement très novateur : une professeur de collège prend un jour ses élèves en otages. Quelques mois après la sortie sur nos écrans d'
Entre les murs, Palme d'Or à Cannes, le film de Jean-Paul Lilienfeld propose un nouveau regard sur la vie des enseignants mais aussi des étudiants en milieu défavorisé. Si le long-métrage se rapproche bien souvent de la parodie par certains excès scénaristiques, il n'en demeure pas moins réaliste dans les différents sujets abordés. D'ailleurs, tout y passe : la religion, les origines ethniques, les inégalités sociales, les insultes, la dépression, et même le viol d'une jeune fille. Certains diront qu'il y en a trop, au point de comparer le film à un véritable catalogue. Pourtant, malgré une narration souvent trop linéaire et des enchaînements parfois gratuits voire inutiles, l'ensemble demeure cohérent et généralement d'une efficacité à toute épreuve. L'intrigue se met en place dès les premières minutes, et le spectateur se retrouve alors lui-même pris en otage, ne sachant à aucun moment ce que la suite du film lui réserve. Cette richesse d'écriture donne également à l'oeuvre son rythme et empêche ainsi quiconque de sombrer dans l'ennui. En ce sens,
La journée de la jupe apparaît comme un divertissement des plus réjouissants.

Le réalisateur est d'ailleurs fin connaisseur en ce domaine. Après avoir signé différents longs-métrages, parmi lesquels
XY,
H.S. Hors Service, ou bien encore
Quatre garçons plein d'avenir, une comédie aujourd'hui cultissime, Jean-Paul Lilienfeld a acquis une certaine maturité, tout en conservant un style et des valeurs qui lui sont propres. Le choix d'un sujet aussi dur ne l'a pas empêché de le traiter avec beaucoup d'ironie, le renforçant ainsi encore davantage. Proche de ses acteurs, le cinéaste propose une mise en scène extrêmement moderne, caméra à l'épaule, à la recherche de la moindre émotion, contrastant ainsi avec un décor plutôt théâtral, entre une scène et de nombreux fonds noirs. Le long-métrage va encore plus loin, alternant les références à différents genres, tels que le reportage ou le film d'action pur et dur. Sans être totalement abouti,
La journée de la jupe mélange donc les tons avec une certaine aisance et il s'en dégage une étonnante fraîcheur. Même si le manque de moyens se fait parfois cruellement sentir, l'ensemble n'en est que plus sympathique.
Bien évidemment, le film brille en grande partie grâce à la performance de ses comédiens, Adjani en tête. Après visionnage, on prend conscience à quel point cette actrice nous avait manqué. Elle confirme ici un charisme et un talent époustouflants. Mieux encore, elle apparaît sous un nouveau jour, n'hésitant pas à se « ridiculiser » voire à s'auto-caricaturer dans des séquences irrésistibles. Ainsi donc, la voir mettre un coup de boule à l'un de ses élèves, ou les menacer avec un révolver sous prétexte qu'aucun ne réussit à mémoriser le vrai nom de Molière, ne devraient laisser personne indifférent. A ses côtés, on retrouve avec plaisir le comédien Denis Podalydès, touchant de vérité, et surtout Jackie Berroyer, dont la bonhomie sied à merveille au personnage du proviseur. Rapidement dépassé par les évènements, son côté je-m'en-foutiste amuse autant qu'il agace, par son arrogance et ses innombrables incompétences.

La journée de la jupe nous fait donc passer du rire aux larmes, mais aussi de la colère à la réflexion, grâce à un sujet original et surtout très malin. Ce film est la confirmation que le cinéma français a encore de nombreuses choses à dire. Il marque le retour d'un cinéaste discret et talentueux, finalement à l'image de sa comédienne principale. Leur rencontre s’impose comme une belle réussite.