L'HISTOIRE : Enfant prodige de Savannah, champion de golf précoce, petit ami de la ravissante et richissime Adele Invergordon, Rannulph Junuh est envoyé au front, où l'horreur du premier conflit mondial le frappe de plein fouet. Après plusieurs années de silence, cet héros de guerre désenchanté revient à Savannah dans le plus parfait anonymat, hanté par le souvenir atroce de ce qu'il a vécu. Fantôme parmi les vivants, il se retire du monde dans un vieux manoir délabré.
Lorsqu'on lui proposa le roman éponyme de Steven Pressfield, le réalisateur de L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux y entrevit rapidement tout le potentiel cinématographique qui lui est cher : renouer avec une mythologie et une crédulité aujourd'hui pratiquement disparues de la société et du cinéma américains, explorer les rapports de l'homme au contact de son environnement (ici mi-naturel, mi-artificiel puisqu'il s'agit d'un terrain de golf) en composant de belles images et entretenir une spiritualité à travers une quête existentielle et une histoire d'amour.
Le cinéma américain de ces dernières années aime le sud et particulièrement Savannah, comme l'attestent les excellents Cookie's Fortune et Minuit dans le jardin du bien et du mal. Dans ce dernier, la ville devenait un personnage à part entière, admirablement bien filmé par Clint Eastwood qui avait su en retranscrire la vie, les couleurs, les odeurs et le caractère. Dans le film de Redford, on ne la voit pratiquement pas, elle est juste un repère pour l'histoire et les personnages, et ce sont ses habitants avec leur accent et leurs coutumes qui la représente le plus à l'écran. Et ce monde existe progressivement par petites touches successives à la manière des impressionnistes : le réalisateur ne fait rien qu'à en capter l'ambiance qui se dégage au loin, en retrait, parfois presque en hors champ. Comme pour mieux coller à la réalité de Junuh, lui qui vit en retrait de ce monde. Le film adopte ainsi son point de vue : paradoxalement, lui qui est hors de l'existence, est filmé comme un vivant, les autres (la ville et Bagger Vance) comme des morts : ils ne sont pour lui que des fantômes du passé, des apparitions d'un tout autre monde, d'une tout autre dimension, auxquels il n'appartient plus. Il faut voir cette magnifique scène dans laquelle Charlize Theron pénètre dans la demeure de Junuh tel un spectre, un coup de vent qui balaye les rideaux de la fenêtre ouverte.
Enfermé dans sa tour d'ivoire, Junuh n'a pas survécu à sa perte d'innocence (l'Amérique non plus d'ailleurs). Il va devoir sortir de son exil afin de retrouver l'équilibre, la sérénité, la paix intérieure et le goût de la vie. Lieu de cette guérison et de cette rédemption : un terrain de golf, l'entre-deux monde du film, cadre qui prend la place et l'importance de la ville. Profondément chiant à la télévision, le golf est pourtant un sport éminemment cinématographique et cinégénique : un sport aérien fait d'élégance, de légèreté et de grâce touchant parfois au divin qui, plus qu'une métaphore sur la vie, devient ici sous nos yeux le centre de celle-ci, un lieu de transcendance et d'harmonie vers lequel convergent tout l'univers. Prévu le 5 décembre chez FPE, le magnifique film de Robert Redford La légende de Bagger Vance vient d'être testé par Laurent Pécha. Le DVD Z2 diffère sur tous les points du Z1 (édité par Dreamworks) ...