Le point de départ de La Mer à boire pour Jacques Maillot ce fut le film de Claude Sautet, Mado, l'histoire d'un homme, de son entreprise, de ses salariés, pour lesquels il se bat même si certaines de ses décisions vont forcément se révéler brutales. L'histoire d'un homme seul, loyal et entier, face à la crise économique qu'il subit, face aux banques, face aux spéculateurs, face à ce conflit social qui le rattrape et le ronge.
Le cinéaste des
Liens du sang se penche avec une âpreté ciselée sur la destinée de cet homme, celle de son entreprise et le spectateur se retrouve très vite happé par cette infernale spirale qui l'étouffe et va finir par le broyer. On se laisse d'autant plus toucher par ce récit que Jacques Maillot n'emprunte aucun détour larmoyant et pose un regard direct, d'une franche sobriété sur la situation, les doutes, les colères et les angoisses de chacun de ses personnages, ce qui nous plonge dans la violence d'une réalité sociale de plus en plus rude et de plus en plus bouleversante. Une réalité qui peut également frapper les patrons, détruire tout ce qu'ils ont construit et anéantir du même coup tout une société. En ce sens le propos de Jacques Maillot est intéressant, il ne s'arrête pas seulement sur la problématique des salariés touchés par la crise, perdant leur travail, mais également sur celle d'un patron acculé, mettant tout en œuvre pour tenter de redresser la situation. Daniel Auteuil campe avec une intelligence aride cet homme. Discrètement, sans aucun excès, il laisse échapper les peurs et les blessures qui le taraudent, l'emportent. Il apporte à son personnage une incroyable profondeur qui imprègne
La Mer à boire, également transcendé par l'interprétation des comédiens qui l'entourent et lui donnent la réplique avec une étonnante sincérité. Un film d'une noirceur tranchante.
Sophie Wittmer