L'HISTOIRE : Après 30 ans de service dans la police, les détectives Turk et Rooster sont sur le point de tirer leur révérence. Mais une série de meurtres expéditifs, tous signés d'un poème justifiant la mort de chacune des victimes par leurs méfaits passés, les remet une dernière fois sur le devant de la scène. Leurs collègues, venus les épauler, parviennent tous au même raisonnement : l'auteur de ces crimes pourrait être un des leurs...
Duo historique pour polar anodin
De la première « vraie » rencontre à l'écran entre Robert De Niro et Al Pacino, on pouvait tout attendre sauf un film comme La loi et l'ordre. Les deux stars new-yorkaises partagent un tel magnétisme, un tel héritage artistique, que leur réunion sur un même écran ne pouvait se faire qu'à l'aune de leur précédent monument commun, Heat. Question présence à l'image, le contrat est plus que rempli : dans La loi et l'ordre on ne voit tout simplement qu'eux. Le film en est-il meilleur ? Malheureusement, non. Loin de là. 
Relevant pour beaucoup du fantasme de cinéphile, la rencontre de deux des acteurs les plus emblématiques du « Nouvel Hollywood » avait beaucoup aidé à asseoir la réputation de Heat, polar fleuve difficile d'accès, car portant la marque intransigeante de son génial réalisateur, Michael Mann. C'était en 1995, De Niro venait de tourner un nouveau chef d'œuvre avec Scorsese (Casino), Pacino avait inscrit un nouveau rôle d'anthologie à son palmarès, en la personne de Carlito Brigante (héros damné de L'Impasse de Brian de Palma). Bref, les deux comédiens étaient à leur zénith, vingt-cinq ans après leurs tonitruants débuts. Pourquoi parler au passé ? Peut-être parce que tout cela, c'est effectivement du passé. Si Pacino a maintenu un haut niveau d'exigence dans le choix de ses rôles (quoique...), il s'est fait plus rare au cinéma, gardant toujours une place pour son grand amour d'artiste, le théâtre. De Niro, lui, a tout simplement lâché la corde, et enchaîné des œuvres aberrantes (Les aventures de Rocky et Bullwinkle, Personne n'est parfait(e), les atroces Godsend et Trouble Jeu), gardant seulement la main grâce à son incursion dans la comédie grand public (la série des Mon beau-père et moi) et un talent certain pour la production et la réalisation.
L'aura des deux stars, sans avoir disparu, n'est toutefois pas la même qu'au moment de Heat. C'est elle en fait qui a permis à La loi et l'ordre d'exister. En effet, on imagine mal qu'un tel projet puisse avoir été monté à leur grande époque, vu la médiocrité ahurissante du script. C'est bien simple, sans ces deux noms pour vendre haut et fort « l'événement », le film aurait échoué directement en DVD, avec Tom Sizemore et Dennis Hopper en guise de « stars ». La loi et l'ordre, c'est le polar tel qu'on le dévorait il y a 20 ans à la télévision, avec ses rebondissements téléphonés, ses personnages stéréotypés, son générique cheap, son absence tragique d'exposition narrative, sa réalisation pantouflarde, sa photographie bâclée. Bref, une série B, tout juste bonne à égayer une soirée pizza.
Voir deux acteurs de la trempe de De Niro et Pacino jouer les têtes de gondole dans un polar aussi anodin laisse perplexe. Le projet s'est monté très vite, l'agent de De Niro ayant tout de suite pris une option sur le script signé par le très buzzé Russell Gewirth (Inside Man – l’homme de l’intérieur) avant de contacter le réalisateur et producteur Jon Avnet (très bon lorsqu'il signe The Starter Wife ou 1943, l'ultime révolte à la télé, beaucoup moins lorsqu'il réalise Personnel et confidentiel ou A chacun sa guerre pour le cinéma). De Niro, qui ne fait plus le difficile depuis longtemps, dit banco (il faut bien rembourser le bide de son excellent Raisons d'Etat) et imagine Pacino pour jouer son partenaire. Jon Avnet ayant dirigé ce dernier dans le consternant 88 minutes, l'affaire est donc dans le sac, et le reste du casting signe sans même lire le script. Après tout, tourner avec ces deux légendes est déjà un honneur en soi. 
Pas étonnant alors que le casting brille dans son ensemble de mille feux. Si La loi et l'ordre se laisse voir, c'est avant tout grâce à eux. Partenaires après avoir été adversaires dans The Kill Point, John Leguizamo et Donnie Wahlberg tirent le meilleur de leur maigre temps de présence dans l'histoire. C'est également un plaisir de revoir cette bonne vieille trogne de Brian Dennehy, même si son rôle s'avère parfaitement inutile. Carla Gugino, enfin, qui écope d'un stimulant personnage d'officier de police sadomasochiste, n'a jamais été aussi sexy et convaincante depuis Judas Kiss. Indéniablement, le film tire nombre de ses qualités de cette interprétation d'ensemble : celle-ci aide à faire passer la pilule d'une intrigue invraisemblable, dont on devine le twist final une heure à l'avance, et d'une réalisation indigne d'un produit de ce « standing ». Raccords dans l'axe, montage tellement découpé qu'il ne laisse même pas deux comédiens s'échanger une réplique dans un même plan, musique digne d'un téléfilm érotique... Les costumiers et les maquilleurs semblent également aux abonnés absents : il faut voir De Niro entamer une course-poursuite dans un affreux jogging moulant sa bedaine, ou Pacino coiffé comme un lendemain de cuite, pour le croire. 
Le film porte au niveau de sa production la marque de Millenium Films, société créée sur les cendres de Nu Images, que les amateurs de série B du samedi soir connaissent bien. Sous l'impulsion de ce vieux filou d'Avi Lerner, la firme spécialisée dans les direct-to-video a décidé de jouer dans la cour des grands via sa nouvelle firme : des œuvres aussi mal conçues, mais bien vendues (à l'exception, notable, de John Rambo) que Le Dahlia noir, Edison, Le contrat, Wicker Man ou Cleaner en sont depuis sorties. Les stars trustent l'affiche pour chaque titre, mais l'ambition artistique est restée la même qu'au bon vieux temps des Cyborg Cop, Forest Warrior et autre Shark Attack. Une étrange équation, qui ne fera malgré tout pas le bonheur du spectateur, encore trop marqué par les précédentes réussites de ces deux stars, pour apprécier ce genre de compromission.
Nicolas Lemâle
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